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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 15:41
Bright star (Jane Campion, 2009)

Il est des artistes avec lesquels on a signé un jour un pacte. On lira tous leurs livres, achètera tous leurs disques verra tous leurs films. Avec Campion, ça remonte bien sur à The piano, qui reste sans doute un sommet indépassable, mais dont la thématique survit à chaque changement de cap, à chaque bifurcation de style: tous ses films parlent de choix féminins face à l'amour et au désir, que ce soit par la comédie (Holly Smoke), par le film policier (In the cut), ou par le "film à costumes", comme on dit (Portrait of a lady). Bright star, basé sur les derniers jours du poète John Keats, appartient à cette dernière catégorie.

Le film retrace la rencontre entre Keats (Ben Wishaw) et une jeune femme (Abbie Cornish), leur attirance, et leur idylle. Pour une fois, Campion s'interdit de visiter le chapitre de la sexualité, tant l'amour littéraire qui nous est présenté semble en être dénué. Mais même sans qu'on les voie jamais consommer leur amour, l'univers de sensualité de la cinéaste s'invite à a fête, avec ses notations vestimentaires, sa caméra au plus près des sensations: Fleurs, Papillons, même un chat participent à une représentation suggestive des sens, qui débouche bien sur sur de la poésie pure, rythmée par des citations des poèmes de John Keats... en particulier Bright star, dont la genèse nous est contée.

Dans cette histoire d’amour asexué, la cinéaste a su une fois de plus imposer son alchimie extravagante si particulière ce ballet baroque des sens, qui la pousse (et ce dès le générique fini) à montrer en gros plan, les étoffes, les chairs, la matière. Elle s’amuse des petites promenades des amoureux dans le parc, en plaçant la caméra derrière des fleurs, des herbes, dont on croirait pouvoir jusque à sentir le parfum. Le toucher, sens essentiel des films de Jane Campion (Et véritable sujet de The piano, Sweetie et In the cut) est ici accompagné d’une symphonie sensorielle esthétiquement superbe, qui accompagne l’omniprésence de la poésie de Keats d’une sorte d’illustration personnelle, et constamment stimulante pour l’œil. Bref, du cinéma.

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion