
Nelly Kaplan a été l'assistante de Gance, en particulier sur Cyrano et D'Artagnan, dont le tournage s'achevait au moment de la réalisation de ce court métrage documentaire. Les liens entre eux sont assez forts, et la réalisatrice a fait partie d'une des nombreuses équipes qui ont oeuvré à la restauration, ou aux restaurations pour être plus exact, de Napoléon.
Hier et demain est une évocation par Gance de sa carrière et de sa vie, et si on attend tout un lot de bêtises assumées par l'un des cinéastes les plus ouvertement affabulateurs et prétentieux au monde, on est surpris par ce qui pourrait bien être une certaine candeur. L'éternel jeune homme ne se fait bien sûr pas trop d'illusions sur l'évolution de sa carrière après le début des années 30, et dit bien ça et là qu'il a tout inventé (comme tous les autres cinéastes après tout), mais il montre surtout les deux grandes orientations de sa carrière: d'un côté, une soif de raconter, illustrée par sa version de l'entretien qu'il a eu avec des producteurs (probablement Gaumont) pour devenir metteur en scène. Et ce raconteur a quand même un sacré palmarès à son actif. ...Y compris l'abominable Tour de Nesles, cela va sans dire. De l'autre côté, il y a son obsession technique, son insatiable envie d'améliorer la technologie cinématographique qui a débouché sur un certain nombre d'inventions: le triple écran, la "perspective sonore", des systèmes de prise de vue inattendus, etc.
La clé du semi-échec de ce touche-à-tout de génie, se trouve peut-être dans le fait qu'il n'a jamais voulu choisir entre les deux, au risque assumé d'y détruire son oeuvre. Et c'est exactement ce qui est arrivé à Napoléon, pris et repris, remonté, refondu entre 1927 et 1971, et dont les milliers de mètres de pellicule sont aujourd'hui encore plus ou moins éparpillés un peu partout.