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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 16:36

Ceci est le dernier film que Bauer finira de son vivant, avant qu'il ne tombe malade sur le plateau du Roi de Paris... Et on ne peut pas dire que l'oeuvre de ce grand maître du drame baroque se finisse dans la rigolade! Son titre dérive d'un intertitre, dans lequel il est question de la quête incessante du bonheur, de l'héroïne du film: un prétendant se dit prêt à le lui procurer, mais elle estime que son bonheur à elle doit d'abord passer par celui de sa fille... Celle-ci, on le verra, souffre d'un handicap dont les sources sont essentiellement psychologiques, ce qui fait d'elle une petite cousine de Vera Karalli dans Le bonheur de la nuit éternelle, ou d'autres héros affligés pareillement de problèmes qui leur sont amenés par des angoisses.

Zoya Verenskaia (Lydia Koreneva), une riche veuve, est inquiète pour sa fille Li (Tasya Borman). Celle-ci est bientôt adulte, mais ne s'est jamais remise de la mort de son père dix années auparavant. Et le docteur est formel, elle perd progressivement la vue. L'amant de Zoya, l'avocat Dimitri (Nikolai Radine), souhaite qu'elle accepte de se marier avec lui, mais elle craint que ça n'arrange en rien les affaires de Li. D'autant que celle-ci se méprend sur la présence constante de Dimitri chez elles, et est amoureuse de lui. Lors d'un séjour en Crimée sur les bords de la mer noire, le drame va se précipiter...

Un plan, superbe, riche et chargé en sens semble résumer le film: Li est dans un jardin ensoleillé, au premier plan, installée sur un banc. Derrière elle, au fond, apparaissent sa maman et Dimitri. Elle ne les a pas vus, mais elle sait que Dimitri est là, et elle lâche les fleurs que le jeune peintre lui a donné, pour attendre fébrilement celui dont elle croit qu'il est venu pour elle. Pendant ce temps Zoya et Dimitri finissent leur cheminement jusqu'à elle.

Le film est lent, posé (Bauer comme à son habitude utilise tout l'espace et chaque centimètre carré de ses décors ont du sens), et empreint d'une ironie violente. Bauer prend son temps et surtout épouse le tempo lent de cette famille nantie, comme condamnée à vivre des dilemmes impossibles. Les deux adultes s'aiment, mais ont des intérêts divergents: lui ne pense qu'à elle, et souffre de leur éloignement forcé, elle ne pense qu'à sa fille... celle-ci, de son côté, refuse le bonheur à portée de main (Un jeune peintre qui n'a d'yeux que pour elle, et qui pour info est interprété par le décorateur du film, Lev Koulechov: ça fait de l'effet), et se pousse elle-même vers la maladie. On peut éventuellement se demander où Bauer veut en venir, mais fidèle à son habitude il nous a réservé un coup de théâtre de premier choix, qui finit par dresser tous ces gens les uns contre les autres dans un final particulièrement méchant. J'en parle en dessous, et si vous souhaitez voir le film d'abord... N'allez pas plus loin.

Puisque Zoya ne veut que le bonheur de sa fille, et que Dimitri a dit à Zoya qu'il l'aime plus que tout, le marché proposé par la jeune veuve à son amant est le suivant: il épousera Li, et ainsi il fera le bonheur de sa mère. Quand elle est venue le lui dire, chez lui, il a refusé, mais à ce moment, elle lui a annoncé la venue de Li: Dimitri est au pied du mur... Quand la jeune femme entre dans l'appartement, l'avocat est déterminé: il lui dit qu'il refuse son amour, puis ajoute qu'il en aime une autre; sa mère. C'est à ce moment que Li devient définitivement aveugle. Puis que le film se termine...

Je l'avais dit: Bauer, ironique jusqu'au bout, refuse une résolution à ses personnages... mais il y a quelque chose qu'il me fait dire maintenant, qui me paraît important... On ne demandait pas un grand effort aux femmes, j'imagine, dans la Russie de 1917 (d'avant la Révolution d'Octobre)... Donc d'une certaine façon leur oisiveté passe assez facilement. Mais ce Dimitri, victime permanente des complications féminines, je trouve qu'il a une propension impressionnante à dire (A trois reprises dans le film) "que mes clients se débrouillent!" et à partir en Crimée pour conter fleurette... une indication des sympathies de Bauer?

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Published by François Massarelli - dans Muet Yevgueny Bauer 1917