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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 15:02

Sorti en 1914 (le 20 janvier), mais le copyright indique 1914, ce film est une cause célèbre, dans l'histoire du cinéma. Tout ça à cause de la Vérité...

...je m'explique: une bonne part d'Hypocrites se situe dans une communauté des Etats-Unis contemporaine de la sortie du film. Durant l'office, le pasteur commet un sermon accusateur qui pourfend l'hypocrisie de ses paroissiens. Ce qui a pour effet de les liguer contre lui. C'est un écho du prologue du film, une allégorie qui montre l'histoire d'un prêtre, l'ascète Gabriel, qui avait souhaité exposer les habitants de sa région à une statue de la vérité... nue comme au premier jour. Il avait tout bonnement été tué par la foule en colère...

Le pasteur resté seul alors s'imagine en réincarnation du prêtre Gabriel, accompagné d'une version vivante de la statue, passant de salon en salon pour aller montrer à tous qu'ils vivent dans le pêché... Mais il est retrouvé mort le lendemain, seul dans l'église.

D'une part, si le film a rencontré le public à sa sortie (la distribution, incidemment, était prise en charge par la Paramount, donc la plus grosse structure de l'époque, on pouvait leur faire confiance pour que le film soit montré partout), il laisse un peu perplexe aujourd'hui, d'abord parce que comme à chaque fois qu'un film muet cherche à nous montrer le pêché, il nous montre essentiellement des gens en train de s'amuser, pas beaucoup plus... mais surtout les intentions de Lois Weber sont parfois peu claires, tant son envie de démontrer la puissance du cinéma l'emporte sur sa capacité à énoncer clairement ses griefs. C'est particulièrement vrai dans la partie finale, lorsque le prêtre (Courtenay Foote) demande à la Vérité (Margaret Edwards) de montrer avec son miroir le vrai visage de ceux qu'ils accusent ensemble. Ces vignettes sont visuellement d'une immense richesse, mais on finit par se perdre... 

L'autre question non tranchée est bien sûr dans l'usage de Margaret Edwards, qui avait été élue la femme la mieux proportionnée des Etats-Unis et qui était, comme Audrey Munson avant elle, modèle nu pour tableaux et statues nobles; elle tentait alors de percer dans le cinéma: le fait est que dans toutes ses apparitions, bien que translucide car tous ses plans sont basés sur des surimpressions, elle est totalement nue. Lois Weber s'en est défendue sur tout le reste de sa carrière. A visionner le film aujourd'hui, on doit admettre qu'il n'y a rien de concupiscent là-dedans, mais il est évident que chacun savait, au moment de la sortie, ce que serait l'effet d'un bouche à oreille relatif à la présence d'une femme entièrement nue sur plus d'un tiers du métrage d'un film: Paramount devait compter là-dessus, le producteur Hobart Bosworth avait laissé faire, et Lois Weber elle-même, qui avait vaillamment combattu pour garder sa femme nue, et obtenu gain de cause, devait bien se douter que le film serait un énorme succès... Et ce fut le cas.

Mais ce serait trop facile de rejeter le film ne ne se basant que sur ces aspects: au-delà de l'intrigante structure en allégories emboîtées les unes dans les autres, Hypocrites fascine par la façon dont Lois Weber montre, souligne, avec une aisance déconcertante, ce qu'elle veut nous montrer, utilisant sa caméra comme d'autres la parole ou leur talent pour le dessin. Et elle sait ce qu'elle a à dire, et bien que ce film soit sa première incursion dans le long métrage, elle n'a aucun problème à trouver les moyens de le dire: surimpression, mouvements de caméra chargés, utilisation inventive du décor, et montage inattendu, cette dame connaissait fort bien les possibilités du cinéma... D'ailleurs, à travers cette femme qui tient un miroir représentant la vérité cachée en chacun de nous, il n'est pas difficile d'y voir un autoportrait. Son cinéma est étonnamment moderne, non seulement par sa technique et ses audaces, ou encore son sujet, mais il étonne tout bonnement par la puissance évocatrice de ses plans, son montage, et la richesse inventive de son univers, présent en particulier dans un plan extraordinaire du prologue: les braves gens réunis attendent que la statue mystérieuse du prêtre Gabriel soit révélée: la caméra commence alors un long travelling latéral, qui révèle chacun des corps de métiers, chaque membre de chaque strate de la société médiévale. Le plan est répété après le dévoilement de la statue et les mêmes nous sont montrés, les uns fuyant la Vérité, les autres abasourdis, certains se signant, d'autres détournant le regard. Quelques-uns sourient, voire s'approchent... On voit que chaque acteur, chaque figurant s'est vu assigner une mission bien spécifique, donnant ainsi à la séquence une fabuleuse vie intérieure. Lois Weber avait en effet tout compris à la puissance de son art cinématographique.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber ** 1914