
Produit par la compagnie Rex, qui n'allait pas tarder à être "avalée" par Universal, ce petit film est plein des qualités qu'on attend d'un film de Lois Weber. D'une part, l'histoire, un mélodrame à vocation sociale (teinté d'une certaine ironie) est d'une grande efficacité, et d'autre part, la mise en scène adopte une sorte de clarté linéaire typique de son style.
L'histoire commence comme du Dickens: deux orphelines jumelles sot adoptées, l'une par une modeste ouvrière, l'autre par une famille roche qui, nous dit un intertitre, souhaite donner de la compagnie à leur fils chéri... Les deux petites sont encore bébé, et grandiront dans l'ignorance l'une de l'autre. Mais à l'âge adulte, le hasard va faire que leurs destins se croiseront, à la faveur de l'indépendance assumée de la jeune ouvrière qui commence à travailler, et de l'humeur volage de la jeune fille adoptive de riches, qui pour sa part n'en fait qu'à sa tête.
Lois Weber transcende le genre du mélodrame, en se livrant à une recherche d'effets aussi efficaces que possible, pour moderniser un peu cette situation. Et bien sûr elle se livre à un portrait de la condition féminine assez paradoxale, montrant finalement la supériorité humaine de la jeune femme qui a été obligée de prendre son destin en main. Avec Weber, l'évangélisme militant n'est jamais très loin du féminisme, mais elle évite les écueils par son efficacité narrative tout au long de ces 15 minutes, qui nous proposent une intrigue que d'autres auraient probablement étirée inutilement.
Sans en avoir une preuve formelle, il me semble maintenant que le film Twin pawns de Léonce Perret, réalisé en 1919 et sorti à la Universal (c'était une adaptation officieuse de The woman in white de Wilkie Collins) possède plus d'un point commun avec celui-ci.