
La nuit, dans le Louvre, il se passe des choses étrange dans la salle exotique des divinités païennes: un fantôme se promène, et en quelques nuits, il va perpétrer des crimes, hanter les couloirs, mettre la police sur les dents, et surtout flanquer la pagaille dans la vie tranquille du journaliste Jacques Bellegarde, et de fiancée la belle mais exigeante -et riche- Simone Desroches... Surtout, il va opposer la police officielle, incarnée par le strict inspecteur Ménardier, et un détective privé génial, le valeureux Chantecoq...
Produit pour Pathé par la société des Ciné-Romans, spécialisée dans les serials à succès, Belphégor est adapté d'un feuilleton d'Arthur Bernède: cette publication était strictement contemporaine du film, invitant les lecteurs du journal Le Petit Parisien à prolonger leur frisson en se rendant voir le film au cinéma, et j'imagine que le contraire était également envisageable!
On ne retrouve pas ici le style des films de Louis Feuillade, qui faisait naître de ses étrangetés une poésie très noire. Le ton est délibérément léger, à travers une évocation du Paris contemporain et nocturne, notamment celui du Louvre, et des villas fréquentées par les gens du meilleur monde... Si chacun des quatre épisodes offre son pesant de frissons pour rire, et de rebondissements, dans une continuité qui frappe par son manque total de logique (tout est destiné à l'effet coup de poing, plutôt qu'à un visionnage répété), la poésie des quartiers populaires propres aux Vampires, ou des lieux détournés de Judex, nous manquent quand même...
C'est d'ailleurs plus à Gaston Leroux et à une version légère du Fantôme de l'Opéra qu'on pense (et bien sûr au film de 1925, mais... sans Lon Chaney!), même si la présence de René Navarre nous renvoie quand même au plus grand nom du feuilleton cinématographique : c'était Navarre qui interprétait Fantômas dans les cinq longs métrages du réalisateur des Vampires. Du coup, la production laisse à son personnage de détective une part de mystère... Quant à Henri Desfontaines, c'est un metteur en scène capable, ce qui est déjà ça! Il n'a pas laissé de chef d'oeuvre notable dans sa carrière, mais il exécute sa participation en bon élève, plus qu'en virtuose.
Impossible bien sûr de prendre au sérieux cette rocambolesque intrigue de fantôme mystérieux qui hante la salle des "divinités barbares" du Louvre, mais le bonheur modeste qui s'en dégage nous rappelle une époque où les Européens, à la suite des Américains, s'élançaient à la conquête de l'aventure délirante. Dès le départ, comment ne pas penser à L'oreille Cassée? Hergé, passionné de cinéma, a forcément vu et intégré dans son oeuvre cet intrigant Belphégor, qu'une restauration très soignée nous a ramené en 2021...