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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 18:12

En 1948, il est très probable qu'une grande partie du public Américain ne connaît de cette histoire que les versions raccourcies, en gros la trame choisie par Fairbanks et Niblo en 1921 pour le premier long métrage d'envergue consacré au fameux roman de Dumas. Ca ne me gène pas, puisque un livre et un film ce n'est pas la même chose. Je pense aussi, rien que pour faire grincer quelques dents (Je les entends grincer d'ici, du reste) que nul ne doit se sentir obligé d'avoir une bonne connaissance du roman avant de s'attaquer à la version filmique de son choix. Et d'ailleurs, n'importe quelle version des Trois mousquetaires n'a rien à voir avec Dumas: il n'a jamais tourné un seul film de sa vie, et Hugo n'est pas, ne sera jamais l'auteur des Misérables... de Raymond Bernard.

Cela étant dit, le parti-pris de cette version luxueuse (Le film dure plus de deux heures, ce qui est quand même assez rare en cette période d'après-guerre) est de revenir dans une durée malgré tout pas trop excessive à l'intrigue du roman dans toute sa complexité: en d'autres termes, contrairement à l'usage alors en vigueur, le film ne s'arrête pas à l'affaire des ferrets, et suit la lute acharnée contre Milady, et bien sûr... Constance meurt. C'est donc toute la portée du roman initiatique qu'était l'oeuvre de Dumas (Non, je me refuse à ajouter Maquet, laissez tomber) qui a été retenue dans un film qui développe aussi un nombre impressionnant de personnages, quand on y pense: dans les films sortis auparavant, on avait, en gros, D'Artagnan et Richelieu, plus une Constance générique, une garce pour Milady, un roi, une reine et un Buckingham sortie d'usine, et bien sûr, trois en un, trois mousquetaires anonymes.

C'est fini: D'Artagnan est bien le juvénile, impétueux, parfois présomptueux Gascon interprété par Gene Kelly, flanqué de deux mousquetaires génériques (Porthos et Aramis), et d'un Athos fantastique: Van Heflin interprète en effet cette version de D'Artagnan en plus âgé, qui va donner au film toute l'amertume nécessaire: l'aventure, ça fait des dégâts et ça use... Milady est plus complexe qu'il n'y paraît, et Lana Turner est fantastique. Et Vincent Price joue Richelieu, un Richelieu fidèle au précepte Hitchcockien selon lequel plus réussi sera le méchant, meilleur sera le film. Ce que j'appellerais volontiers le "théorème de Richelieu"...

Mais restons sur le plus notable, le fait que ce film est le premier non-musical dans lequel la star Gene Kelly joue. Etait-ce une bonne idée? Ca oui! d'abord parce que de tous les personnages de cette histoire immortelle, D'Artagnan est le plus bondissant, le plus caricatural aussi. Et étant Gene Kelly, il réussit le pari osé de transposer son talent de danseur émérite dans les cascades requises. ce qui sert tout le monde, il impose un rythme très soutenu au film. Il permet aussi de maintenir la cohérence du film quand celui-ci passe de la quasi-comédie picaresque (La première partie, jusqu'à l'affaire des ferrets) au drame humain et noir (Le destin de Constance, l'amour blessé de Athos et D'Artagnan, l'exécution de Milady traitée à la fois de façon baroque et délicate...). Cette impressionnante efficacité ne se dément jamais dans les 125 minutes que durent le film: on notera en particulier la scène de l'enlèvement final de Milady, traitée en un seul plan de 25 secondes, et vue essentiellement depuis le miroir de la traîtresse.

Voilà qui inaugurait un nouveau style des films d'aventure de la MGM, qui allait faire des petits: King Solomon's mines, Moonfleet, The prisoner of Zenda ou Scaramouche... Et voilà qui nous donne une version aussi complète que possible, tournée certes sur les côtes Californiennes (Et ça se voit), mais avec un tel élan que l'on ne peut qu'en redemander.

 

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Published by François Massarelli - dans Aventure Gene Kelly Dumas