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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 16:45

Dans l'impressionnante série de films réalisés par Wellman à la Warner, celui-ci fait partie de la catégorie des réflexions sociales contemporaines; sous la direction du réalisateur de The public enemy, ces films étaient particulièrement intéressants. Star witness fait aussi partie d'un ensemble de films des années 30, de Lloyd (The cat's paw) à Capra (Mr Smith goes to Washington), en passant par DeMille (This day and age) et Brabin (Beast of the city) ou Lang (Fury) qui exploraient des voies parallèles à la démocratie en ces temps troublés...

 

Un crime a lieu en pleine soirée, dans la rue, sous les yeux d'une famille réunie pour prendre son repas. Plus grave, le gangster responsable du meurtre et son gang s'introduisent chez les Leeds, et les menacent de représailles s'ils parlent. Le procureur Whitlock (Walter Huston) est décidé à les faire témoigner, et ils acceptent, jusqu'au jour ou le père de famille est enlevé et tabassé, puis c'est au tour de l'un des garçons du foyer, le jeune Donny, d'être kidnappé... la famille prend peur, et à l'exception du grand-père (Chic Sale), un ancien de la guerre de Sécession, ils prennet la décision de céder à la menace... Whitlock essaie de les faire changer d'avis.

 

Le film se situe dans un milieu qui n'a rien d'aisé, dans une famille ou tout n'est pas rose. Par exemple, le père est inquiet quant à l'avenir de son grand fils, qui a quitté l'école mais ne cherche pas de travail; le grand-père, un vieux soiffard et pique-assiette, fait le mur de la maison de retraite pour venir sincruster à table... Le père travaille, et essaie de faire passer ses messages sur l'éthique à ses enfants, mais cela ne va pas toujours dans le bon sens. Bref, nous dit Wellman, des gens comme tout le monde. Il explore ensuite, avec le style coup de poing qui le caractérise, de montrer non seuleemnt le fonctionnement de la loi, mais aussi ses limites, et il nous montre le gangstérisme au plus près. on sait avec quelle efficacité il en était capable... a ce titre, Star witness est beaucoup plus direct que Public enemy, qui passait par de nombreuses ellispes. Là, c'est directement en pleine figure que la violence frappe: le père passé à tabac par exemple passe un très mauvais quart d'heure, et le traitement réservé à Donny ne fait aucune doute. On comprend de fait l'intransigeance du procureur interprété par Huston...

La loi, nous dit wellman, est absolue, mais a aussi besoin du citoyen. Il prone assez clairement une intransigeance totale, plaide au passage (mais ce n'est pas une surprise en ces temps lointains, hélas) pour une peine de mort considérée d'ailleurs comme une évidence par tous les protagonistes; il passe aussi par une réflexion parallèle à celle qu'il développera sur les anciens combattants dans Heroes for Sale, avec le personnage du grand-père, un héros à la fin, mais qui doit quand même rejoindre la maison de retraite sise tout prèt d'un cimetière militaire... mais surtout il dépeint comme Lang avant lui l'atmosphère particulière d'une époque, sans prendre de gants. et rien que pour ça, on lui pardonnera son réquisitoire musclé, parce qu'il est difficile de résister à Wild Bill...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 09:37

Entièrement ou presque situé de nuit, Lilly Turner est un de ces mélodrames-coups de poing que Wellman tournait presqu'en dormant lors de son passage à la Warner dans les années 30. Il conte les mésaventures d'une femme mariée (Ruth Chatterton), du moins le croit-elle, à un prestidigitateur minable, qui prend la fuite quelques jours avant d'accoucher de leur enfant. Elle apprend donc qu'il était bigame, et ne le reverra plus... Dave, un bonimenteur alcoolique (Frank McHugh), se marie avec elle, puis l'assiste. Elle accouche d'un enfant mort-né, puis ils retournent travailler dans le circuit minable de foires et des "medicine shows". toujours mariés, bien que ce ne soit que pour la galerie, ils travaillent enfin pour le "docteur" McGill (Guy Kibbee), mais la encore le drame va se précipiter: alors que Lilly tombe amoureuse d'un ingénieur musclé (George Brent) qui fait le taxi pour survivre, un autre tas de muscles, l'"homme fort" Fritz (Robert Barrat), va littéralement tomber fou de désir...

 

La crise: comme toujours dans ces petits films, elle est partout, cachée derrière les habits usagés du mélodrame. Ruth Chatterton joue un personnage qui semble avoir relativement accepté son destin minable, sauf devant l'amour: elle exprime de façon très claire son désir pour George Brent, et va jusqu'à mentir pour essayer de l'amener dans son lit; elle n'est d'ailleurs pas la seule, puisque l'épouse du "docteur" (Marjorie gateson) va essayer aussi... Le désir n'est pas, dans ce film, l'apanage des femmes: Dave souffre en silence, pendant que le reste des hommes présents essaient tous de coucher avec Lilly. Certains, d'ailleurs, y parviendront: le film, parfait exemple de la période pré-code, est un démenti cinglant à l'impression d'un cinéma Américain asexué, et pourtant, il dépeint surtout une période difficile, de perte des repères en pleine crise, durant laquelle le moindre espoir à court terme devient une richesse convoitée. L'interprétation est sanss fautes, le rythme ne faiblit pas, et s'il est certain que la copie (Passée au Cinéma de inuit de France 3) était par trop noire, l'atmosphère poisseuse convient finalement idéalement au sujet...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 11:55

Tom Holmes a fini la guerre prisonnier dans un hôpital Allemand, ou on l'a tant bien que mal rafistolé... Mais c'est un homme dépendant à la morphine qui rentre au pays, et il y apprend que sa dernière action héroïque avant de devenir prisonnier a été endossée par un autre. Celui-ci, par remords, lui trouve une situation, mais l'addiction de Tom rendra les choses compliquées, et il est vite licencié. Il trouve à s'établir ailleurs, se fait remarquer par son esprit d'initiative, mais la mort de son nouvel employeur va une fois de plus le précipiter dehors, alors qu'il est marié et père de famille. Tout bascule lors d'une manifestation au cours de laquelle il tente de raisonner ses camarades, mais il est emprionné pour agitation alors que son épouse meurt piétinée par la police...

A nouveau tiré de l'excitante période durant laquelle Wellman était un metteur en scène sous contrat à la Warner, Heroes for sale est une pure merveille à tous points de vue: le metteur en scène (Et le studio) pointent du doigt une situation indigne, comme en écho à la chanson Remember my forgotten man dans Gold diggers of 1933: les vétérans de 1917-1918, aux Etats-Unis en pleine crise, sont nombreux parmi les chômeurs et les vagabonds qui se massent sur les routes. D'autre part, Wellman étant Wellman, il adopte un style coup de poing, avec le génie qui le caractérise, et emporte avec lui le public pour ne jamais le perdre durant les 71 minutes (Des 76 d'origine) que dure le film; il obtient de chaque acteur (Richard Barthelmess, Berton Churchill, Robert Barrat...) et actrice (Loretta Young, Aline Mac-Mahon) une performance superbe: oui, même de Barthelmess, acteur perdu dans le parlant, qui était si terne chez Curtiz (Cabin in the cotton); il est ici un très crédible vétéran perdu en pleine reprise de l'activité par une Amérique oublieuse de ses héros...

 

Mais le film n'est pas que dénonciation, s'attachant à des personnages, concernés au premier chef (Tom Holmes, le héros, son épouse, le lâche Roger qui va précipiter le drame de Tom), mais aussi plus présent pour créer un univers. A ce titre, le trairtement émouvant du personnage de Mary (Mac-Mahon), la fille au coeur d'or qui n'a pas pu avoir le beau gosse, mais n'a jamais exprimé ses sentiments, est extrêmement touchant, et traité avec une immense délicatesse. Si le metteur en scène cède à son penchant virtuose pour masquer les scènes clés (Il cache un vol tenté par Barthelmess derrière la grille de son guichet, obtenant par la même occasion une métaphore de le peine de prison qu'il risque), ne se prive pas de rappeler qu'il est un maitre de l'action maitrisée, dans une scène de manifestation qui dégénère en émeute, durant laquelle Loretta Young a du se couvrir de bleus... Le sens politique du film est celui de la Warner d'alors: sans prôner le communisme (Un personnage de comédie, sympathique immigré communiste, se transforme en le pire des capitalistes durant la fin du film!) ni montrer le plus beau visage du capitalisme, le film montre qu'une nouvelle donne est nécessaire, un nouveau volontarisme, dans l'esprit de collaboration entre les classes. Roosevelt est d'ailleurs cité en exemple, mais on ne m'otera pas de l'idée que Wellman, électron libre et généreux, qui finit son film sur une note amère, n'est pas aussi optimiste que le scénario...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 09:39

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/5/56/MidnightMaryPoster.jpgPrété à la MGM en 1933, William Wellman réalise, avec Loretta Young, Ricardo Cortez et Franchot Tone un film en apparence 'à la manière Warner'. Que ce soit à lui qu'on ait fait appel en dit long sur le crédit dont dispose encore le réalisateur; ça montre aussi que les dirigents des studios connaissent leur métier... Le film fait partie de ces petites oeuvres excitantes dont la Warner s'est en effet fait une spécialité, les plus notables étant bien sur The public enemy et l'incontournable Three on a match (Mervyn LeRoy, 1932). Mais le film est malgré tout, dans son scénario, plus un film MGM, permettant une idylle entre Loretta Young et Franchot Tone, qui laisse entrevoir un futur avec des paillettes, ce qui était refusé généralement aux héros de ce genre de film...

 

Mary Martin (Loretta Young) attend le verdict de son procès: elle est accusée de meurtre, et ce n'est pas la première fois qu'elle a maille à partir avec la justice; en attendant l'issue qu'elle devine fatale, elle s'assied dans une petite pièce en compagnie d'un vieux clerc, et se laise aller à des souvenirs de la décennie écoulée: comment pour fuir la pauvreté et la faim elle est devenue la petite amie du gangster Leo Darcy (Ricardo Cortez), et a finalement rencontré un homme de la haute société qui a cru en elle: Tom Mannering (Franchot Tone), lors de sa rencontre avec Mary, a su tout de suite d'où elle veniat, mais il lui a tendu la main. Mais se jugeant trop dangereuse pour lui, elle le quitte; jusqu'au jour ou Darcy et Mannering se retrouve une fois de trop face à face...

 

Le scénario, basé sur un flash-back de bonne facture, qui happe le spectateur sans jamais le lâcher, appelle donc d'une part un happy end, et d'autre part des passerelles entre les bas-fonds et l'aristocratie, dont Mannering est un reflet paradoxal; son meilleur ami, Sam (Andy Devine) est un brave homme, riche noceur mais foncièrement sympathique. Et Mannering après avoir rencontré Mary devient moins http://4.bp.blogspot.com/-wnlA4s3TJfQ/TqgY9n4rjQI/AAAAAAAAQF8/6WFl7xX1j3A/s400/Midnight%2BMary%2B%25281933%2529.jpgvain, et réapprend à travailler (Il est avocat) avec plaisir. Le portrait de la zone organisée est lui sans concession, avec Darcy, un homme violent et sans scrupules. Contrairement à Night nurse, ce film ne nous propose pas de portrait de gangster au grand coeur. La rédemption de Mary n'en est pas vraiment une, puisqu'il est sous-entendu que la jeune femme agit principalement sous la pression: celle de son environnement, celle de la faim, celle de la nécessité; elle porte pourtat en elle une aspiration à plus, à mieux, incarnée dans le tableau dont elle a vu une reproduction quand elle était plus jeune: elle en découvre l'original chez Mannering, et comprend qu'elle est enfin arrivée "chez elle". De même, sous l'influence de la jeune femme, Darcy va avoir une bonne en habit et un valet Anglais: cette soif de sophistication détonne un tantinet chez Wellman, qui nous montrait les riches parents de Richard Arlen comme appartenant à un monde en pleine décomposition dans Wings.

 

Le metteur en scène a fait quand même selon son coeur dans l'utilisation à plusieurs reprises d'un réalisme dur et sans concessions avec toujours la petite touche de stylisation suplémentaire; il a laissé libre cours à son génie pour le plan-séquence, qui laisse toujours les acteurs rester dans la peau de leurs personnages aussi longtemps que possible; enfin, il est un virtose de la caméra mobile, et du placement de caméra: sans aucun effort, la composition est contamment parfaite. Il n'est pas dupe des différences entre ce film et ceux dont il a l'habitude: il se permet d'ailleurs un commentaire narquois sous la forme d'un plan final, qui voit Mannering et Mary, en l'attente d'un nouveau procès qui doit exonérer la jeune femme; ils sont dans les bras l'un de l'autre, au parloir de la prison; tout va bien, ils sont pleins d'espoir... Mais une ombre de http://www.davidbordwell.net/blog/wp-content/uploads/mary-and-mag-400.jpgbarreaux est projetée sur eux, et une barre les décapite de façon symbolique... Quoi qu'il en soit, si la MGM a souhaité avoir Wellman pour faire un film Warner, elle a surtout eu un film de William Wellman... Celui-ci a certes repli les obligations du cahier des charges, mais il a aussi fait passer ses propres idées: manifestement sommé de montrer aussi souvent que possible les james de Miss Young, il a aussi su utiliser ses yeux, comme dans la première scène, lorsque le procureur lit son réquisitoire, et que la jeune femme est vue cachée derrière un magazine, laissant ses yeux seuls exprimer l'indifférence: toujours cete tentation si typique du réalisateur de masquer les scènes "obligatoires"... Il a su tempérer le romantisme parfois exagéré avec son humour et son génie pour le commentaire social brutal. Bref, d'un film excitant mais mineur, il a fait bien mieux.http://storage.canalblog.com/47/59/110219/39092356.jpg

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 09:27

San Francisco, Barbary Coast, 1906: Jenny Sandoval (Ruth Chatterton) assiste son père dans un établissement louche. Mais elle lui cache quelque chose: elle attend un enfant de Dan (James Murray), le pianiste. Au moment ou elle lui avoue son intention de fuir avec Dan, le monde tremble.... Littéralement, c'est le fameux tremblement de terre de Frisco. Une fois le calme revenu, les bas-fonds sont en ruine, la vie de Jenny aussi: son père est mort en la menaçant, Dan est mort lui aussi. Avec l'aide de sa fidèle servante Amah, elle place son fils à Chinatown, puis reprend ses activités, sous la protection de l'influent avocat Dan Sutton (Louis Calhern). Elle sauve ce dernier d'une affaire de meurtre, mais ne sait pas que c'est ce qui va finalement précipiter sa chute...
 

Du mélodrame, du grand et beau tire-larmes, relevé à sa sauce par William Wellman, toujours autant à l'aise dans la stylisation et la suggestion que dans les images-coups de poing. Cette histoire de mère criminelle qui finit condamnée par son propre fils est forcément une occasion en or pour l'actrice Ruth Chatterton, habituée aux rôles durs. Mais pour Wellman, ce film ressemble à une promenade de santé, dans laquelle il s'adonne à ses petits plaisirs: superbe reconstitution du tremblement de terre, vécu "de l'intérieur", peinture sans concession des petites combines et de la débrouille des fillles qui travaillent dans le bar, un meurtre à l'écran, caché par une table renversée, et une rigueur rare dans la reconstitution des modes passées.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 09:22

Atypique, ce film qui fait partie des oeuvres de Wellman interprétées par Barbara Stanwyck est étonnant, d'une part par la façon de traiter un sujet propice à se vautrer dans de nombreux clichés, qui seront tous ou presque évités, ensuite par la façon dont Wellman organise  sa mise en scène, à la fois frontale et suggestive, ensuite par son choix du fil du rasoir: jamais totalement un drame, jamais totalement une comédie, le film se place sur un terrain glissant en faisant de la conquête sexuelle d'un homme par une femme le véritable enjeu... Et cette femme, je le répète, est Barbara Stanwyck!

 

Joan, une chanteuse de cabaret à New York, a vécu: son petit ami, Ed, est un bootlegger aux activités annexes des plus variées, et elle souhaiterait bien sur trouver mieux. Elle va donc se marier avec un riche héritier, mais celui-ci la plante avant la cérémonie par peur du scandale; la jeune femme fuit à Montréal, afin de changer de vie. Mais elle est vite rattrapée par son passé, des envoyés de Ed la retrouvant sans difficulté; elle prend une résolution en rencontrant une femme de ménage de son hotel qui s'est lancée dans un mariage par correspondance avec un fermier du Dakota du Nord: la jeune femme se trouvant disgracieuse, elle a en effet envoyé la photo de Joan... Celle-ci "achète" le mariage pour 100 dollars, et part pour l'aventure...

 

Les enjeux pour Joan vont être, non pas de se faire accepter en tant que femme de la ville, mais d'une part d'accepter son mari (George Brent, plutôt bon en fermier un rien benêt), puis de se faire accepter par lui, après que leur nuit de noce ait été un désastre: elle l'éloigne d'une gifle. Les clichés sur la différence entre ville sophiqtiquée et campagne rustique sont finalement expédiés en une scène de beuverie, lorsque les voisins de Jim et Joan Gilson arivent pour célébrer à leur façon le mariage. Mais wellman montre Stanwyck se laisser entrainer dans la fête, et celle-ci, bien que haute en couleurs (Le réalisateur y a engagé des figures du burlesque, on y reconnait notamment Tiny Sanford et Snub Pollard) ne débouche pas sur un excès de condescendance à l'égard des bouseux. On retrouve cet esprit naturaliste dans les scènes de la fin, qui montrent Joan s'adapter, s'habiller pour l'hiver (Une scène de réveil nous montre une chemise de nuit du plus haut rustique, qui contraste de façon spectaculaire avec la nuisette quasi transparente que Joan porte au début de son séjour).

 

Comme souvent chez William Wellman, l'adversité viendra de là où on ne l'attend pas: un chauffeur trop entreprenant qui va nécessiter une correction de la part d'un gangster au grand coeur (Night nurse), un caïd de la zone qui va sauver ceux qu'il aurait pu écraser (Beggars of life), un Américain qui va sans la savoir abattre son meilleur ami qui a volé un avion Allemand pour retrouver les lignes alliées (Wings)... Ici, ce sont les voisins qui seront la menace: si Jim a du mal à voir en Joan autre chose que son propre échec, l'un des fermiers alentour va vite convoiter la jeune femme et se livrer à un odieux chantage. Même Ed, qui retrouve la trace de sa petite amie, et qui provoque ainsi une crise de jalousie de la part de Jim, s'avère utile et positif pour le couple.

 

Avec la légendaire efficacité de l Warner en ces annéese années "pre-code", Wellman se livre à une mise en scène qui utilise beaucoup le décor et les à-cotés; il demande peu à ses acteurs, souvent filmés à distance dans des compositions magnifiques: les scènes rurales finales atteignent une beauté réelle, sans aucune fioriture, et en évitant le lyrisme des dernières années du muet; les objets sont utilisés pour véhiculer du sens, comme cette cariole qui a beaucoup de scènes pour elle, la plus spectaculaire étant celle au cours de laquelle Wellman instrumentalise le vide: Brent et Stanwyck reviennent de la ville, ou ils se sont directement mariés sans jamais s'être vus auparavant, sil se taisent. le décor est vide, et on ne voit presque que le blanc de leur visage; ils s'efforcent de ne pas se regarder, et Joan, en particulier, semble dépourvue de vie: elle est au centre du plan. Le silence et l'immobilité des deux acteurs dure 30 secondes... Tout est dit, oserait-on dire, et l'anticipation de la soirée est pour les deux personnages un cauchemar. Sinon, une très belle scène de rupture montre la façon dont Wellman sait déplacer les émotions et interprétations d'un acte aux témoins d'une scène, et aux éléments du décor: Le riche jeune homme vient de quitter Joan, et s'apprète à partir. Wellman cadre les gens autour d'eux. assise devant la vitrine, la jeune femme assiste au départ de la meilleure chance de sa vie, et au fond, on voit les éboueurs arriver et ramasser les poubelles; puis, on revoit de nouveau les témoins, qui cessent de s'intéresser à la situation et retournent à leurs occupations.

 

Drôlement distrayant, prenant même grâce à la performance inévitablement magnifique de la belle Barbara Stanwyck, le film étonne par son traitement du personnage féminin, véritable moteur du couple de fermiers. Non seulement la jeune femme prend sur elle, et passe de petites tenues sexy à des vêtements plus pragmatiques, mais en prime elle prend les choses en main. Elle est décidée à conquérir son idiot de mari, et le metteur en scène ne nous cache jamais qu'il est bien question de désir. A la fin, après avoir résolu un problème matériel, les deux se retrouvent. Elle est épuisée, il la prend dans ses bras, et la porte naturellement vers la maison, l'embrasse... Et Joan lui dit: je vais m'ocuper de toi, te mettre au lit et te border. Echange des rôles, humour tendre, une façon parfaite de finir un film certes inhabituel (Il n'appartient à aucun genre particulier, et se tient à l'écart de la représentation de la vie citadine, le grand thème des années 30 naissantes, en se refusant à céder de façon trop directe aux codes graphiques et culturels de la mode, Jazz, robes, cafés...), mais aussi attachant que son personnage principal, qui trouve la rédemption dans une renaissance totale.

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Published by Francois Massarelli - dans William Wellman Pre-code
12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 09:51

Tourné en plein durant la période de formation du parlant, au début du contrat de "Wild Bill" à la Warner, ce film est une petiite chose dont les prétentions au départ ne devaient sans doute pas dépasser l'intention de remplir les salles pendant quelques semaines, en fournissant un peu de drame et puis c'est tout. Mais wellman en a fait bien autre chose... Bien sur ce n'est ni Wings, ni A star is born. C'est un film éloigné de ses oeuvres de guerre, de ses westerns même. Mais le metteur en scène, un artiste, se double aussi d'un fin peintre des passions humaines, notamment masculines... et en prime, Other men's women est de bout en bout un film Warner: Monté avec soin, rythmé parfaitement, et interprété de façon juste par de jeunes acteurs, dont certains iront bien plus loin: Parmi les seconds rôles, on remarque quand même James cagney et Joan Blondell! Bien sur, il y a aussi le vieux J. Farrell McDonald, et Mary Astor, l'un revenu de tout, l'autre avec une carrière déja bien remplie.

 

Mais les deux héros, interprétés par des acteurs plus obscurs aujourd'hui, sont deux amis, Bill (Grant Withers) et Jack (Regis Toomey). Le premier est un fêtard incorrigible, et l'autre un homme stable et marié; ils travaillent tous deux dans les chemins de fer, et un jour Jack ramène Bill, flanqué dehors par sa logeuse, chez lui, auprès de son épouse Lily (Astor). Ce qui devait arriver arrive: Lily et Bill tombent amoureux, et Bill part. Mais jack soupçonne bientôt que la trahison ait été plus loin qu'un baiser, et les deux hommes se battent pendant qu'ils sont dans une locomotive. Jack manque de peu de mourir, mais sera aveugle; rongé par le remords, Bill entend se sacrifier: lors d'une crue, un pont menace de s'écrouler, il souhaite donc conduire un train lesté de ciment sur la voie pour le stabiliser; il souhaite surtout faire un suicide spectaculaire...

 

L'intrigue proprement dite est adéquate pour de l'action et du spectaculaire; d'ailleurs, Wellman s'acquitte de sa tâche avec beaucoup d'efficacité, le film étant structuré sur la montée vers le "climax": l'un des conducteurs de train, seul sur une locomotive, sur un pont enjambant une rivière en furie... Mais si ces scènes fonctionnent, eles sont marquées par la convention et, disons-le, ont un coté baroque qui accuse bien son age. Non, la ou wellman se débrouille le mieux, finalement, c'est dans la façon dont il montre la vie et les liens humains... Comment les cheminots Withers et Cagney discutent debout sur le toit d'un train, dos à un pont qui pourrait tout simplement les faire tomber, mais se baissant juste au bon moment... Comment la vie s'organise, de rendez-vous un peu miteux en soirée dansante ... Comment Jack et Lily ont su construire un hâvre de paix dans cet univers... et puis il y a l'histoire d'amour. les mots en sont conventionnels, mais les gestes en sont superbes, parfaits. La caméra ne laisse rien échapper, les acteurs esquissent un geste de la main, s'approchent, les regards sont chargés d'émotion... ajoutons à cela cette capacité de Wellman à faire ce qu'on n'attend pas: sa façon de cadrer ceux qui écoutent lorsqu'un autre parle; ainsi la rupture en Blondell et Withers, par exemple... Un autre aspect fascinant du fil, c'est le refus de juger, de montrer le bon Jack et les méchants: pas de manichéisme ni d'adversité ici... Son utilisation du son est d'un naturel déconcertant, les dialogues marqués par l'argot de l'époque est très réussi, et ses scènes tournées en décor naturels sont particulièrement réussies pour 1930, à une époque ou le matériel parlant pesait trois tonnes.

 

Bref, ce film certes mineur, qui nous est rendu disponible grâce au coffret "Forbidden Hollywood", volume 3, consacré à Wellman, est un plaisir de plus à mettre à l'actif d'un très grand metteur en scène.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 16:56

Ce premier Oscar du meilleur film (Qu'il soit plus ou moins mérité que d'autres, comme Seventh Heaven ou Sunrise, importe peu) est une sacrée claque! Tourné en pleine fin de l'age d'or du muet, il est le dernier grand film spectaculaire avant longtemps, et reste encore aujourd'hui une très grande date dans la représentation de la première guerre mondiale au cinéma. La Paramount voulait d'ailleurs frapper un grand coup, en, confiant directement à un vétéran des forces aériennes la rude tâche de représenter le combat aérien, ce qui n'avait jamais été fait. Ce qu'en a fait Wellman est tout bonnement époustouflant, embarquant des caméras sur les avions pilotés par les acteurs eux-mêmes, et assurant avec le concours de l'armée Américaine une reconstitution minutieuse des combats, aussi bien aériens (Sur des ciels exclusivement nuageux, afin de voir les avions se détacher nettement) que terrestres, pour lesquels un terrain a été entièrement transformé en gruyère à coups d'explosifs...

 

1917: Jack Powell (Charles "Buddy" Rogers), jeune homme d'origine modeste et amoureux de la belle Sylvia (Jobyna Ralston), s'engage pour aller en europe. Il rêve de voler, et va donc profiter de l'aubaine. Avec lui, il retrouve son rival David Armstrong (Richard Arlen), le fils de la plus riche famille de la ville; les deux deviennent amis, mais David n'ose révéler à Jack que Sylvia l'a choisi lui, et préfère par amitié le laisser à ses illusions. Les deux jeunes hommes deviennent des pilotes, et la guerre se poursuit, mettant un jour en péril leur amitié...

Une intrigue franchement secondaire, mais qui a de l'importance pour la Paramount aussi bien que pour le public, nous permet de suivre les pas de Mary, l'amie d'enfance interprétée par Clara Bow, alors la plus grande star de la firme. Elle fait elle aussi une contribution à l'effort de guerre, en conduisant un camion de médicaments sur les routes de France. Elle croisera Jack, dont elle est amoureuse, lors d'une soirée un peu trop arrosée aux Folies bergères.

Au-delà d'une représentation très réaliste de la guerre, dont même l'excellent The big parade n'avait offert qu'une vision suggérée des conflits, le film est fascinant pour son refus du manichéisme. C'était déja le cas chez Vidor, mais on les voyait finalement très peu;  jamais ici les Allemands ne sont représentés comme autre chose que des combattants; on n'a pas, comme dans The four horsemen of the Apocalypse, ou Hearts of the world, voire dans J'accuse, l'impression que ce sont des brutes sanguinaires et inhumaines. D'ailleurs, les gestes de bravoure alternent en permanence avec des mains tendues, des moments ou des passerelles sont jetées entre les deux camps belligérants, par fair-play ou par simple humanité: un aviateur Allemand lâche un message au-dessus de l'aérodrome allié pour informer de la mort d'un américain, et Wellman montre à la fin du film une croix de fer sur laquelle un jeune soldat Allemand est allongé, mort... Symboliquement, le film est très clair: lorsque Jack, qui croit son ami mort, se venge sur tous les avions allemands qu'il trouve sur sa route, l'ironie veut qu'il abatte aussi son copain qui a réussi à fuir les lignes ennemies en subtilisant un appareil Allemand... ainsi, c'est une fois de plus frère contre frère, humains contre humains. Wellman sépare la croix de fer, symbole du militarisme allemand, et les soldats... Le parcours de Jack, qui est comme tous les ados américains au début du film, se clôt sur l'arrivée d'un homme, accessoirement d'un héros (Il ne rejette pas l'hommage comme le fait John Gilbert à la fin du film de Vidor, mais on sait qu'il en est embarrassé), qui a grandi en 18 mois bien plus qu'il ne l'aurait cru. La famille et la fiancée de David pleurent en silence, mais comme le dit Mme Armstrong à celui qui de fait est le responsable de la mort de son fils, on ne peut pas en vouloir éternellement aux gens... Dans ce film, il n'y a pas de méchant, juste un conflit. Même la conventionnelle rivalité amoureuse entre David et Jack pour le coeur de la belle Sylvia est basée sur une méprise, et la jolie fille riche a pitié de Jack, sans pour autant en rajouter dans la condescendance.

Wellman joue ici sa carrière, et si on peut croire son fils qui affirme qu'avant ce film le metteur en scène n'avait pas produit grand chose d'intéressant, le fait est que ce coup d'éclat va l'imposer. Beaucoup de producteurs malmenés vont s'en plaindre, mais tant pis: on assiste là à l'éclosion d'un immense cinéaste. Déjà, il étonne par sa capacité à composer en toute circonstance, par le talent dont lui et ses monteurs feront preuve devant la cohérence des scènes de bataille, certaines étant filmées aussi bien depuis les avions que depuis le sol, et il sait déjà donner du poids à certaines scènes en les esquivant: la mort de David, par exemple, vue symboliquement via une hélice d'avion qui s'arrête, ou encore la plus fameuse scène du film: celle avec Gary Cooper. Le cadet White, joué par Coop, est juste une silhouette au début du film. Les deux héros arrivent à leur centre d'entrainement, et s'installent dans leur tente qu'ils partagent avec ce grand gaillard; celui-ci s'en va pour voler, et ne reviendra pas. On assiste à l'accident par le biais de la vision des ombres de deux avions, des ambulances qui se précipitent, depuis la tente même. Déjà, Wellman fait preuve de ce culot devant les passages obligés, le résultat étant d'une force émotionnelle brute, qui implique fortement les personnages et le spectateur (Voire les spectateurs seuls, comme dans la fameuse fusillade de The public enemy, vue à travers la seule bande-son.) On peut éventuellement se plaindre de l'ajout d'une partie non-essentielle au film, avec une Clara Bow qui est là pour générer des entrées. Mais les romances un peu puériles entre David, Sylvia, Jack et Mary servent aussi à souligner les différences sociales qu'on croyait inéluctables entre les riches (David, Sylvia) et les Américains plus modestes (Jack, Mary). La guerre, qui fait de Jack et David des égaux, voire des frères, permet aux moins bien lotis de s'en sortir. L'Amérique se sort ainsi de ses conflits de classe. La scène de la visite de Jack aux parents de David nous fait penser que les parents riches du héros morts vivront tout le reste de leur vie sur des souvenirs ressassés... Une page est tournée, nous dit Wellman. Lui, il le savait, qui a fait cette guerre, en est revenu, et a rameuté tous ses copains pour jouer dans le film. Voilà, tout ça, ça fait un film qu'il était temps que la Paramount sorte du formol: il est superbe. Le seul regret que je puisse exprimer devant le Blu-ray sorti en ce début d'année, c'est que personne n'ait essayé de redonner vie à la version "Widescreen", en 65 mm, avec des passages en écran large. Pourtant celle-ci serait préservée. Dommage...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Muet Première guerre mondiale Clara Bow 1927
23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 10:45

Réalisé dans la foulée de son grand classique A star is born, avec Fredric March et Janet Gaynor, Wellman retrouve les studios Selznick et son acteur principal pour une comédie cette fois. Mais ce qui frappe, c'est bien sur Carole Lombard, comédienne survoltée rompue à un style de comédie qu'elle a quasiment contribué à définir dans le mythique Twentieth century de Howard Hawks. La comédie loufoque, ou screwball comedy en Anglais, c'est bien sur 'un des genres rois de cette fin des années 30. On n'y attend sans doute pas le bourru Wellman, en oubliant que "Wild Bill" savait tout faire. Un autre atout de ce film, c'est la présence de la couleur, via le système Technicolor trois bandes, désormais en route vers la gloire et le prestige que lui apporteront Gone with the wind (des mêmes studios Selznick, réalisé par Victor Fleming, en 1939) et The Wizard of Oz (MGM, Réalisé également par Fleming, en 1939). Mais n'oublions pas que la couleur est déja là, depuis les années 20, et qu'en cette fin de décennie, il y a déja eu Snow White and the seven dwarfs, Becky Sharp, ou Doctor X. Mais ce qui est nouveau, en revanche, c'est justement de tourner une comédie en couleurs... A ce niveau, la copie visionnée est splendide: les couleurs de New York en particulier dans les scènes nocturnes, se voient avec délectation...

 

Un reporter prêt à tout, Wallace Cook (March) se rend à Warsaw, Vermont pour y dénicher Hazel Flagg (Lombard), une jolie jeune femme blonde à laquelle on a diagnostiqué un empoisonnement au radium. Il souhaite faire une série d'articles sur les derniers jours de la jeune femme, sans savoir qu'Hazel a en fait une santé de fer, et un médecin (Charles Winninger) qui s'est un peu hasardé dans son jugement. Mais désireuse de voir New York à tout prix, la jeune femme part, son médecin prié de garder le silence sous le bras, vers la grande ville, ou elle va être accueillie comme une héroïne des temps modernes, par la presse, les politiciens, et le monde du spectacle.

 

Carole Lombard est donc l'attraction principale, et elle ne se retient absolument pas de faire ce qu'on attend d'elle. Boule d'énergie, il y a de l'ironie à la voir jouer quelqu'un qui est suposé être à l'article de la mort. Mais le film n'est pas qu'une brillante mise en relation de caractères et d'énergies, comme souvent dans ces superbes comédies. Non, il y a un thème ici, celui de la vérité, qui finira toujours par sortir... Vraiment? Ici, tout le monde ment: Cook est un journaliste qui croit certes dur comme fer à la maladie de sa protégée, mais il ne change pas sa ligne d'un iota au moment ou il aprend le pot-aux-roses. Hazel bien sur ment sur toute la ligne, d'abord pour profiter des avantages, ensuite parce qu'elle est trop embarrassée pour dire la vérité. Le médecin est dans ce cas aussi, et le patron de presse (Walter Connolly) est habitué des coups fourrés; Nothing is sacred, rien n'est sacré, surtout pas la vérité. Wellman construit son film sur la tendance de la presse au mythe, c'est à dire au vide. Comme pour mettre cette tendance en valeur, il se plait d'aileurs à tourner des scènes durant lesquelles il masque ce qu'il faut montrer, une vieille habitude (On se rappelle de la fusillade hors-champ dans The public enemy): la première entrevue en tête à tête des deux héros, à Warsaw, se situe derrière une opportune branche d'arbre qui dissimule leurs visages. Comme en écho, le moment ou ils s'avouent leur amour (Mais pas le subterfuge qui les unit) est filmé de l'extérieur d'une caisse ou ils se sont réfugiés après un bain forcé dans l'East River... Le metteur en scène, d'humeur vacharde comme on le sait, se paie aussi le luxe d'ajouter sa version des rapports compliqués entre la campagne et la ville, mais pas en opposant comme Capra le faisait la corruption citadine à la simplicité campagnarde. Après tout le mensonge vient ici du village, et d'un caprice de gamine. Il en rajoute en montrant l'hostilité de tout le village à l'égard de cet étranger qui déchaine l'imagination féroce des enfants contre lui...

 

Cerise sur le gateau: Kino a sorti ce film en Blu-ray dans une copie restaurée, pour une oeuvre qui est tombée dans le domaine public ("Tomber" est le verbe approprié), on a doit à une copie fort belle, les restauraeurs n'ayant pas essayé de faire passer le film pour plus jeune qu'il n'est. il y a des rayures, c'est manifestement un vieux film, mais la patine, ses couleurs travaillées sont extrêmement engageantes. Beau comme la vérité qui sort de la rivière...

 

http://www.dvdbeaver.com/film3/blu-ray_reviews55/nothing_sacred_blu-ray.htm

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Published by François Massarelli - dans William Wellman
22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 08:12

Dans l'abondante carrière de William Wellman, Track of the cat est un western d'une genre spécifique et relativement sous-représenté, un film qui frappe par sa cohérence esthétique et thématique, et par la noirceur de son propos, contrastant de façon spectaculaire avec l'omniprésence du blanc de ses paysages enneigés.

 

Call of the wild (1935) et Island in the sky (1954) sont deux films de Wellman à rapprocher de celui-ci, décrivant d'une manière différente l'épopée de la survie, qui est un thème à part entière dans l'oeuvre du réalisateur, que cette survie soit face aux conditions naturelles, ou face à la société (Safe in hell). La famille Bridges vit donc dans un ranch de haute montagne (Califonie du nord ou Etat de Washington), et c'est l'hiver. le film commence par une matinée durant laquelle un animal sauvage se manifeste, un gros félin omniprésent mais qu'on ne verra jamais. Les trois frères Bridges se lèvent, et le meneur, Curtis (Robert Mitchum), décide de partir à la recherche du fauve, autour duquel plane une légende locale relayée par le vieux Joe Sam, un Indien qui aide au ranch. La petit déjeuner est un festival d'attaques personnelles en tout genres, entre les trois frères, le gentil Arthur, le benjamin Harold et Curtis qui distribue les vacheries à tous et toutes. Participent en effet à la zizanie la mère (Très religieuse et rigoriste, elle est bien à la peine devant le coté vicelard de Curtis), le père (alcoolique et dépassé par les évènements) et la soeur Grace, qui prend la présence de Gwen, la petite amie de Harold, comme une bouffée d'air frais. Le sentiment qui domine est celui d'une vie entièrement soumise à Curtis, représentant à la fois l'esprit de la discorde et l'âme du ranch.

 

Curt et Art partent pour traquer la bête, constatent les dégats sur le bétail, et se séparent pour trouver l'animal... qui attaque Art et le tue. Curt renvoie alors la dépouille de son frère chez eux, puis part à pieds dans la montagne pour tuer le chat...Le reste du film est ensuite partagé entre le périple de Curt et le réveil brutal de la maison confrontée à la mort du fils. Alors que Curt affronte la mort, le ranch se délivre d'un coup, comme si la parole était libérée par l'absence du mal. Curt porte une veste rouge, au départ; on ne peut pas la manquer: se détachant focément sur la neige, la couleur est de toute évidence poussée à l'extrême, et de nombreux plans donnent l'impression dun film en noir et blanc avec une seule tâche rouge qui se déplace. Mais cette veste est vite abandonnée par Curt, qui s'en sert pour couvrir la dépouille de son frère, le marquant ainsi symboliquement de son empreinte.

 

A la thématique bien huilée de la survie du chasseur (Provisions, construire un feu, s'emmitouffler), Wellman oppose une maison manifestement opulente et très confortable, dans laquelle pourtant la famille Bridges semble ne pas pouvoir trouver la paix ni le confort. Tout confirme l'impression de départ, que cette famille survit dans cette maison, comme Curt à l'extérieur, et que les gens qui y vivent ne se (re) connaissent pas, à l'image de Joe Sam, que certains aiment et que d'autres rejettent. La haine et la rancoeur qui s'expriment trouvent en Curt un commentateur qui aime souffler sur les braises , en en Gwen une possible libératrice. la seule vraie complicité qui s'exprime dans la maison, dans une scène du début, est entre les duex jeunes femmes qui rient ensemble, hors champ, pendant le petit déjeuner; de son coté, Gwen désespère de jamais convaincre son petit ami Harold de devenir un homme, c'est-à-dire de l'embrasser ou plus sans qu'il ait à demander l'autorisation... une scène audacieuse montre d'aiilleurs les deux tourtereaux qui s'apprêtent à (Enfin!!) bâtifoler dans le foin, avant que le jeune homme ne soit interrompu par sa maman...

 

Dur, âpre et volontairement austère, le film ne fait pas de compromis. il conte la fin d'un règne, celui de Curt, dans une atmospère oppressante rendue encore plus inquiétante par les grands espaces et a météo plus que maussade; la montagne ici est belle, ioui, mais surtout cruelle et dangereuse. comme dans Island in the sky, s'aventurer à l'extérieur, c'est risquer d'être tué par cette mythique bête invisible qui mourra de toute façon à la fin d'un film qui ressemble à une lutte à mort entre le mal, et le diable...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman