
C'est à ma connaissance une première, et un cas unique: en 91 minutes, cet ensemble de scènes coupées du long métrage Fire, walk with me, réalisé par Lynch en 1992, assemblées en continuité, a été projeté en salles comme un long métrage à part entière, une fois post-produit, dûment monté et doté de musique. Et le résultat, sans bien sûr pouvoir tenir la route tout seul, est formidable: un complément parfait, non seulement au long Fire walk with me, mais surtout à la série Twin peaks...
Car cette galerie fourre-tout d'images qui auraient dû être disjointes, se présente en réalité comme un ajout fondamental à l'ensemble savoureux qu'est Twin Peaks: elle en est presque la face cachée, car tout ce qui ne pouvait être dit dans une série diffusée en prime time à la télévision Américaine, y est intégré, sans que le cadre si glorieusement suranné du soap opera qu'avait choisi Lynch pour sa série n'en souffre.
Elles contribuent à mettre en lumière ce qui est l'un des sujets fondamentaux du film en plus de la série: les horreurs cachées derrière la quiétude, la monstruosité derrière le banal. Ces abominables minutes, heures, journées vécues par des gamins qui s'ennuient, ces angoisses d'une jeune femme qui a tant à souffrir à la maison qu'elle cherche des échappatoires dans tout: sexe, drogue, comportements déviants... Puis la mort. Mais les "Missing pieces possèdent pour moi l'avantage sur le long métrage de recentrer le ton précisément autour de la loufoquerie, là où le film lui se permet de sortir de la politesse télévisuelle (plus graphique, plus violent). Ces scènes "manquantes" rééquilibrent le film, en rendant justice à la série.
Et on en arrive à une prouesse: ces scènes coupées me semblent souvent former un tout plus cohérent, plus intéressant que le film...