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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 18:43

Clara (Zoe Kazan) et ses deux fils se sont mis d'accord pour déserter le foyer conjugal, où le père de famille fait usage de violence et d'intimidation. Comme il est policier, et donc à même de les retrouver sans trop de problèmes, ça complique les choses: ils se cachent tant bien que mal à New York, dans une paroisse de Manhattan où ils vont pouvoir compter sur la gentillesse d'Alice (Andrea Riseborough), une infirmière entièrement dédiée à des actions sociales, mais aussi sur Jeff (Caleb Landry Jones), un sans domicile qui a la vocation d'un homme à tout faire, et sur le restaurant Russe de Timofey (Bill Nighy) où travaille le séduisant Marc (Tahar Rahim)...

C'est un film généreux, qui sous couvert de conter plusieurs histoires d'entraide parfois maladroite (chaque personnage à son propre arc, sauf peut-être l'énigmatique Timofey) s'intéresse à un domaine souvent oublié des films Américains, où la notion de réussite est soit mise en avant, soit va de soi! Zoe Kazan prête son énergie et sa capacité physique à nous faire ressentir ses craintes et son mal-être, à un personnage de mère aux abois. Un personnage qu'elle joue de plus en plus du reste, signe du temps qui passe!

C'est parfois juste, parfois poignant, parfois un peu trop facile, et on ne peut s'empêcher de penser que les problèmes trouvent un peu mécaniquement une solution, à la fin... Mais une fois acceptée la dose de bons sentiments, il y a des qualités à cette production Européenne située pourtant aux Etats-Unis.

 

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Published by François Massarelli - dans Zoe Kazan
21 avril 2022 4 21 /04 /avril /2022 16:19

Dans les années 60, dans le Montana, Joe (Ed Oxenbould) a environ quinze ans. Il fait du football, il va à l'école où il a potentiellement une petite amie, et il vit seul avec ses parents. Elle (Carey Mulligan) est professeur remplaçante, mais actuellement sans emploi, lui (Jake Gyllenhall) est golfeur professionnel, employé dans un établissement local. Joe, un jour, est témoin du licenciement de son père, et à partir de là, tout s'écroule: Jerry, sollicité par ses anciens employeurs pour revenir travailler, ne souhaite pas donner suite par fierté, et va chercher à fuir en trouvant un travail à aider à éteindre les feux qui font des ravages en montagne; Jeannette, désireuse de retravailler, va être réduite à enseigner la nage à des adultes, dont un divorcé qui va tout faire pour coucher avec elle. Pendant ce temps, Joe tente de faire ce qu'il faut, il trouve même un travail... Mais il devient le principal témoin de la désagrégation du mariage de ses parents...

C'est adapté d'un roman de Richard Ford, que Paul Dano a lu et relu passionnément, au point de ne plus pouvoir se retenir d'en faire un film, son premier en tant que réalisateur. Le script a bénéficié de l'aide de sa compagne, Zoe Kazan, dont ce n'était pas la première aventure dans l'écriture, loin de là (voir à ce sujet le film Ruby Sparks, qu'elle a écrit et que le couple interprétait). Et le moins qu'on puisse dire c'est que le scénario, pour ce film écrit à hauteur des yeux d'un adolescent du début à la fin, est vraiment avantagé par cette écriture à deux, familiale...

Car c'est de famille qu'il s'agit ici, de cette réalisation, qu'on aimerait tant confiner à la fiction, d'ailleurs, du fait que tout ce qu'on aime, qu'on connaît et qu'on apprécie dans la famille, peut parfois, tout à coup, révéler des failles, et que la vie en devient une expérience cruelle: c'est ce que ressent Joe, d'abord en voyant son père coucher dans la canapé, puis en le voyant partir pour combattre des moulins à vents plutôt que de rester et d'affronter la vie, ensuite en cohabitant avec une mère dont il réalise d'abord l'amertume avant de constater qu'elle sombre dans un comportement de fuite en avant plus qu'alarmant. C'est ici le récit d'un passage douloureux, de la réalisation que les adultes qu'on a idolâtrés sont en fait des êtres de chair et de sang, avec des défauts... C'est magistralement et respectueusement mis en scène...

Si on ne sera en rien étonné du talent des deux interprètes adultes, le jeune acteur qui hérite du vrai rôle principal n'est pas en reste, et Paul Dano, s'il a beaucoup compté sur ses acteurs, n'a pas pour autant négligé de garder un contrôle impressionnant, pour un nouveau réalisateur, sur sa mise en scène: la façon dont il privilégie les plans fixes, à distance, par respect pour les acteurs comme la situation, le temps salutaire qu'il met parfois à nous montrer ce que voient les personnages, non pour créer le suspense (devant les situations, c'est souvent inutile), mais parce que le sujet n'est pas ce qui est vu, mais celui qui voit, et sa surprise, voire sa douleur... Une séquence traitée de la sorte résume presque le film à elle toute seule: après le départ de Jerry, Jeannette a proposé à Joe de prendre une journée à l'écart de l'école. Il pense que c'est par complicité, mais elle veut juste l'amener à voir les feux de forêt qui motivent le départ de son père, et lui montrer qu'il n y a là aucun glamour, aucun héroïsme, juste une fuite. On voit longuement le visage du garçon, pendant que la caméra s'approche lentement. Puis le contrechamp, avec la caméra qui s'éloigne et Joe Cadré de dos, nous montre les incendies, qui deviennent métaphoriques: c'est la famille qui brûle.

 

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Published by François Massarelli - dans Paul Dano Zoe Kazan
14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 10:19

Retirée dans sa maison, une ancienne conseillère politique et mercenaire de la chose publique, Jane Bodine, va reprendre du service à contrecoeur: sa mission? aider un candidat Bolivien à la présidentielle sur le retour (Joaquim de Almeida) à dépasser le statut de has been qu'il a acquis: ancien chef de l'état, il a du mal à faire oublier qu'il a fait tirer sur des manifestants. Aidée d'une équipe hétéroclite, dans laquelle on trouve des vieux de la vieille au passé douteux (Ann Dowd) et une jeune diplômée ultra-efficace (Zoe Kazan), Jane arrive à La Paz où elle va prendre la situation en mains après un temps d'adaptation plus qu'embarrassant. Elle va aussi devoir compter avec un ennemi personnel, Pat Candy (Billy Bob Thornton), qui oeuvre pour l'équipe adverse, et la connaît par coeur.

La satire politique est un élément important du film, mais jamais autant que les aventures en terrain médiatique de ces pieds nickelés des élections, qui ont toujours un coup fourré à sortir, et au final, il est difficile de choisir un camp si les critères sont l'honnêteté et la probité! Je ne parle même pas des candidats, qui sont finalement jusqu'au dernier quart d'heure des fantoches dans les mains des experts qu'ils ont engagés. Le film appartient clairement à Sandra Bullock, qui y compose un personnage avec un passé dur à porter, encombré d'une faute personnelle qui a précipité son retrait. C'est un peu de sa renaissance qu'il est question, avec un final inattendu, qui fait mentir le statut de comédie.

C'est peut-être ce refus de choisir entre satire politique, chronique d'un retour difficile, et comédie grinçante qui explique l'insuccès du film. Pourtant il est plus que soigné, même attachant, avec cette belle recréation de La Paz dans... les rues de la Nouvelle Orléans. Ca ne s'invente pas!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Zoe Kazan
12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 10:12

1845, en Orégon: un convoi de pionnier fait route vers la vallée de Willamette, un endroit fertile et dont le statut mythique provient du fait que beaucoup des gens qui s'y rendaient mouraient en chemin. Nous assistons à un voyage rendu difficile d'une part parce qu'une rumeur insistante prétendait que les Indiens locaux étaient assoiffés de sang, d'autre part parce que les gens qui composaient la petite caravane ne faisaient plus confiance en leur guide Stephen Meek (Bruce Greenwood), qu'ils soupçonnaient de vouloir les tuer afin de préserver la tranquillité de l'Oregon: une autre rumeur... Alors que les braves gens commencent à évoquer la possibilité de tuer Meek, ils vont faire la rencontre d'un Indien isolé...

La pari de Kelly Reichardt est insensé, à une époque où le moindre pln dépassant deux secondes est accusé de "ralentir l'action". Ralentir l'action! Et puis quoi encore? Car des fois, une histoire, ça prend du temps, et des digressions, et il faut poser le cadre pour commencer. Et ici on ne s'embarrasse pas de longs discours pour exposer l'intrigue, car on arrive dans le film alors que les jeux sont faits... On rejoint la caravane alors que les pionniers ont le sentiment de tourner en rond, et qu'ils parlent tous en permanence dans le dos de leur guide...

Les pionniers sont tous des novices, plus ou moins courageux ou solides pour faire le voyage. Trois couples, dot un avec enfant, et Reichardt nous montre bien, sans jamais le souligner à trop gros traits, une atmosphère patriarcale paradoxale, dans laquelle les femmes sont quasiment enfouies dans des vêtements informes, sous d'abominables bonnets (qui au passage, de façon fort pratique pour le spectateur, sont comme les robes de couleurs différentes pour les trois femmes, Michelle Williams, Zoe Kazan et Shirley Henderson), mais en vérité ce sont souvent les femmes qui vont mener le groupe, idéologiquement parlant: L'une (Shirley Henderson), déjà mère, possède une autorité morale sur le clan; la deuxième (Zoe Kazan), paranoïaque et à bout de nerfs, va beaucoup influencer la fraction la plus en proie aux rumeurs, à travers son mari (Paul Dano); mais le personnage principal reste Emily (Michelle Williams), qui va souvent prendre les décisions les plus sensées: elle se refuse à totalement condamner Meek, dont elle se méfie, mais ce sera elle qui montrera la plus grande ouverture d'esprit vis-à-vis de l'Indien, allant jusqu'à lui confier la responsabilité de la piste...

C'est troublant, le film (Tourné en 1:33:1, comme les westerns d'avant) a souvent l'air d'avoir été pris sur le vif, et sur les lieux même de l'action historique. On imagine que tous ces gens ont du souffrir, notamment les femmes dans leur costume pesant, sous le soleil de plomb d'un désert qui est souvent de sel... La narration prend son temps, mais tout est dans le geste, car le film fait aussi souvent que possible l'économie de la parole, qu'on devine une perte absurde d'énergie! donc il faut s'accrocher, pour rester captif d'un fil narratif ténu mis, au final, passionnant et qui pose sur cette période historique des questions cruciales: comment survit-on dans un milieu hostile, au jour le jour, à la minute même? Et sur quelles croyances, sur quels critères s'est créé la nation Américaine? Et enfin, si comme le souligne Meek, "les deux genres" ne sont pas identiques, quel a été le rôle de la femme dans cette "colonisation" d'un nouveau genre?

Enfin, comment ne pas penser au film de Griffith, The female of the species qui déjà, en 1911, abordait l'importance de la femme dans la route de l'ouest...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Zoe Kazan
7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 10:46

C'est un film d'horreur à petit budget, et comme souvent dans ce genre de cas, on a deux faces d'un même objet...

Côté face, une mère divorcée et sa fille pré-ado (Respectivement, Zoe Kazan et Ella Ballentine) effectuent un trajet de nuit, en voiture, à travers bois. Elles percutent un loup, et la voiture est endommagée: elle font venir un dépanneur, et contactent une ambulance. Mais elles ont remarqué qu'elles ne sont pas seules avec le cadavre du loup: il y a aussi une bête, non identifiée, qui est tapie dans l'ombre et guette leurs moindres faits et gestes...

Ca va être un massacre.

Côté pile, on apprend par un ensemble de flash-backs que la mère et la fille sont arrivée au bout de leur relation, semble-t-il. le divorce qui a été prononcé a donné la garde de la fille à sa mère, mais celle-ci ne sait absolument pas gérer la situation: elle boit, elle fréquente des hommes violents et qui ne valent guère mieux... Et elle a aussi des accès de frustration et de violence à l'égard de sa fille. Le voyage est la dernière occasion pour l'une et l'autre de se côtoyer, et la tension est palpable entre elles...

Là aussi, c'est un massacre.

Un film d'horreur qui est bien plus qu'un film d'horreur, ce n'est pas nouveau. De même qu'une oeuvre de ce genre qui se distingue par son souci de faire reposer l'essentiel sur la suggestion. Bien sûr, certains se plaindront qu'on voie le monstre, ce qui n'est pas le meilleur du film, mais comme la plupart d'entre eux se plaindront aussi qu'il ne soit pas en CGI, on ne va pas les écouter... Reste deux actrices, Zoe Kazan, dont j'ai déjà souvent dit le plus grand bien, et qui confirme ici son talent, dans un rôle de mère alcoolique au bout du rouleau, qui ne se vautre aucunement dans aucun cliché; et Ella Ballentine, qui avait quinze ans à l'époque, mais possédait la stature d'une fille de 12 ans. 

Elle est remarquable et apporte à son rôle de petite fille qui a mal grandi dans une famille déchirée, une sensibilité et une maturité hors du commun. Elle est la clé du film, avec sa relation étrange avec son monstre de mère, un monstre qu'il lui faut, littéralement et physiquement, affronter...

 

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Published by François Massarelli - dans Zoe Kazan
29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 18:53

Ivy (Zoe Kazan) revient chez elle, pendant de courtes vacances. En quittant l'université, elle a aussi laissé derrière elle son petit ami Greg, avec lequel elle va maintenir une conversation de sourds, par téléphone. Elle revient avec Al (Mark Rendall), son ami d'enfance, auquel elle propose de rester chez elle... Ivy est épileptique, et la période va être difficile: elle se sent de plus en plus airée par Al, sent que Greg veut partir et casser leur relation, et sent que cette crise risque de la précipiter vers une crise... et Al n'est pas réceptif comme elle le souhaiterait.

Le film est fait d'une myriade de petits riens, ces passages de la vie quotidienne qu'on ne remarquera que lorsqu'ils vous arrivent. C'est un pari risqué, que le metteur en scène et son interprète principale ont construit pas à pas, en se livrant à des repérages minutieux, et en intégrant aussi, sans doute, une forte dose d'improvisation. Zoe Kazan, rompue aux rôles plus classiques au théâtre, et qui jusqu'à cette époque était surtout connue au cinéma pour des seconds rôles (son côté "physique de rigolote", sans doute?), tient le film à bout de bras. 

On s'accroche justement au film parce qu'il y a quelque chose en Ivy qui fait qu'on s'attache, parce que sinon, ça ressemble beaucoup à un énième marivaudage boueux dans les eaux troubles des jeunes de 20 à 25 ans, avec des portables dans toutes les cènes par-dessus le marché... Mais la façon dont le bruit, la distance sociale forcée par les circonstances urbaines, et même la circulation (dans les scènes de rue, la caméra est à bonne distance et les acteurs évoluent en toute liberté) ont été utilisés, et l'ancrage fort du point de vue d'Ivy, ont un effet bénéfique...

Rien que pour la façon dont Zoe Kazan tire de son propre naturel, de sa gestuelle spécifique, de son corps voire de ses propres tenues (il y a un naturel à porter certains vêtements, qui vous donnent l'impression d'être dans l'intimité d'un personnage. Ici, une étrange robe, des chaussures usées, un pyjama de fortune, aident à construire un personnage tangible) un personnage de chair et d'os, dans sa complexité et sa fragilité, nous maintient en phase avec le film. Attention, toutefois, c'est fragile: ce n'est pas un film d'action.

Et puis il y a, occasionnellement, un peu de magie: Ivy, seule avec Al sur un toit, croit être au bout du rouleau... Derrière elle, un ciel magnifique, magique avec ses formations de nuages. Un vol de pigeons enclenche un mouvement simultané des deux acteurs, qui tournent la tête vers la même direction. Un plan qu'il a sans doute fallu planifier et répéter, mais qui ressemble à un accident heureux... Une scène dont l'affiche se souvient, d'ailleurs, voir plus haut. Et LA scène qu'on attend, celle de la crise d'épilepsie, est vue à distance, filmée avec une immense pudeur. 

 

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Published by François Massarelli - dans Zoe Kazan
14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 10:45

Ted Crawford (Anthony Hopkins) tire sur son épouse, qui commet un adultère avec un policier. Il a tout, mais alors tout prévu, y compris que le policier qui sera en charge de l'affaire dès la première seconde, sera justement l'amant de son épouse... Il se dénonce donc tranquillement, et commence donc à jouer au chat et à la souris avec la justice... Celle-ci est incarnée par Willy Beachum (Ryan Gosling), un jeune assistant procureur aux dents longues, qui vient juste d'apprendre qu'il allait être embauché par la firme la plus prestigieuse de Los Angeles: l'affaire Crawford, pour laquelle le mari tueur annonce qu'il va se représenter lui-même, devient à ses yeux quantité négligeable, et il va cochonner le travail. Mais pas Crawford...

On est toujours plus ou moins facilement capté devant un film de procès, et on sent dans ce film comme une volonté de suivre les préceptes hitchcockiens: nous avertir d'un maximum de choses avant de nous asséner quoi que ce soit, afin de cultiver le suspense; et tenter de créer un méchant particulièrement carabiné, mais attention: plus le méchant sera réussi, meilleur sera le film, disait le maître... Et c'est là que le bât blesse.

D'ailleurs, quel méchant? Le meurtrier, ou la belle avocate (Rosamund Pike), qui sera le chef de Willy (on dit "la cheffe"?) et qui n'attend pas trop avant d'avoir une aventure torride avec lui? Car pour Beachum, le choix entre continuer une affaire de plus en plus problématique par principe de justice, et partir pour le privé et se faire plein d'argent en mettant ses principes par dessus bord, va devenir le dilemme... Un dilemme d'ailleurs mis en valeur par le fait que Beachum entretient aussi, en quelque sorte, une relation avec Mrs Crawford, dans le coma, qui se bat contre la mort. IL la visite souvent, et cette belle endormie devient assez simplement le symbole d'une justice en laquelle il faut croire. 

Gosling est-il un peu trop vert pour le rôle? Je pense, en effet, et c'est dommage car il est dans l'ensemble très juste dans son jeu, et il a su éviter les pièges de la caractérisation trop facile du jeune banlieusard aux dents longues. Bon, en même temps ce n'est pas Will Smith... Mais plutôt que de souligner son appartenance à un milieu plus populaire que ses futurs employeurs, le choix de Hoblit a été de charger la barque avec Rosamund Pike, qui affecte un accent assez marqué, de dame de la meilleur société, la première fois qu'on la voit. Ce qui tranche aussi avec le regard très bleu de Zoe Kazan, qui joue un minuscule rôle de secrétaire qu'elle fait exister en regardant Gosling avec une tendresse particulièrement forte!

Reste Hopkins: si on se réjouit d'entendre son accent Gallois, qu'il ne mobilise pas souvent, son criminel parfait, maniaque, omniscient et omnicapable finirait par faire passer les maîtres du crime des épisodes de Columbo pour des andouilles... Ce n'est plus du machiavélisme, ça deviendrait presque Voldemort. Et ça, c'est quand même un peu trop... 

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Ryan Gosling Zoe Kazan
31 janvier 2021 7 31 /01 /janvier /2021 08:27

Compliqué et surtout désarmant... Nancy Meyers continue à s'intéresser aux émois sentimentaux de ceux qui sont au bord du troisième âge ou ont simplement dépassé ce que dans les comédies sentimentales on considère comme une date de péremption: Jane et Jake Adler son en effet quinquagénaires, et l'un d'entre eux est même au bord de la soixantaine... Ils furent mariés, et maintiennent pour la galerie, pour leurs enfants, et aussi un peu par affection authentique, de bons rapports. Monsieur (Alec Baldwin) est remarié, avec une créature impossible dotée d'un petit garçon hyperactif (Jake n'est pas le père), et Madame (Meryl Streep) a plus ou moins laissé tomber l'idée de se trouver quelqu'un. 

Jusqu'au jour ou elle a une aventure, inattendue, à la faveur d'un voyage à New York: l'heureux élu est Jake...

Ici la comédie provient e grande part de Baldwin, de son physique aussi, dont les contours franchement rondouillards sont mis en valeur, ce qui nous rappelle de quelle façon Meyers avait aussi exposé la nudité de Diane Keaton et Jack Nicholson, tous deux sexagénaires, dans Something's gotta give. Mais si Jake est un authentique pourvoyeur de comédie, le point de vue reste quand même celui de Jane, qui a refait sa vie autour d'une importante prudence sentimentale, et en compagnie de leurs trois enfants. Jake devient assez vite un trouble-fête, finalement, un homme atteint par le démon de dix-huit heures, mû sans doute plus par son égoïsme que par l'amour avec un grand A.

Il n'empêche, la réalisatrice a réussi à naviguer en dehors d'un excès de vulgarité, elle  réussi à nous faire rire, et elle obtient de son casting (complété par Steve Martin, Caitlin FitzGerald ou encore Zoe Kazan) d'excellentes performances.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Zoe Kazan
30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 17:51

Pygmalion et Frankenstein... Intéressant pedigree pour une comédie romantique, d'autant plus lorsqu'elle est écrite par une scénariste débutante, actrice plus ou moins spécialisée dans les rôles de jeune femme aux prises avec les aléas de romances un peu écervelées dans les films du genre... Jonathan Dayton et Valerie Faris ne sont évidemment pas des inconnus, on leur doit le désormais classique Little miss Sunshine, sorti en 2006. Mais Ruby Sparks n'est que leur deuxième film, et ils ont invariablement justifié cette attente d'une seule façon: ils attendaient un bon script...

Calvin Weir-Fields (Paul Dano) est un génie. On le lui dit en tout cas souvent, trop souvent à son goût, depuis qu'il a écrit un best-seller, dix ans auparavant, qui est toujours un succès de librairie. Et le problème, c'est qu'en dépit de nombreuses nouvelles publiées, il n'a pas pu écrire un deuxième roman. Il est suivi par un psy (Eliott Gould) depuis que sa petite amie Lila (Deborah-Ann Woll) l'a quitté, il évite de se faire des amis, et il ne sort plus que pour promener Scotty, son chien, dont il sent qu'il reflète un peu trop son propre ratage. Et le Dr Rosenthal lui demande de reprendre le dessus, et pour ce faire d'écrire, à seule fin thérapeutique. Calvin se lance dans l'écriture à corps perdu après avoir rêvé d'une femme qu'il n'a jamais rencontré, Ruby Sparks. Elle l'inspire, et... un matin, elle existe, installée dans son appartement. Calvin se rend compte qu'il vient d'inventer la petite amie idéale, celle qui correspondra à tous ses désirs, car il lui suffira d'écrire sa vie pour qu'elle s'exécute. Le problème, c'est que Ruby (Zoe Kazan) est une invention d'écrivain certes, mais elle vit, pense, respire et aime Calvin. Bref, elle existe...

Bien sûr, c'est drôle, piquant, enlevé. La petite fille d'Elia Kazan a su trouver le ton juste pour mobiliser suffisamment de poésie, d'invention, et d'idées nouvelles dans son script, mais si elle passe par les passages obligés du genre, elle n'oublie pas d'aborder les vraies questions: quand on aime, qu'est-ce qu'on aime exactement? Peut-on appartenir à quelqu'un? Le libre arbitre existe-t-il en amour? Ces amoureux, coincés dans une expérience unique, vont passer par des épreuves qui seront douloureuses, comme elles ont été douloureuses, on le devine, pour les deux acteurs, qui sont incidemment un couple dans la vie. Faris et Dayton (Egalement un couple d'ailleurs) se servent avec brio de cet état de fait pour les pousser très loin et on imagine combien la scène de la révélation par Calvin de la vérité à Ruby a du être éprouvante pour eux. Une scène magnifique, mais aussi déchirante et surprenante tant elle est physique...

C'est que le film oscille constamment entre comédie romantique et fantastique (la scène de l'arrivée, bien qu'annoncée par une foule de détails, est jouée de manière hilarante par Dano) et un drame plus profond, plus sombre (notamment quand l'écrivain Calvin commence à manipuler sa créature par machine à écrire interposée). Le script est beaucoup plus que malin, d'autant qu'il recèle bon nombre de pièges dont Zoe Kazan et l'équipe du film se sont joués: après tout, il s'agit pour une femme d'écrire un film dans lequel un homme crée de toutes pièces une femme... Un cauchemar potentiel de caractérisation, mais un défi relevé. Au final, un film plus sombre que ne l'était le très beau Little miss Sunshine, moins fédérateur peut-être, mais qui vaut le détour. Et on espère que Zoe Kazan, également dramaturge, a d'autres histoires à conter...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Zoe Kazan
18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 09:48

Six histoires situées durant l'âge d'or de l'Ouest Américain:

dans The Ballad of Buster Scruggs, Tim Blake Nelson est une caricature de cowboy chantant, un matamore sûr de lui et de son pouvoir d'exercer la violence, qui tombe malgré tout sur pire que lui. 

Near Algodones montre James Franco en bandit échappé d'un film de Sergio Leone (il porte un grand "duster" et passe par Tucumcari...), qui va tellement mal négocier son attaque de banque qu'il va tâter de la pendaison... plusieurs fois.

Meal ticket raconte l'histoire lamentable d'un montreur ambulant (Liam Neeson) partagé entre le besoin de manger à sa faim, et le soin qu'il doit à son attraction, un cul-de-jatte manchot qui récite des textes célèbres avec talent, mais qui ne rapporte rien: un poulet savant aura raison de ses scrupules...

All gold canyon situe en pleine nature lyrique les aventures d'un chercheur d'or méthodique (Tom Waits) qui creuse, prospecte, jusqu'à trouver l'endroit idéal. Le problème, c'est qu'il est observé, par les animaux d'une part, mais aussi par un concurrent invisible...

The girl who got rattled conte le déplacement vers l'Ouest d'une jeune femme timorée (Zoe Kazan) qui vient de perdre son frère, et tout lien avec l'avenir. Elle est courtisée par l'un des scouts de la caravane qui l'emporte, mais elle va rencontrer son destin lors d'une attaque d'une bande d'indiens des plaines.

Enfin, The mortal remains suit une diligence qui transporte une troupe disparate, dont deux chasseurs de primes (Brendan Gleeson et Jonjo O'Neill) qui ont une façon inquiétante de parler, estiment être ceux qui aident les bandits qu'ils accompagnent à "passer de l'autre côté". Au fur et à mesure du voyage, les autres passagers sont de moins en moins rassurés...

la structure épisodique a fait écrire beaucoup de bêtises à beaucoup de commentateurs, principalement autour du fantasme que les frères Coen (dont Fargo  été adapté en série, mais par d'autres, je le rappelle) puissent se livrer à un passage vers la série, ce nouvel eldorado qui est en train, à petit feu, de tuer le cinéma... en quelques sorte. Il n'en était rien, bien sûr, les deux frères aiment particulièrement livrer un produit fini, prêt à l'emploi, et c'est une fois de plus le cas avec ce troisième essai des deux frères dans le monde du western. Un essai? Un coup de maître(s), plutôt: le choix de ratisser large en s'essayant à toutes les figures du western à travers six intrigues différentes aurait pu tourner au gratuit, et à la place ils en font une véritable mine d'or, sans jeux de mots... Car il est évident que ce film est l'une de leurs oeuvres les plus structurées, commençant dans l'apparemment inoffensif en compagnie du cowboy d'opérette Tim Blake Nelson avec un glissement de plus en plus insistant vers l'humour noir. Toutes les composantes génériques de l'histoire du western sont présentes, du faux pittoresque jusqu'à un certain réalisme dépourvu totalement de paillettes ou de charisme (le chercheur d'or de Tom Waits, la pionnière paumée de Zoe Kazan), mais ils s'amusent aussi avec les codes du genre, passant d'une histoire à l'autre en questionnant les traditions (le bivouac avec haricots, la solitude du bandit, les codes moraux à variantes élastiques), en multipliant les recours aux personnages codés (chercheur d'or, pionnier fondamentaliste, bandit fataliste, montreur d'ours, fille de joie, pied-tendre, etc... mais toujours en imprimant de façon solide dans chacune des histoires, la marque de la mort: omniprésente, absurde voire comique, mais toujours là, avec insistance...

Si toutes ces histoires fonctionnent à 100% comme autant de contes noirs et réussis, des histoires somme toute drôles (pour certaines d'entre elles du moins) et distrayantes, les deux frères ont cette fois sans la moindre réserve questionné l'âme Américaine à travers son folklore le plus personnel, cette période de 25 années qui fut une sorte de période accélérée de formation pour un pays qui tout à coup s'est mis à se développer à une vitesse anormale. Du coup, tout prend du sens, et il n'est pas tendre: à travers ce cowboy chantant, odieux par son incapacité à se mettre en doute et sûr de sa capacité à écraser l'autre (non, je me refuse à écrire le nom du président actuel, ce serait trop facile), les Coen égratignent l'âme Américaine dans son manque profond d'humilité; et ils vont insister sur tous les aspects de ce que la conquête de l'Ouest a pu forger dans l'Américain: manque total d'empathie, ignorance obscurantiste (la pauvre pionnière!), une capacité impressionnante à violer la nature pour pas grand chose (le chercheur d'or, dont l'épisode commence dans un déchaînement lyrique comme on l'a rarement vu chez les deux cinéastes), et au final une sorte de résilience condamnable à porter une culture de mort... Un portrait de l'Amérique effectué d'après la partie la plus saillante mais aussi la plus réjouissante de son histoire, en quelque sorte.

Je le disais plus haut: ces considérations vont de pair, comme d'habitude, avec un respect dû au genre western, du coup c'est constamment superbe esthétiquement parlant, admirablement composé et la narration (qui se poursuit sur plus de deux heures, une fois n'est pas coutume) adopte un ton calme, lent et méthodique, que n'aurait pas renié le John Ford de The Searchers. Et les acteurs (vous avez vu le casting?) s'en donnent à coeur joie, trop heureux de participer à leur façon à la grande légende paradoxale du western! Donc non seulement c'est drôle et enlevé, mais ce western noir EST un western, un vrai, en plus d'être un excellent commentaire sur le genre. C'est l'un des grands films de frères Coen, excusez du peu, et s'il fallait lui trouver un défaut, c'est sans doute dans son moyen de diffusion, sur Netflix, où le cinéma est encore accueilli, mais meurt à petit feu. Dommage...

 

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie Zoe Kazan