
Ca devient une habitude, mais je vais encore commencer par dire que ce film a beaucoup souffert des vicissitudes du temps qui passe et de la négligence calculée des ayant droit... Donc il ne subsiste aucune copie en bon état, encore moins complète, de Scandal, ou de Scandal mongers (le titre utilisé lors de la ressortie de 1918). Mais au moins on a une assez bonne idée, à travers deux copies qui rassemblent des fragments 35mm qui étaient en voie de décomposition quand ils ont été localisés, de ce que le film était...
Pour commencer, Scandal est situé à un tournant: c'est après un contrat de quelques films (Dont le fameux Hypocrites) pour Hobart Bosworth, que Lois Weber qui a ainsi pu passer au long métrage, est revenue au bercail de la Universal avec une certaine tranquillité quant à sa liberté de choisir les sujets de ses films. Elle a donc décidé de continuer à creuser le même sillon, et de tourner en priorité des films à caractère social. Le premier est justement Scandal, consacré à la façon dont la communauté peut utiliser n'importe quel prétexte pour se tourner vers un de ses membres, avec ou sans raison objective. Le film est moraliste au même titre que Hypocrites, et plus basé sur le constat d'un fait que la recherche d'une réponse aux questions qui se posent: une habitude chez Weber qui aime à faire bouillir son public.
Tout se passe bien dans la petite communauté banlieusarde: tous les matins, les gens se rendent à leur travail; Mr Wright (Phillips Smalley) quitte son foyer, salue ses voisins, son épouse se félicite de la réponse positive de son père à leur demande de prêt. Daisy Dean (Lois Weber), sa secrétaire-sténographe, quitte la maison où elle vit avec sa mère, suivie du regard par l'un des voisins (Rupert Julian), un célibataire qui aimerait bien l'approcher pour la demander en mariage. Ce que sa soeur (Adele Farrington) désapprouve, car la jeune femme n'est pas de son goût! Bref, tout va bien, jusqu'à ce que la secrétaire ait un accident en sortant du bureau. Son patron ayant proposé de la reconduire, c'est la goutte d'eau qui va faire déborder le vase des ragots... Et les répercussions seront terribles...
Comme elle l'avait fait avec le mannequin Margaret Edwards qui parcourait les dernières bobines de Hypocrites dans le plus simple appareil en jouant "la vérité", Weber a choisi pour représenter les ragots un personnage hirsute sorti (selon elle, mais on demande à voir!) de l'imagination du dessinateur Winsor McCay, ce qui est pour le moins étrange, mais en phase avec les tendances allégoriques de l'époque. Mais surtout elle situe son drame dans l'intimité des consciences, et chaque personne se révèle en fonction de sa jalousie, de sa facilité à suivre le troupeau bêlant des commères... ou tout simplement comme Wright à deux reprises en fonction de sa gentillesse et de son altruisme. En choisissant d'incarner l'infortunée Daisy, Lois Weber donne à voir une nouvelle héroïne qui souffre parce qu'elle est mise au ban de son entourage...
Le film ne fait pas dans la dentelle, mais il prouve au moins que grâce à des metteurs en scène comme Weber, aucun sujet ne semble résister à la cinématographie... et on retrouvera avec The blot (que Miss Weber écrira et tournera pour la Paramount en 1921) une autre façon de traiter le stigmate social, avec une maîtrise confondante cette fois...
