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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 16:05

L'auteur de A star is born (1937) a mis du temps à percer, si on en croit son imposante filmographie: celle-ci commence en effet en 1920, soit deux ans après la fin d'un événement crucial de sa vie: sa participation à la première guerre mondiale. Ce qu'il en a retiré en tant que cinéaste? Un sens absolu du refus du compromis, et une maîtrise hallucinante des films d'action. Xe qu'il reste de ses vertes années, pourtant, est ce film: l'une des comédies les pires que j'aie pu voir... Et apparemment ce sentiment est unanime.

Il nous conte les mésaventures de Peter Good (George K. Arthur), un nigaud (en Anglais de l'époque, a boob) qui dans un petit coin campagnard et donc fort reculé de l'Amérique, est amoureux depuis toujours de son amie Amy (Gertrude Olmstead). Mais celle-ci lui préfère un beau moustachu, Benson (Harry D'Algy). Pour impressionner et récupérer sa fiancée, Peter décide de devenir un homme d'action...

Théoriquement, c'est Robert Vignola qui devrait être crédité ici, sauf que... Wellman, décidément mal perçu par le nouveau studio qu'était la MGM, a été appelé à la rescousse pour terminer le film à la place de Vignola qui était hors-jeu. C'est assez incroyable qu'un dur à cuire comme Wellman, dont on sait l'efficacité, ait pu être considéré uniquement comme un "réparateur" de films par le studio, puisque ce cas n'est pas isolé dans sa période MGM. Mais sa période de travail sur le film a été jugée suffisamment longue pour qu'il hérite d'un crédit. Je ne pense pas que le cadeau soit très valorisant!

On va le dire tout de suite: Wellman a toujours prétendu qu'il avait commencé à boire plus que de raison durant le tournage de ce film afin d'oublier et de faire passer la pilule. ON ne peut que le croire, tellement ce film n'est ni drôle, ni réussi, ni intéressant. Une heure qui passe lentement, dans une torpeur malaisée... Rien à retirer si ce n'est une série d'apparitions de Joan Crawford, dont on peut se demander pourquoi la MGM l'employait au compte-gouttes! Wellman a ensuite tout fait pour se faire virer, et comme on le sait, il a ensuite trouvé refuge à la Paramount où on l'a un peu mieux traité. Ouf.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 William Wellman Comédie Navets
29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 16:22

Une troupe Russe se produit dans des music-halls Américains; à la faveur d'un accident, le riche playboy Eugene Foster (Lowell Sherman) rencontre la danseuse Vera Narova (Florence Vidor), et par un stratagème, lui fait croire qu'il l'a sauvée dans un accident. Le soir même, il se rend à une représentation de la troupe et à partir de ce moment, ne lâche plus la jeune femme, qui le lui rend bien, poussant son partenaire Norodin (Clive Brook), qui l'aime depuis longtemps, dans ses derniers retranchements...

Ce synopsis ne rend pas justice au film, qui donne dans ce cas l'impression d'être un mélodrame sans aucune saveur, alors que... pour commencer, j'ai utilisé le terme de "stratagème" concernant Foster, qui a plusieurs reprises dans le film tire avantage de la gentillesse des autres pour se faire très bien voir. Mais c'est aussi par un stratagème que Norodin fera changer sa cote auprès de la belle Vera. Et si un mélodrame irait probablement dans deux possibles directions (Soit vers un couple Norodin - Vera, les artistes entre eux, soit vers l'abandon du show business par Vera et son mariage avec Foster, car les meilleures choses ont une fin), elles seraient de toute façon hautement prévisible, alors que la lutte pour le coeur de la jeune femme, dans ce film, laisse le spectateur dans l'expectative jusqu'au bout... C'est donc très bien mené.

Et surtout, Wellman qui sort de westerns (tous perdus), et qui rêve déjà de tourner des films de guerre pour raconter "sa" vérité des combats aériens, ce qu'il fera effectivement, tourne son film à la fois comme une comédie, mais surtout en imposant à ses acteurs d'agir et de jouer, toujours, juste. C'est frappant, comme l'impression qui se dégage de ce film, dans lequel le metteur en scène tente des choses qui n'étaient pas forcément encore du tout venant (un jeu d'ombres remarquables, des truquages inattendus), mais le fait dans un dosage absolument parfait: le juste milieu, en tout, voilà ce qui caractérise le style de William Wellman dans ce film parfaitement découpé, et fort bien interprété. Il n'a pas eu de succès, mais il a quand même valu au bouillonnant et têtu metteur en scène, l'un des dix ou quinze génies de son art, la confiance d'un studio, et donc...

...Wings. Excusez du peu.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Comédie William Wellman
20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 10:05

Au début du XXe siècle, à San Francisco, quand les familles Chinoises (les "Tongs") s'opposent, on fait appel au Hatchet man, un médiateur désigné qui rend la justice... de manière expéditive. Son arme? Une hachette, manipulée d'une main experte. Wong-Low-Get (Edward G. Robinson) est cet homme, et la mission qu'il doit accomplir au début du film n'est pas de tout repos, pas plus qu'il ne l'accomplira de gaieté de coeur. En effet, il doit exécuter son meilleur ami, Sun-Yat-Ming (J. Caroll Lynch), celui-là même qui, sentant le vent venir, s'apprête à tout lui léguer, y compris la garde, puis la main de sa fille Toya. Une fois sa mission accomplie, Wong-Low-Get accède donc à la fortune de son ami, et devient le tuteur de sa fille, sans jamais lui cacher que le but ultime est de se marier avec elle.

Les années passent: les coutumes changent, et la communauté Chinoise de San Francisco s'est adaptée. On ne parle plus de "Hatchet man", et Wong-Low-Get est désormais un paisible et prospère négociant en soie, qui attend patiemment le jour si lointain où, sa pupille Toya (Loretta Young) devenue majeure, il pourra enfin l'épouser... Lorsqu'il faut reprendre les affaires de la communauté, toujours soumise à des troubles, l'ancien justicier se retrouve flanqué d'un certain nombre de gardes du corps, dont le séduisant playboy Harry En Hai (Leslie Fenton), que la jeune épousée a déjà rencontré sur une piste de danse: elle tombe amoureuse...

On n'attendait pas William Wellman sr ce terrain, et d'ailleurs, il y a de fortes chances que pour lui non plus, la mission n'a pas été un plaisir. Il s'acquitte de son travail de metteur en scène avec tact et métier, et dirige un Edward G. Robinson fidèle à sa légende, dont on a parfois le sentiment qu'il est engagé ici sur un terrain qui renvoie à Lon Chaney: un amour inconditionnel pour une femme plus jeune, des liens quasi filiaux, une personnalité sombre, à la fois aimante et criminelle... Et l'orient! Si pour Lon Chaney en son temps, le fait d'incarner les Chinois était souvent un défi de maquillage qui débouchait sur des conventions théâtrales ou cinématographiques admises, il y a quand même une gêne à voir tant d'acteurs anglo-saxons dans les rôles de Chinois: Loretta Young, Tully Marshall, Charles Middleton ou Leslie Fenton, voire, un nom particulièrement familier, Edward Peil... Et ça ne passe généralement pas. 

Mais Wellman étant Wellman, il passe assez rapidement outre la stupidité conventionnelle et prévisible du script, pour s'amuser: plans-séquences muets dans tous les sens, jeu sur l'atmosphère et la lenteur (il semble rivaliser avec tous ses acteurs engager pour jouer lentement car "ça fait Chinois et mystérieux"), et se permet comme d'habitude de nous frustrer de la scène de flambée de violence au moment où on s'attend à la voir. Et il semble prendre plus de plaisir encore que Leslie Fenton (Qui a, et je m'excuse de cette considération mais il faut que je le dise, une vraie gueule de raie, et le maquillage n'arrange rien!) à s'occuper de Loretta Young, dont au passage je tiens à préciser que, seule épargnée parmi tous ces acteurs, le maquillage est plutôt honnête.

Bref, on a tendance à ronger un peu son frein, devant cette histoire de vengeance un peu prévisible, et devant cet homme qui prétend être le serviteur légitime et aveugle de la justice de Buddha, avec son tout petit ustensile ridicule... Jusqu'à ce que... Non, je vous laisse voir.

...Mais si jamais il y eut un film qui nécessite impérativement d'être vu et revu pour ses dernières soixante secondes, c'est celui-ci.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 10:43

Un avion en perdition, 22 passagers qu'on nous a présentés les uns après les autres, tous en crise; un équipage en plein doute: le capitaine (Robert Stack) se rend compte qu'il va lui être de plus en plus difficile de cacher sa propre peur, et son second, un vieux de la vieille (John Wayne) traîne comme un boulet l'accident de son dernier vol en tant que pilote: il avait coûté la vie à tous ses passagers et son équipage, incluant son épouse et son fils unique... Le but du voyage est simple: relier Honolulu et San Francisco, mais... un moteur qui lâche, un réservoir qui fuit, un temps exécrable et un navigateur qui se plante dans l'évaluation des distances, et nous voilà partis pour une sérieuse aventure qui n'est pas sans dangers.

C'est sans doute la première fois qu'un film comme celui-ci confronte au danger, justement, des gens dont ce n'est absolument pas la vocation. The high and the mighty est sans doute la rencontre fortuite (Et absolument pas sur un table de dissection!) du film d'aventures, avec ses professionnels en pleine panade, qui font leur métier quels que soient les risques, d'un côté, et de l'autre d'une histoire impliquant des civils, qui auraient pu jouer le même petit jeu de révéler leurs problèmes, doutes, failles et défauts dans un film de maison hantée! Et Wellman étant Wellman, il affronte une histoire potentiellement grandiose en refusant systématiquement le spectaculaire. C'est donc essentiellement par les individus, et surtout par les passagers, qu'on aborde le film et les événements. On ne verra que peu de plans extérieurs de l'avion et de la tempête, au profit d'un huis-clos extrêmement bien mené, et d'une progression des problèmes techniques tels qu'ils sont rapportés et commentés par l'équipe. 

Il est temps d'aborder l'inévitable commentaire: Robert Stack, un avion en proie à un destin contraire, des passagers qui nous sont détaillés dans le cours chaotique de leur vie, une liaison avec les responsables au sol... Oui, bien sûr, comment ne pas penser à Airplane! d'un côté, ou à l'ensemble des films catastrophes de l'autre? Sauf que d'une part, si Wellman fait la part belle à ses protagonistes "profanes", les passagers qui peuplent la carlingue plutôt que l'équipage, c'est dans l'optique de son refus d'en rajouter sur la glorification de l'héroïsme. Ses membres d'équipage (dont la plus en vue est inévitablement l'hôtesse, interprétée par Doe Avedon) font leur travail, avec humanité, mais surtout sans en rajouter dans le drame: ce serait un travail particulièrement mal fait.

Le huis clos est donc un drame humain, dont les étapes "techniques" sont d'ailleurs surtout d'une linéarité narrative: l'avion décolle, il y a des turbulences, il y a un problème, il y a un suspense, et finalement on arrive à bon port. C'est donc dans la progression de la réaction des passagers qu'on suivra l'histoire... Certains sont d'ailleurs plus spectaculaires que d'autres: je passe sur les inévitables clichés du genre, quoi qu'il arrive la plupart des gens qui sont coincés dans cet avion à risque vont promettre monts et merveilles s'ils s'en sortent, et à l'arrivée, on voit quelques démentis commencer à poindre!

Certes, on voit à travers ce film tous ses clichés, toutes les parodies qui s'ensuivront, il nécessite donc un esprit tolérant, et une mise en condition. Mais Welmann a une fois de plus réalisé un film qui n'a rien d'anodin, ne serait-ce que par la prouesse narrative: raconter une histoire d'une vingtaine de personnes coincées dans un avion en plein ciel; ou encore les prouesses techniques: toutes les contraintes liées à l'environnement du huis clos, plus le fait que le film est en cinémascope... bien sûr, ce dernier point nous permet de rappeler qu'avec Wings en 1927, Wellman a déjà expérimenté avec le fait de filmer des avions en plein ciel, sur écran large. Il le rappelle ici... Mais surtout, Wellman a pris cette histoire humaine au sérieux, et en fait une histoire de dépassement humain à sa façon, c'est-à-dire sans jamais en rajouter sur l'héroïsme inutile. Sa "signature", qui consiste à ne pas nous montrer la scène qu'on attend, est d'ailleurs un jeu sur le bilan technique tel que les pilotes vont le dresser! Au lieu d'une scène où tout le monde se congratule, le metteur en scène nous montre cinq hommes, l'équipage et leur patron, qui regardent, songeur, le moteur défaillant. Pas un d'entre eux ne s'exprimera autrement que pour dire des petites choses telles que "bon, je rentre, j'ai sommeil"... De la dignité, de la sobriété...

Quant à John Wayne, d'ailleurs producteur du film, sa participation est un accident. Le rôle du co-pilote, d'ailleurs secondaire, a été écrit pour Spencer Tracy. Quand il s'est trouvé libre suite à un refus de Tracy, Wayne n'est proposé. Il y est splendide, si on accepte l'irritant gimmick des sifflements. Son personnage passe son temps, à la demande de ses collègues, à siffler la musique de Dmitri Tiomkin (qui a d'ailleurs obtenu le seul Oscar remporté par le film). Ca lasse...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman
4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 15:46

Comme Wings avait été réalisé par un Wellman motivé, et seul maître à bord, en réaction contre tout ce qui lui avait été confié auparavant, Beggars of life prend par bien des côtés le contre-pied de son film de 1927 qui allait d'ailleurs obtenir l'Oscar du meilleur film... Mais tout en allant sur bien des points à l'opposé de sa superproduction épique, Beggars of life est du pur Wellman, un grand film dont le metteur en scène avouait plus tard qu'il le considérait comme son muet préféré... Sorti en 1928, il était partiellement parlant (Il devait sans doute présenter une ou deux scènes de dialogue), mais seules des copies muettes ont survécu.

Jim (Richard Arlen), un vagabond, marche dans la campagne, entre deux trains. Son but: rejoindre le Canada, pour entamer une nouvelle vie... Mais à court terme, son but serait plutôt de manger un petit déjeuner. Et en passant devant une modeste maison, il voit un homme immobile et attablé: su la table, un petit déjeuner encore fumant. Il frappe, mais l'homme ne répond pas. Il entre, toujours rien: l'homme est mort, et celle qui l'a tué fait soudain du bruit: c'est Nancy (Louise Brooks), une jeune femme qui a abattu son "père adoptif", en vérité un vieux cochon, et elle se prépare à s'enfuir, déguisée en homme. Les deux décident de faire un bout de chemin ensemble...

Les affiches du film mettaient clairement en vedette un troisième acteur, Wallace Beery, qui joue le rôle d' Oklahoma Red, un autre vagabond, influent et respecté. Il va disputer Nancy à Jim, avant de se rendre à l'évidence: ces deux-là s'aiment, autant les protéger... En attendant, la route est semée d'embûches: les trains sur lesquels on trouve parfois refuge, les autres "voyageurs" qui ne sont pas toujours commodes, et la police qui ne tarde pas à savoir que la jeune meurtrière qu'ils cherchent s'est déguisée en jeune homme...

Le film est une plongée sans trop de concessions (si on excepte le sentimentalisme pur jus de l'intrigue amoureuse, d'ailleurs soulignée par une autre complicité fascinante, entre un homme malade et un vagabond noir qui est à 100% à son service) dans le monde de "la route", celle d'avant la Crise de 1929, celle des miséreux et des aventuriers déchus qui tentent à leur façon de participer au rêve Américain; un monde dans lequel la police, les gens qui possèdent, les braves gens, sont des ennemis... Wellman, sans faire trop d'effets, nous trimbale à la suite de ses "hoboes", et son sens du rythme, son sens de la composition, son montage et une caméra austère mais sûre d'elle-même, nous donne à voir un film qui est certes austère, mais totalement prenant. Sa direction d'acteurs ne souffre d'aucune faille dans ce film: Arlen, tout en retenue, force juste ce qu'il fait sa fragilité sombre; Wallace Beery est sans doute à son meilleur, même si c'est sans doute à lui qu'incombe le rôle le plus galvaudé avec son vagabond au grand coeur. 

Enfin Louise Brooks (Qui sera critiquée pour un rôle qui "ne met pas en valeur sa plastique", les gens sont parfois vraiment des goujats) est formidable en très jeune femme qui ne sait pas exactement ce qu'elle veut, mais qui sait bien ce qu'elle ne veut pas. Et cette féminité que des critiques stupides ont cherché en vain, est précisément l'un des enjeux du film, qui va offrir à son personnage une renaissance par la route... Ce film dans lequel les gens marchent du début à la fin, ou sautent sur les trains, est un compagnon (de route) d'autres errances, d'autres films de Wellman qui nous intéressent aux à-côtés de cette belle démocratie parfois ingrate: Safe in hell, Wild boys of the road, Heroes for sale, The star Witness, Call of the wild, ou encore Westward the women...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman 1928 Louise Brooks
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 15:24

Faisant partie de la quinzaine de films signés par Curtiz en cette faste période de 1931 à 1933 (15 pour lesquels il est crédité, plus deux pour lesquels il est intervenu en remplacement sans être mentionné), Female est un bien curieux objet.

Tout d’abord, si Curtiz signe le film, il a bien été entamé par William Dieterle, puis assigné à William Wellman (Dont on reconnaît le style « poing dans la figure » dans le personnage de Ruth Chatterton, qui parle aussi vite que James Cagney) avant d’atterrir sur les genoux de Curtiz. Il serait bien sur difficile de tout attribuer au metteur en scène de Doctor X, mais de nombreuses scènes portent sa marque. L’histoire est un véhicule pour le couple Ruth Chatterton/George Brent, la première interprétant le rôle de Miss Allison Drake, capitaine d’industrie, et prédatrice d’hommes, qui mène sa vie comme elle l’entend, fuyant les attaches romantiques et assumant pleinement sa puissance en l’affirmant comme un facteur d’égalité avec les hommes. C’est ce dernier point qui est mis en avant dans la majorité du film. 
Female est osé, et typiquement "pré-code" dans son traitement franc et impudique du sexe, mais il est aussi original par son message : après avoir trouvé l’âme sœur (le seul qui ne lui mange pas dans la main, le seul qui s'approche d'elle en égal, voire la prend de haut), Miss Drake décide d’accepter le mariage qui lui est proposé, et prend sa décision seule. Le final en forme de renoncement parait plaqué: un plan, un seul dans lequel la jeune femme affirme ne jamais vouloir revoir son usine, qu’elle transmet à son futur mari. On n’y croit pas vraiment ... D'autant que dans la voiture qui ramène les deux protagonistes dans le droit chemin, le chauffeur, relégué à l'arrière, porte un cochon qu'on vient de gagner dans une foire, et qui couine allègrement... Là encore, un message subliminal de Wellman?

Au-delà des provocations piquantes, la mise en scène s’articule autour de la supériorité de PDG de Miss Drake d’une part, filmée en "magnate" de l’industrie en permanence: Curtiz (ou l’un des deux autres, en fait) ressort le vieux truc de l’usine-décor, vue en permanence à travers les fenêtres de son bureau, mais utilise ici plutôt les transparences que les silhouettes en carton-pâte, comme dans les Chemins de la terreur; d’autre part, il est systématiquement fait référence à l’esprit d’affirmation de son égalité: elle rencontre l’ingénieur dont elle sera amoureuse à la foire, ou elle entre en compétition avec lui au stand de tir. Lors des scènes qui suivent, elle mène la danse. Si il est probablement excessif de considérer ce film comme du pur Curtiz, il est tout aussi impossible de l’attribuer, comme Olivier-René Veillon le fait dans son anthologie « Le cinéma Américain, les années 30 » (Editions du Seuil) au seul Dieterle; la mise en scène de Curtiz s’affirme discrètement mais luxueusement (On connaît ses habitudes dispendieuses...) à travers les séquences de l'usine et de la villa à la piscine gigantesque, dans ce film forcément impersonnel, mais il a aussi su donner des signes quasi féministes: un très beau plan au début du film dans lequel il utilise un miroir dans le champ pour éviter le montage et nous montrer deux protagonistes de façon artificielle dans le même espace, nous montre deux visages radieux de la féminité: a gauche, Allison, en plein exercice matinal, à droite, dans le miroir, une femme mariée et souriante qui la félicite pour sa vitalité. Beaucoup de scènes entre les deux femmes portent ainsi la marque de fabrique de Curtiz, qui s’il n’a pas toujours traité les femmes de façon aussi élégante dans ses films, a souvent signé des œuvres qui offrent d’attachants portraits de femmes: c’était vrai de beaucoup de ses œuvres Autrichiennes, de beaucoup de ses films muets Warner (Avec Dolores Costello, dont il était quasiment le réalisateur officiel), ce sera vrai également avec Mildred Pierce, bien entendu ou le poignant Strange love of Molly Louvain. En attendant, voilà un petit film rafraîchissant qui ne fait pas trop mentir son titre...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Michael Curtiz William Wellman William Dieterle
16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 15:27

C'est beaucoup plus au producteur Dore Shchary, l'homme qui monte à la MGM à la fin des années 50, qu'à Wellman qu'il convient d'attribuer ce film. Le metteur en scène pour sa part a souvent rappelé qu'il avait été engagé pour son efficacité, mais que les films "à message" n'étaient définitivement pas pour lui. Ce qui peut faire sourire, de la part de l'auteur de Star witness, Wild boys of the road, ou The Ox-Bow incident! Mais un coup d'oeil à ce curieux film, nous permettra de comprendre exactement ce que voulait dire Wellman. Ce dernier pouvait au moins se vanter d'avoir accompli son travail en trois semaines, établissant un record. 

Dore Schary souhaitait faire évoluer le studio, et quitter la sphère des spectacles délirants et hauts en couleurs des musicals de la firme, en développant une production plus centrée sur le citoyen moyen et ses problèmes. Ainsi, nous avons ici une intrigue qui pourrait presque, si ce n'était un détail, être dépourvue d'enjeu comme d'intérêt: six jours de la vie d'une famille dans une petite banlieue modeste de Los Angeles, un couple avec un jeune ado, qui s'apprête à accueillir un nouveau-né, c'est imminent. Joe Smith (James Whitmore), le père, travaille dans une usine aéronautique, et le fils a commencé à travailler lui aussi: tous les matins, il distribue les journaux dans son quartier. Les fins de mois sont difficiles, et le moral tient à peu près la route, mais Joe a des angoisses, liées à l'arrivée du bébé. Et si la mère ne tenait pas le choc? Mais tous es soirs pendant une semaine, vers 20h30, une voix s'invite à la radio. Elle se présente comme la voix de dieu, et va bientôt bouleverser les habitudes de toutes et tous. Dans le monde entier...

Ce qui relie ce film a l'oeuvre de Welman, c'est un mélange de naturalisme et de retenue assez habituel chez lui: on ne verra jamais, par exemple, le moment de "la voix", ce sera à chaque fois relayé, soit par un bulletin radio, soit par un personnage. Le premier à le faire est Joe lui-même... Mais l'univers de cette petite banlieue, la vie de tous les jours, le travail à l'usine et la routine journalière sont dépeints avec un réalisme tranquille, une précision et un oeil particulièrement avisé. On appréciera quelques scènes dans lesquelles Wellman a mis beaucoup de lui-même, notamment une séquence qui voit le fils et la mère entendre le départ de Joe, qui s'énerve après sa voiture tous les matins de la même façon. Avec une précision diabolique, le fils mime en même temps que les bruits le départ de son père! Maintenant, bien sur, le film est généreux, mais il est noyé, sous les bons sentiments d'une part, et sous une dose excessive de religion d'autre part. Un commentateur a beau dire à la fin du film (car en effet, c'est bien la voix de dieu, ce n'est jamais mis en doute du reste) "toute l'humanité, quelque soient les religions, les couleurs, etc...) le type de religion dont il s'agit ici est quand même bien protestant, bien blanc, bien Anglo-saxon.

Bref, curiosité.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman le coin du bizarre
4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 14:25

Le Nord de la France, décembre 1944: lors d'un hiver particulièrement rigoureux, une division de G.I. qui s'apprêtait à rejoindre l'arrière pour prendre du bon temps à Paris est envoyée pour une mission secrète sur la petite ville de Bastogne... Une fois arrivés, les soldats découvrent que la mission n'a rien de secrète, que les Allemands sont parfaitement au courant, et qu'ils sont totalement déterminés à garder la ville, un endroit stratégique pour pouvoir espérer inverser la donne contre les alliés. dans les bois des alentours, à partir de la nuit, la neige, le brouillard et les SS déguisés en soldats Américains vont mener la vie dure à une troupe d'infanterie qui ne connaîtra jamais le repos...

L'héroïsme, façon Wellman: cinq années après les faits, le metteur en scène donne de la bataille de Bastogne une vision particulièrement décalée. Ses soldats sont des rustres, des hommes qui n'en peuvent plus, ne sont pas toujours, du moins en apparence, très sympathiques les uns avec les autres (une jeune recrue, dont ce sera le premier combat, se voit totalement ignoré e arrivant au campement...), préoccupés par tout ce qui pourrait leur permettre de penser à autre chose que la réalité brutale du conflit qui les occupe. Mais ce sont bien sur des coeurs d'or, des hommes à la bravoure d'autant plus palpable qu'il savent devoir survivre, et des héros dans la mesure où chacun de leurs gestes va dans le bon sens: libérer l'Europe. seulement, personne dans le film n'aura l'impudeur de le dire.

Le metteur en scène, on le sait, et il l'a si souvent prouvé (Wings!!!) n'aime pas la guerre, même s'il a souvent fait état de ses souvenirs de vétéran, et s'il n'a jamais caché son plaisir de pouvoir expliquer "sa" guerre. de montrer ce qu'il a lui touché du doigt, la rudesse des combats, les moments où tout bascule, la perte des copains, mais aussi la camaraderie, seule façon de s'en sortir. Et ses soldats, pouilleux, sales et râleurs, ont beau être étudiés par Dore Schary et les autres pontes de la MGM comme on crée un produit de marketing, le metteur en scène a su garder une véracité touchante à ses acteurs: Van Johnson en boute-en-train qui doit valer frustration après frustration, John Hodiak en intellectuel qui ronge son frein, Ricardo Montalban en Angeleno d'origine Hispanique qui s'émerveille d'avoir pu jouer pour la première fois dans la neige, etc... Et il fait semblant, comme d'habitude, de tourner sans s'en soucier, mais le vétéran iconoclaste qu'est Wellman ne peut pas ne pas signer le film à sa façon: il met en scène la confusion dans laquelle les soldats coincés entre les Allemands, la neige et le brouillard se retrouvent dès qu'ils entrent dans les bois, et bien sur n'oublie pas d'envelopper la violence dans une certaine part de mystère en dosant la part d'"action" que nous voyons. Le film est prenant, âpre et splendide, comme d'habitude.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman
25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 09:57

Lawrence 'Rip' Smith (James Stewart) est surnommé ainsi parce qu'il a la faculté de s'endormir n'importe où; une habitude prise lors de ses nombreuses périodes creuses, car si l'ambitieux jeune homme voit grand, il est un peu trop en avance sur son temps: son truc, c'est le sondage d'opinion, un phénomène dont les dirigeants, chefs d'entreprises, patrons de presse sont avisés, mais qui passe au dessus du grand public. Et comme Smith veut rester son propre patron, la concurrence dans ce marché novateur est rude. Il est donc, une fois de plus, sans emploi, et part sur un coup de tête à Grandview, une petite localité charmante, dont il a entendu parler par un ancien camarade de l'université: à Grandview, l'opinion reflète exactement celle de la société Américaine, à moins de 1% de marge d'erreur Qu'un sondeur décide d'y interroger la population, et il aura le sondage le plus fiable au monde... Mais si Smith part avec armes et bagages, et avec ses fidèles assistants Ike (Ned Sparks) et Mr Twiddle (Donald Meek), il ne faut pas ébruiter le véritable but de leur installation à Grandview, et ils prétendent être des agents d'assurance. Sitôt arrivé, Rip trouve la ville parfaitement à sa convenance, et fait la rencontre d'une jeune femme de la localité qui contrairement à lui, souhaite développer la ville dans le sens du progrès: deux problèmes s'ensuivent: développer la ville, c'est la changer, ce qui contrecarrerait les plans de Rip; et la jeune femme, Mary Peterman (Jane Wyman), journaliste locale, est décidément fort jolie...

Tourné juste après It's a wonderful life, et produit par Robert Riskin pour la RKO, le film de Wellman subira le même sort au box office; un flop monumental. Comme si, en fait les Américains 'étaient pas près à retrouver James Stewart, où du moins pas le Stewart plus adulte qui est revenu de cinq années de guerre... On a pourtant ici certains ingrédients qui renvoient à un personnage emblématique de l'acteur: il s'appelle Smith, et ce n'est pas pour rien! Arrivé à Grandview, il est aussitôt reconnu par l'équipe de Basket-ball de l'université comme un ancien champion, et va devenir leur co-entraîneur, ce qui fait qu'on le voit souvent flanqué de jeunes boy-scouts! Et si c'est un James Stewart qui vient masqué, conscient du fait qu'il s'apprête à exploiter les habitants sans leur assentiment, il ne met pas longtemps à devenir un pilier sur de la petite communauté. Mieux: lorsque le pot-aux-roses est découvert, deux conséquences: la population se met à l'heure du sondage et se prête au jeu (Qui est d'ailleurs faussé, ce qui est une autre histoire), et à part Mary qui s'était beaucoup rapprochée de lui, personne n'en tient rigueur à Rip qui va d'ailleurs sauver la ville d'un coup dur...

Les raison de l'insuccès de ce film, dont le scénario, au fait, est du à Robert Riskin, l'ancien collaborateur de Capra (Mais s'il a écrit Deeds et You can't take it with you, entre autres, il n'est pas le scénariste de Smith), sont sans doute à chercher dans le fait que la 'science' dont il est question, ici, est aussi nébuleuse pour le public e 1947 qu'elle peut l'être pour la plupart des gens aperçus dans le film, et d'ailleurs tout se passe comme si Wellman ne s'y était pas vraiment intéressé, et s'en était débarrassé aussi vite qu'il l'a pu! Non, ce qui a motivé le réalisateur, c'est d'abord la comédie, et avec Stewart et Wyman, d'un côté, mais aussi la figure hallucinante de Ned Sparks, de l'autre, il a été servi... Le choc des cultures, lorsque les trois New Yorkais débarquent à Grandview, est assez proche de celui vécu par Fredric March et Carole Lombard dans Nothing sacred... Et certaines séquences se promènent avec brio dans les riches heures de la screwball comedy.

Finalement, le metteur en scène est à l'aise avec cette histoire de petite ville tout à coup abandonnée de tous, devenue la risée de l'Amérique, et dans laquelle la population enfin réunie se met à faire front, sommée par ses enfants qui reprochent à leurs aînés de ne rien faire personnellement pour empêcher la décadence d'une ville qui a encore beaucoup à leur offrir. Dans la direction de ses jeunes acteurs, comme toujours très impressionnantes, passent des réminiscences de Wild boys of the road... Wellman, comme pour signer son film, lui qui aime tant se passer de LA scène à faire et à montrer, garde le premier et unique baiser de ses deux stars, pour... après le fondu au noir. Typique! En attendant, même un peu mineur sur les bords, franchement, un film plus que recommandable.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Comédie
17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 09:29

New orlean: Gilda Karlson (Dorothy Mackaill) se prostitue pour le compte d'une madame, Angie (Cecil Cunningham). Elle exécute une "mission" auprès d'un client, qui n'est autre que Piet (Ralf Harolde), l'homme qui l'a faite basculer dans cet univers. la discussion s'anime, et Gilda assomme son agresseur et provoque un incendie. Le lendemain, elle apprend qu'elle est recherchée, il lui fait donc fuir. C'est le moment inopportun qu'a choisi Carl (Donald Cook), son petit ami, pour revenir... Il ignore tout de sa vraie vie, elle le met au parfum et contre toute attente il se range de son côté, et l'aide à atteindre l'île de la tortue, où elle peut être tranquille, à l'abri de l'extradition. Mis on y trouve beaucoup d'aventuriers échoués, et ils auront tôt fait de la renvoyer à sa condition et à son "métier"... Pire: alors qu'elle attend le retour de Carl, elle reçoit la visite inattendue de l'homme qu'elle croit avoir tué.

Apre? Plutôt, oui! William Welman, on le sait bien, n'est ni un tendre ni un naïf, et sa vision de la prostitution n'est pas vraiment celle du mélodrame Griffithien! Certes, c'est un homme qui l'a faite basculer dans cet univers, mais quand le film commence, Gilda connait son métier! La plus célèbre des photos de plateau du film donne assez bien l'idée de la situation, elle figure en illustration de cet article. Pourtant, comme les autres personnages de Wellman, elle est en quête d'une certaine forme de rédemption. le film va nous le montrer à travers ce qui va se passer sur l'île, dans le drame qui va se jouer entre elle, l'homme qu'elle est sensée avoir tuée, et les hommes en sursis qui vivent avec elle, et qui tous, la passeraient bien à la casserole... Et Gilda, dans tout cet imbroglio n'aura pas une seule pensée pour elle-même: elle ne pensera qu'à Carl, son jeune officier fringant, qui a décidé en un éclair de la pardonner, et de la soutenir dans sa tentative de s'échapper d'une vie infecte...

C'est, au milieu de la fructueuse période Warner de Wellman, un film qui trône au-dessus des autres, de façon évidemment moins flamboyante que Public Enemy, voire Wild boys of the road. Mais la façon dont Welman choisit de prendre le parti d'une femme qui aurait si facilement été condamnée à vu, dans tant de films y compris de cette époque glorieuse de relâchement généralisé, la sûreté franche et directe de son style, et le légendaire "style Warner" de cette période pre-code sont irrésistibles.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code