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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 16:34

1862: alors que la guerre, et avec elle la menace des raids confédérés, se rapproche, une famille s'interroge: les Birdwell sont quakers, et donc foncièrement opposés à toute violence, et encore plus à tout participation politique à un conflit: comme le rappelle souvent la mère de famille (Dorothy McGuire): "Thou shalt not kill"... Mais Mattie (Phillys Love), la fille de la famille est amoureuse de Gard, le fils d'un voisin qui lui s'est engagé dans les troupes de l'union; le fils Birdwell, Josh (Anthony Perkins), admet que ça le démange. De son côté, Jess Birdwell, le père (Gary Cooper), est plus occupé à tricher un peu avec les préceptes de son épouse (il est obsédé par l'idée de battre son meilleur ami à la course avec son cheval, une quête narcissique et frivole incompatible avec la moralité quaker) qu'à se prononcer sur la guerre...

Le film commence comme une chronique douce, tendre et parfois gentiment drôle sur la vie à l'écart (pas totalement, ils y a toute une communauté de quakers), d'une famille à part: totalement Américaine dans sa façon de prendre la vie, mais à l'écart des auto-satisfactions propres à l'âme Américaine, et de la glorification de la possession... Ils vont pourtant, chacun à sa façon, être amenés à se battre pour ce qui est à eux, et pour des valeurs qui englobent justement, et c'est paradoxal, la paix... Du reste, objectivement, le combat du Sud ne peut les intéresser puisqu'ils sont résolument anti-esclavagistes...

Le film est construit sur une lente montée de la menace de la guerre, qui pourrait bien être prise pour de la comédie pure pendant toute la première partie. Le temps pour nous de découvrir et d'apprécier les personnages. Wyler semble laisser la famille installer son propre rythme, indolent et timide, mais ne cesse de placer Dorothy McGuire, véritable cheffe de clan, dans le champ; les crises, les renoncements, les choix drastiques de cette famille, tout sera en fait vécu selon son point de vue, que ce soit la venue d'une troupe de Sudistes en vadrouille qui menacent de s'en prendre à son oie apprivoisée, ou la découverte que son mari a échangé son cheval contre une jument qui a probablement participé à la guerre d'indépendance, mais qui est de fait très rapide!

Le film, sans crier gare, rejoint avec sa gentille famille quaker, les quasi-obsédés divers et variés de l'oeuvre du cinéaste, ainsi que ses personnages en conflit intérieur (Dodsworth, par exemple), mais aussi la famille prise en otage par Humphrey Bogart dans Desperate Hours...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Western
30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 17:25

Les Hilliard sont une famille petite-bourgeoise qui vit une petite vie bien pépère dans une banlieue d'Indianapolis... Le matin, le père, la mère, la fille, le fils se lèvent, prennent leur petit déjeuner, et se chamaillent un peu. Ralph (Richard Eyer), le fils, décide qu'on ne l'appellera plus Ralphy, parce qu'il est un homme... Donc il refuse d'embrasser son père avant de partir pour l'école, et prétexte qu'il n'a pas le temps de ranger son vélo qui orne insolemment la pelouse. La fille (Mary Murphy) aussi, qui a 19 ans, affirme qu'elle a grandi et laisse entendre qu'elle considère le mariage, avec son petit ami Chuck. Au moment où le père (Fredric March) s'apprête à sortir pour se rendre à son travail et déposer sa fille, Madame Hilliard (Martha Scott) lui fait promettre de ne pas aborder la question des amours avec sa fille, car elle sait que le jeune avocat Chuck l'agace. Puis la mère reste seule et s'adonne à ses tâches ménagères.

Elle ne prête aucune attention à ce que raconte la radio, sur une évasion spectaculaire non loin de là. Elle aurait du, car pendant que la police cherche des pistes pour retrouver les trois évadés, ils décident de se réfugier en banlieue, avisent une maison: elle plaît au chef des trois bandits, Glenn Griffin, car il sait qu'en cas de coup dur il aura besoin d'otages, et il n'y a rien de mieux qu'une famille avec enfants, en cas de prise d'otages. Et il sait qu'il y a des enfants, puisqu'il y a un vélo abandonné sur la pelouse...

Wyler ne perd pas de temps à faire se rencontrer les deux univers antagonistes qui vont cohabiter durant quelques heures. Les Hilliard, si conventionnels dans leur douceur de vivre un brin terne, et les trois bandits évadés, pas des rigolos: les frères Griffin, donc, Glenn (Humphrey Bogart) et Hal (Dewey Martin) et Simon Kobish (Robert Middleton): le premier, un dur de dur, qui n'avait pu aller en prison qu'une fois qu'il avait descendu un policier; le deuxième, son petit frère, encore un peu tendre; et le troisième, un type à moitié fou, dangereux et sans limites... Même Glenn souhaite éviter qu'il ait une arme! Si le réalisateur nous laisse suivre les efforts du détective Bard (Arthur Kennedy), en charge du dossier, qui doit lutter contre tous les services possibles afin d'être efficace, l'essentiel de la prise d'otages sera vue depuis la maison même des Hilliard. L'enjeu est simple: les bandits n'hésiteront pas à tirer, la famille doit donc tout faire pour qu'on ignore la situation, et le suspense est à son comble.

C'est un très grand film, parfaitement maîtrisé à tous points de vue. Le metteur en scène nous accoutume aux lieux du drame sans qu'on s'en rende compte dans les dix premières minutes, avant de nous montrer l'arrivée des évadés. Afin de laisser monter le suspense, il nous fait voir le choix de la maison des yeux même de Griffin, avant qu'on ne l'ait vu. Par contre, on savait que le vélo était présent: un signe du destin. Le metteur en scène tisse de façon magistrale des liens entre les hommes, les faits, les lieux, et joue aux montagnes russes avec les nerfs de ses personnages, tout en explorant avec une rare acuité le thème si cher à son coeur de la difficile (re) conquête de la liberté. Ce ne sera pas facile: accroché au mur de la chambre de Ralph, et bien en vue, il y a un cadre avec des papillons, comme dans The collector... Enfin, l'interprétation est fantastique, à commencer par la rencontre au sommet de deux monstres sacrés, Fredric March, formidable dans le rôle d'un homme d'âge mûr, et Humphrey Bogart avant la chute, magistral en homme qui n'a plus rien à perdre... Enfin, si, même s'il ne l'avouera pas: son petit frère...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir William Wyler
18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 17:21

Sorti à l'automne 1968, Funny girl vient au bout d'une part d'un cycle de comédies musicales "différentes" qui ont marqué les années 60 et les derniers feux d'un genre glorieux mais coûteux... Et des productions plus avant-gardistes comme Sweet Charity, sorti l'année suivante, en marqueront la fin; d'autre part la carrière de Wyler arrive quasiment à son terme, et si le vieux metteur en scène se défend encore il est quand même considéré ici comme l'un des maillons de la chaîne: il est le réalisateur certes, mais les séquences musicales gardent la supervision de Herbert Ross, et le film est adapté d'une pièce qui a eu un énorme succès à Broadway. Et pourtant... Mais on y reviendra. 

Non, Funny girl appartient d'abord et avant tout à Barbra Streisand dont c'est le premier rôle à l'écran, et qui obtiendra (c'est décidément ne malédiction des films de Wyler: Bette Davis, Greer Garson, Olivia de Havilland, et Audrey Hepburn peuvent en témoigner) un Oscar bien mérité pour une performance époustouflante... Elle y est fanny Brice, actrice et chanteuse comique qui a fait une carrière exceptionnelle en particulier grâce à ses prestations "différentes" dans les revues de Florenz Ziegfeld. On la suit depuis les quartiers Juifs de New York, puis vers une carrière irrésistible, largement pilotée par elle-même, qui tranche avec les beautés classiques présentées soir après soir dans les revues de Ziegfeld. On suit également son histoire d'amour compliquée avec Nick Arnstein (Omar Sharif), un joueur professionnel qui supportera de plus en plus mal d'être M. Brice après avoir épousé Fanny...

Omar Sharif: c'est l'un des problèmes du film... On peut demander beaucoup à cet acteur, et le fait d'en faire un sympathique joueur invétéré ne me paraît évidemment pas être vraiment l'occasion de lui demander d'interpréter un rôle difficile pour lui. Mais voilà: il chante... Et face à Streisand, ça a dû être dur: et ça se voit. Tous ses efforts, son charme, sont peine perdue: il est pâlot... Et ça va même plus loin, je me demande dans quelle mesure ça n'a pas été un geste délibéré de Wyler d'utiliser cette pâleur afin d'avancer sa propre vision du film... Car Funny girl n'est pas qu'un film sur le vilain petit canard qui devient une star non pas malgré, mais presque grâce à sa laideur. ce qui serait bien sûr un conte de fées... Mais non: c'est l'histoire d'un affranchissement, ce qui ne surprendra aucun des habitués des films du maître: Laura La Plante dans The love trap s'affranchissait d'un scandale, Audrey Hepburn dans Roman Holiday fuyait les obligations du trône. Et Ben-Hur est entièrement dédié à la cause de la liberté, sous de multiples formes... Le film nous montre comment Fanny Brice s'affranchit de tout et mène sa barque, allant jusqu'à jeter les convenances par dessus bord au seuil d'une nuit d'amour bien méritée... Elle affirme au plus haut sa prépondérance sur la gent masculine, et ira au bout en s'affranchissant également de son amour dans une ultime chanson...

Quant à Wyler, il n'est pas en reste... Aidé par le succès et la réputation de la pièce (et aidé sans doute par le fait qu'il devient automatiquement un second couteau quand les scènes musicales prennent le dessus), il filme en liberté, se régale de prises de vues d'un quartier juif plus vrai que nature, même s'il a de façon évidente été filmé en studio; il filme la star chantant dans un train qui sur un chalutier depuis un hélicoptère, et ose des transitions qui rappellent que le cinéma évolue et que le montage est devenu un art de la rupture: le point le plus volontairement grotesque du film (Fanny massacrant sur scène Le lac des cygnes, c'est hilarant et surprenant de dignité à la fois) est suivi sans transition aucune par une scène de conflit entre les amants, qui a tout de la scène de rupture...

Alors oui, il a peut être des défauts, ce film, mais il vaut la peine d'être vu ne serait ce que pour le numéro impressionnant de sa star... Elle est poignante, certes. Et puis quand elle chante, elle chante: ça oui. D'ailleurs Streisand reviendra au rôle pour Funny Lady en 1975, mais sans Wyler qui a fini par décider de s'affranchir de son métier aussi.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical William Wyler
28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 12:25

Dave Roberts (James Murray), un boxeur sans le sou, participe à une escroquerie itinérante qui le voit s'afficher en public en faisant une bonne action, pour attirer la sympathie du public, puis affronter un boxeur itinérant qi fait partie de la combine: la population parie tout sur Dave et Dave perd, de manière à ce que la troupe ramasse la mise... Tout va pour le mieux jusqu'à ce que Dave fasse deux rencontres dans la prochaine ville visée par le gang: d'une part, un gamin des rues (Jack Hanlon) qui va apprendre au héros à choisir la bonne voie, celle du courage; d'autre part, une jeune femme, Marjorie (Barbara Kent).

William Wyler est l'un des nombreux metteurs en scène qui travaillent à la Universal, au rayon des séries B et des programmes de remplissage pendant que le studio soigne ses films de prestige: The man who laughs, Broadway, The king of Jazz ou All quiet on the western front datent tous de cette époque. Wyler a gravi les échelons, et est devenu un metteur en scène de films d'actions, westerns et autres genres prisés du public plus que de la critique... Son film est attachant et fera un peu penser à Hitchcock par cette manière qu'il a de combiner un attachement évident pour les petites gens, d'un côté, et une maestria nerveuse à les filmer. 

En particulier, le lien entre Dave Roberts et un gamin qui ressemble sans doute beaucoup à ce qu'il a été plus tôt dans sa vie, plus que la relation amoureuse naissante entre Murray et Barbara Kent, a intéressé le jeune metteur en scène. Ce qui ne l'a pas empêché de se placer dans son film pour une apparition gag discrète... Tout ça n'est pas très ambitieux, sans doute, et le film se résout dans la comédie, comme en témoignent des scènes un peu insistantes de concours de grimaces entre Jack Hanlon et Harry Gribbon! Mais c'est un témoin intéressant de a période de formation d'un grand metteur en scène, avec une forte dose de naturalisme muet... Même si le film est sorti partiellement parlant, comme The love trap, il est présenté désormais dans une version intégralement muette qui lui sied bien.

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Published by François Massarelli - dans 1929 William Wyler Muet
27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 11:46

Sam Dodsworth (Walter Huston), président et fondateur de Dodsworth Motor Co, est pour la dernière fois le chef d'entreprise qu'il a été pendant vingt et quelques années: il a été racheté par un groupe important, et il doit céder sa place... Le film commence par une vue de lui face à l'oeuvre de sa vie, dont le nom se devine, en perspective. Il est de dos, mais son malaise est perceptible; puis, on le voit se rendre vers sa voiture, au milieu des témoignages de sympathie de ses ex-employés, qui l'appellent tous 'Sam'. En à peine une minute, le portrait d'un homme nous révèle que c'est un type formidable... Formidable et simple: c'est ce que la suite va révéler...

Pourtant, ça part bien: désormais, Fran Dodsworth (Ruth Chatterton) a son mari pour elle toute seule, et s'avère facilement gourmande: une croisière, voir le monde, etc etc etc... Mais sur le bateau pour la Grande-Bretagne, très vite, Fran en veut plus; et un dandy, excellemment interprété par David Niven, va bénéficier de toutes ses attentions jusqu'à ce qu'elle estime qu'il a été trop loin: le jeune homme, et Sam aussi, vont lui dire ses quatre vérités... A partir de là , pour le mariage de Sam, c'est la descente aux enfers. Mais pour qui? Pour Fran, qui réalise qu'elle va désormais vieillir et cohabiter jusqu'à la fin de ses jours avec un homme plus âgé qu'elle, ou pour Sam qui se dépense sans compter pour une femme à la fois volage, exigeante et profondément égoïste?

La fable est tirée d'un roman de Sinclair Lewis, qui n'est certes pas tendre dans sa radiographie de la vie d'une Américaine qui se perd dans son refus de vieillir et d'assumer ce qu'elle est devenue, entraînant son mari dans sa fuite en avant. Un personnage qui est à rapprocher d'autres, bien sûr, dans l'oeuvre du metteur en scène William Wyler, d'autres "obsédés" qui voient le monde uniquement selon leur point de vue. Mais ici, nous adoptons dès le départ celui de Sam, interprété avec un grand naturel par Walter Huston. La bonhomie du personnage, sa simplicité, font paradoxalement du personnage un héros de cinéma très convaincant!

Sur le bateau, Sam et Fran font tous deux des rencontre, du reste: pendant que Fran rencontre le jeune Capitaine Lockert (Niven) qui sera ensuite supplanté par d'autres dont Paul Lukas, Sam rencontre une jeune femme qui part vivre en Italie, parce que la vie n'y est pas chère: Edith Cortright (Mary Astor), divorcée, a décidé de découvrir l'Europe, et d'élargir ses horizons. Le courant passe très vite entre les deux... Mais Sam mettra du temps à s'en apercevoir. 

Se reposant sur un recours très important aux acteurs, le film bénéficie quand même du sens admirable de la composition de Wyler, et celui-ci installe une tension impressionnante dans chaque scène, faisant systématiquement passer le film de la comédie au drame, parfois en un seul plan. Il sait demander aux acteurs un jeu physique, dans l'utilisation d'une posture, d'un geste, d'un regard, et à ce titre il est copieusement servi, dans ce film qui vient deux années après l'instauration d'un code de production et de censure drastique, mais qui regarde l'adultère et le divorce droit dans les yeux... Rares sont les films de cette époque qui réussissent à aller aussi loin dans la représentation de l'intimité d'un couple, sans voyeurisme, et en toute pertinence. C'est un chef d'oeuvre!

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler
9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 14:02

A New York, un quartier pauvre cerné de gratte-ciels où vivent de riches familles: nous y suivons les aventures et tours pendables d'une bande de gamins, tous nés plus ou moins dans la rue. Ils n'en ratent pas une et ont un plaisir particulièrement notable: faire sentir aux bourgeois qui par malheur s'égareraient dans le coin, qu'ils ne sont pas les bienvenus, ce qui arrive à un gamin aussi désoeuvré que favorisé, qui avait cru pouvoir sympathiser avec eux. La soeur du leader de la bande, Drina (Sylvia Sidney), travaille, mais elle est impliquée dans une grève qui refuse de s'arrêter. Elle a un faible pour l'architecte Dave (Joel McCrea), un natif du coin, mais qui n'arrive pas à trouver un travail solide, du coup, il survit de petits boulots... Et il courtise Kay (Wendy Barrie), une jeune femme de la haute société, qui est mariée mais pas par amour.

Pendant la journée qui nous intéresse, un revenant fait aussi son apparition, "Baby Face" Martin (Humphrey Bogart), également natif du quartier, mais qui fait les gros titres des journaux: avec huit morts au compteur, c'est l'ennemi public numéro un. S'il est venu se risquer dans son quartier, en compagnie d'un collègue (Allen Jenkins), c'est qu'il a un nouveau visage... et une impérieuse envie de revoir sa maman et sa petite amie. Le problème, c'est que nouveau visage ou pas, Dave, qui voit d'un mauvais oeil un tel contre-exemple à offrir aux gamins du quartier, l'a reconnu...

William Wyler n'avait pas son pareil pour adapter intelligemment une pièce de théâtre... Et ici, il va construire un décor unique mais impressionnant, qui me fait un peu penser à celui de Seventh Heaven, et dans lequel il va s'efforcer de filmer des portions aussi longues que possible, afin de favoriser le naturel des acteurs: c'est à cet égard une brillante réussite, d'autant que les gosses qui jouent les rôles des gamins des rues sont criants de vérité... On sent chez eux l'attrait du cinéma, notamment l'influence de James Cagney: je parle non pas des acteurs, mais bien des personnages, qui ne parlent de cette façon empruntée, qu'entre eux et en représentation dans la rue! Face à sa soeur, par exemple, le petit Tommy parle normalement.

Mais si le film est souvent incroyable de naturalisme (en dépit des limites du décor, et des transparences nécessaires pour qu'on puisse avoir l'élément fluvial si essentiel aux quartiers pauvres du New York des années 30), il ne se vautre jamais dans la facilité: et si la pièce comme le film adoptent un ton ouvertement réformateur, ce n'est jamais lénifiant. Le cas de Martin, joué avec génie par un Humphrey Bogart qui avant encore tout à gagner, est essentiellement une tragédie personnelle, celle d'un homme qui d'une certaine façon a réussi, mais se fait rejeter par sa mère comme par sa petite amie, d'autant qu'il a provoqué chez elle en l'abandonnant un choix de carrière qui n'arrange pas les choses... Le duo Jenkins et Bogart, tous deux échappés des films pré-code de la Warner, ne manque pas de saveur, et comme l'humour grinçant des gamins, tranche dans un cinéma Américain qui était alors bien policé... Et de voir et entendre Sylvia Sidney et Joel McCrea, prendre la défense des sales gamins, après qu'ils aient vu les pires horreurs qu'ils ont fait subir à un pauvre gosse, est pour le moins inattendu: mais la pièce avait suffisamment marqué le public pour que le film puisse incorporer ces éléments provocants!

Avec son conte éminemment moral, qui se termine dans le sang, mais qui fait avancer les plus justes des protagonistes dans le bon sens, avec enfin sa vision d'un rêve Américain à plusieurs vitesses, dans lequel la caméra vient piocher d'en haut, montée sur une grue, Dead end est un grand moment de cinéma et un passage obligé de la carrière de son réalisateur. ...Et pour Bogart, ça a du jouer un rôle important aussi, puisque les rôles qui suivront ce film, à la Warner, vont lui permettre d'aller toujours plus loin. En restant un gangster, bien entendu: il ne faudrait pas trop demander...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir William Wyler Humphrey Bogart
1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 16:26

A Budapest, le dirigeant d'un cinéma (Alan Hale) se rend dans un orphelinat pour y proposer l'embauche d'une jeune fille pour être ouvreuse dans son établissement. Il choisit Luisa Ginglebusher (Margaret Sullavan), l'une des plus âgées, mais aussi des plus fantasques, des locataires de l'établissement... Nous ne la verrons pas beaucoup faire son métier pour autant, car elle va très vite découvrir l'un des désavantages de son métier: il attire les hommes. Quand elle se retrouve en compagnie d'un séducteur, Luisa trouve la solution, elle prétend être mariée...

Ayant rencontré lors d'une séance de cinéma Detlaff (Reginald Owen) qui travaille comme garçon dans un hôtel de luxe, il l'invite à l'accompagner, afin de réussir à manger à l'oeil. Mais... Luisa, décidément peu au fait des aléas de la séduction, se retrouve dans les bras d'un important et riche homme d'affaires, Konrad (Frank Morgan). Afin d'échapper à ses assauts, elle prétend être mariée. Beau joueur, Konrad lui suggère de nommer son mari afin qu'il lui rende la vie plus facile. Luisa sélectionne dans l'annuaire le nom d'un avocat, Max Sporum (Herbert Marshall): celui-ci va donc bénéficier, sans trop y comprendre, des largesses de Konrad, et entrer malgré lui dans la vie de la jeune femme...

Qui est "la bonne fée"? Est-ce Luisa, qui essaie de profiter de son influence sur Konrad et ses millions, pour faire le bonheur d'un inconnu qui en a bien besoin (c'est un avocat, mais l'annuaire indique qu'il vit dans un quartier peu reluisant)? Est-ce Konrad, qui est prêt à tout pour séduire la jeune femme (mais qui a des intentions bien équivoques)? Ou ne serait-ce pas plutôt le grognon Detlaff, irascible mais dont la tendresse pour sa protégée n'a pas besoin d'être exprimée? Voire... ne serait-ce pas tout simplement Maurice Schlapkohl (Alan Hale, dans un rôle minuscule mais mémorable), l'homme qui a tout déclenché?

C'est un film formidable, dont William Wyler, qui n'adapte pas la pièce de Molnar puisque le script en est éloigné, fait son traitement coutumier, privilégiant des prises longues afin de laisser les dialogues respirer. Et quels dialogues! Preston Surges a du batailler ferme pour maintenir un certain niveau de coquinerie, d'autant qu'on en est aux premiers temps de l'application du code de production, mais il est impossible de ne pas y voir les aventures d'une innocente (Luisa), protégée par un brave homme qui la veille comme un oncle (Detlaff), aux prises avec un vieux garçon (Konrad) qui aimerait vraiment la faire passer à la casserole! On peut bien sûr ajouter le personnage de Max, l'avocat idéaliste, et admettre qu'il est probablement aussi innocent que Luisa, et on est en pleine screwball comedy, délectable et enlevée.

Cette fois, en dépit de la pièce écrite par Ferenc Molnar, on n'est pas vraiment dans l'esprit de Mitteleuropa... On n'est pas vraiment chez Wyler non plus, même si la mise en scène est impeccable: on est entré dans l'univers loufoque de Preston Sturges, où tout le monde ment sans mauvaises intentions... Et suivre Margaret Sullavan en folle ingénue dans cette équipée, est décidément un grand plaisir.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Preston Sturges Comédie
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 17:39

1900, dans une petite bourgade du Sud, les trois enfants de la famille Hubbard ont grandi: il y a l'aîné, Ben (Charles Dingle), qui ne s'est pas marié, mais qui sait si bien utiliser les mariages des autres et leur progéniture: par exemple il a certainement conseillé à son frère Oscar (Carl Benton Reid) de se marier avec l'aristocrate Sudiste Birdie (Patricia Collinge). Il a écouté le conseil et a ainsi pu faire main basse sur ses champs de coton, pour le compte des Hubbard! De même Ben observe-t-il le parti qu'on peut tirer de Leo (Dan Duryea), le fils d'Oscar. D'accord, c'est une véritable andouille, mais le moment venu on pourra toujours le marier à sa cousine Alexandra (Teresa Wright), la fille de la benjamine Regina (Bette Davis). Celle-ci, mariée mais aussi fâchée à Horace Giddens (Herbert Marshall), est un peu trop individualiste et intelligente, pour ne pas dire maline, pour ses deux frères. 

Et au moment où commence le film, la famille s'entend pour entamer un partenariat fructueux avec un grand industriel du Nord. Une opération dans laquelle les trois Hubbard sont partie prenante, et pour laquelle ils seront prêts à tout pour avancer leurs pions... Ce qui ne réjouit guère Horace, dont es problèmes cardiaques ne s'arrangent pas, et encore moins Alexandra, qui aimerait quitter le cadre familial pour passer plus de temps avec le jeune David (Richard Carlson), qui lui au moins semble avoir une morale...

C'est un monumental jeu de massacre, d'une méchanceté rarement atteinte... Le film est adapté d'une pièce au vitriol de Lillian Hellman dans laquelle a triomphé Tallulah Bankhead, dans le rôle de Regina évidemment. Le choix de Wyler de confier le rôle de la moins scrupuleuse, et de la plus intelligente des Hubbard, à Bette Davis, est néanmoins un choix particulièrement judicieux, l'actrice ayant à mon sens atteint ici le plus haut niveau de son art... Il a malgré tout confié à certains acteurs de la production de 1939 de Broadway (Dingle, Duryea par exemple) leur rôle habituel dans le film, obtenant des performances exceptionnelles. Comme d'habitude, le metteur en scène privilégie les acteurs dans son cadre et son montage, se reposant sur des longues prises, avec une caméra en liberté dans des intérieurs somptueux, aux escaliers immenses. Une impression de corruption et de manigances se fait sentir dès la première soirée, et on n'attend pas longtemps avant de voir que le principal carburant de cette famille de capitalistes forcenés, est le venin...

La mise en scène de Wyler fait aussi un usage important de tout l'environnement (la ville, la banque où travaille Leo, si on peut appeler ça travailler), mais aussi et surtout les coulisses, les pièces où les domestiques de la famille travaillent au bien-être de leurs ordures de patrons. Des endroits où nous croisons David, mais aussi Alexandra, parfois Horace, et surtout Birdie, la malheureuse Sudiste délaissée depuis la minute où son mari en l'épousant a saisi sa fortune... Elle est l'une des clés de ce film qui montre une fois de plus le Sud comme un monde disparu, mais cette fois-ci c'est sous les décombres de l'indécence et de la corruption des trois autres! Et les noirs, omniprésents dans le film, agissent le plus souvent en choeur grec, ou aussi en rappel évident que l'humanité peut être aussi, parfois, décente. Pas les Hubbard...

La scène la plus hallucinante du film est filmée comme un meurtre, c'en est d'ailleurs un, plus ou moins: Wyler cadre le fauteuil où est assise Regina, et à droite se trouve Horace, qui est mourant. Il a soudain une crise grave, et lui demande de l'aide. Cadrant au plus près du visage de Bette Davis, Wyler nous la montre s'empêchant littéralement d'intervenir afin de hâter la mort de son mari. Au fond du champ, on oit alors la silhouette de ce dernier qui tente désespérément de monter l'escalier pour aller chercher un médicament... Le visage de son épouse ne bouge pas... ca fait froid dans le dos, et le film a la sagesse risquée de ne pas résoudre, à la fin, les manigances de ses trois monstres. Au moins sauve-t-il deux personnages. Ce film à la méchanceté sans précédent (même Greed, je pense, ne va pas aussi loin) est magistral.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler
10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 09:18

A Paris, le très respecté Charles Bonnet (Hugh Griffith) vend un tableau exceptionnel, pour une fort coquette somme... Quand elle apprend cette nouvelle, sa fille Nicole (Audrey Hepburn) manque de s'étrangler, puisque c'est un faux, un authentique faux entièrement peint, comme toute la collection Bonnet, par Charles. Un faussaire génial, patient et sournois, qui arrondit sa retraite avec des ventes très rares, mais spectaculaires... Il pousse même le bouchon jusqu'à prêter une statuette supposée être de Benvenuto Cellini, mais qui en réalité est une création de feu son père, à un musée Parisien... Sa fille le prévient, un jour quelqu'un s'apercevra de la supercherie! En attendant, c'est un cambrioleur qui va se mêler de venir voir la collection de plus près, le fringant Simon Dermott (Peter O'Toole). Quand Nicole le surprend, elle le blesse, et... le ramène chez lui. Mais Simon est-il un cambrioleur, ou une menace pour le bien-être de la petite famille? 

Le film est fermement ancré dans une tradition des années 50 et 60, le film de casse mâtiné de comédie, et de fait, c'est plutôt une récréation pour le grand Wyler qui sort de l'ambiance lourde de The collector... Tourné à Paris, avec d'ailleurs de nombreux acteurs du cru, linguistiquement compatibles (Jacques Marin, Charles Boyer, Fernand Gravey et Dalio), c'est aussi la dernière collaboration entre Wyler et Audrey Hepburn: comme d'habitude celle-ci est splendide, et le moins qu'on puisse dire, c'est que son "couple" avec ¨Peter O'Toole fonctionne à merveille. De manière plus inattendue, le film nous présente aussi une vision rare de Eli Wallach en magnat Américain de pacotille, et en romantique invétéré de surcroît, ce qui tranche sur ses personnages habituels, mais il n'a pas l'air de bouder son plaisir...

Le "casse" conté dans le film est plus que farfelu, et se base sur une situation inquiétante pour les Bonnet: leur statue va être expertisée par principe car c'est obligatoire en cas de contrat d'assurance et les responsables du musée sont obligés d'assurer leur emprunt. Une formalité donc mais qui va tourner à la catastrophe, et Nicole va se résoudre à demander de l'aide à "son" cambrioleur, qui va monter une ingénieuse combine, dont l'exécution prend bien toute la deuxième heure du film. Donc, oui, vous avez bien lu, Audrey Hepburn et Peter O'Toole se livrent au cambriolage d'un musée.

Le film est adorable, léger dans son ton, toujours superbe esthétiquement, puisque en raison de l'abondance d'oeuvres d'art, Wyler a poussé la palette de couleurs juste ce qu'il faut afin de profiter au maximum de ce monde artistique un peu décalé. Romantique mais jamais nunuche, Audrey Hepburn prend elle aussi un plaisir évident à donner la réplique à Peter O'Toole, et on peut décidément faire bien pire dans une journée que de visionner cette adorable sucrerie d'un autre âge, qui se situe quelques part entre Charade, en beaucoup moins précis dans son sens parodique, et les comédies "Parisiennes" de Minnelli ou Blake Edwards... Bref, avec Audrey Hepburn et ses toilettes, on est en pleine bulle des sixties. ...Et plus encore, puisque ces farfelus qui arnaquent le monde sans jamais se faire prendre, et vivent dans un monde parallèle fait d'art et de beauté, sont tout à fait à leur place dans la grande galerie des marginaux sublimes de William Wyler.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Comédie
21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 16:52

Comment voulez-vous qu'on l'aborde avec sérénité, celui-ci? Vendu et sur-vendu avant les Oscars, puis encore plus vendu et incontournable une fois obtenues les 11 hochets: c'est bien simple, au pays de Walt Disney, il est de bon ton de favoriser l'arithmétique, et donc un film qui a obtenu plus d'Oscars que les autres est forcément le meilleur film de tous les temps. Selon la même logique, un certain nombre d'historiens (avec un accent sur la dernière syllabe) prennent acte du fait que Wyler, dont les 70 films de sa longue et distinguée carrière ont accumulé à eux seuls plus de 100 nomination pour les dits Oscars, est donc logiquement, numériquement, mathématiquement le plus grand réalisateur de tous les temps... 

Et en plus, il ne voulait pas forcément le tourner! c'était au départ Sidney Franklin qui devait le faire, puis il a été question de King Vidor, avant qu'en dernière minute on ne se rend compte que Wyler, qui sortait de The big country, n'avait rien en chantier! Et en plus, le metteur en scène habitué des prises multiples faisait peur à la MGM: est-ce qu'il allait être efficace?

Ben-Hur, c'est d'abord un roman au succès insolent, puis plusieurs productions théâtrales, puis de courtes adaptations partielles du roman pour quelques bandes cinématographiques, avant que le cinéma ne s'empare pour de bon de la chose: c'est en 1925, au terme de trois années de dur labeur coûteux, que la MGM a pu enfin clore le tournage et le montage d'un film qui allait sans doute faire beaucoup plus pour son prestige que pour son compte en banque... Et il n'a pas été question de le refaire avant le milieu des années 50: c'est que dans cette période, on a besoin économiquement des grosses productions coûteuses (ce qui est un paradoxe) afin de faire la pige à la télévision, et DeMille a montré qu'on pouvait même faire beaucoup d'argent avec! Mais on a aussi, dans le monde d'après-guerre, besoin de fédérer les populations autour d'une oeuvre oecuménique et qui puisse tant qu'à faire représenter le monde qu'on vient juste de quitter. Ben-Hur, qui conte l'occupation de Judée et la persécution des Juifs, est un véhicule idéal...

Déjà la version de 1925 avait fait l'objet d'un soin particulier afin d'être aussi bien acceptée par les Chrétiens de toute obédience, comme par les Juifs, les Musulmans et les athées. Une histoire éminemment religieuse mais qui gardait sa prudence face aux miracles, et face aux autres religions... Le même soin a été apporté ici par le producteur Sam Zimbalist et par William Wyler. Et dès le départ, celui-ci a pris le parti de s'intéresser d'abord et avant tout au côté intime du drame: comment la famille des princes de Hur vit l'occupation, comment la situation vire au drame quand leur ami le romain Messala les trahit, comment ensuite Judah Ben-Hur survit, et tente d'accomplir une vengeance qu'il juge légitime tout en reconstituant le puzzle de sa famille. Une histoire qui n'est pas si éloignée que ça de... Gone with the wind.

Mais il y a plus: dans son périple de plusieurs années, Judah va passer par tous les stades, toutes les situations: prince Juif, puis galérien; prisonnier de Rome puis haut dignitaire quand il est adopté par un tribun dont il a sauvé la vie; enfin, vedette incontestée des courses de char avant de virer en soldat du Christ, mais bien incapable de mener des troupes contre un ennemi, le Romain, qui lui ressemble... Judah Ben-Hur, l'homme qui vit dans l'ombre du Christ mais qui reste le centre d'une histoire dont Jésus n'est finalement qu'un motif, est un homme, tout simplement... En mettant en veilleuse l'intrigue religieuse (qui est pourtant là et bien là, dans des séquences d'ailleurs d'une grande beauté), Wyler a permis au film d'acquérir cette nouvelle dimension, presque absente de la première version: là, Novarro était un homme d'action qui se jette à corps perdu dans la bataille et la vengeance. Mais Wyler en prenant son temps permet à Ben-Hur de prendre le sien aussi...

Du coup, c'est un peu long à la détente, voire long tout court: 3 heures et demies, entractes non compris... Mais les scènes les plus intimistes ont inspiré Wyler et ses acteurs, comme d'habitude: Heston, malgré tous ses défauts (y compris le fait que le pauvre garçon n'ait pas été mis dans la confidence de la sous-intrigue homo-érotique entre lui et Stephen Boyd, un comble), est extraordinaire, bien meilleur qu'en Moïse; Stephen Boyd est un meilleur Messala que Francis X. Bushman en 1925, et Haya Harareet (qui sortait à peine de son service militaire obligatoire en Israel), Sam Jaffe, Finlay Currie, Jack Hawkins ou Hugh Griffiths sont superbes eux aussi... 

Maintenant, même pour toutes ses réussites, pour ses compositions superbes en 65 mm, pour son Technicolor d'une grande beauté, la musique de Miklos Rosza, l'excellence de son montage, les truquages splendides ou sa course de chars, je continue à le dire: Ben-Hur, c'est Niblo, dont la bataille navale et la course de chars st infiniment supérieures, pour ne citer que ces deux exemples.

Et Wyler? Pas son meilleur film, si vous voulez mon avis...

 

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