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2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 18:17

Douze années séparent le dernier film achevé de Gance, Le  Capitaine Fracasse, de ce nouvel effort, et... Il a sans aucun doute perdu beaucoup. La main, d'une part. La foi, sans aucun doute. Et la tête? Non, ça, c'est fait depuis très longtemps! Ce film est une commande que le cinéaste a accepté, d'un consortium Franco-Italien dirigé par Fernand Rivers: le fait que le dit producteur soit un ami auquel le grand cinéaste a mis le pied à l'étrier a sans doute joué, il avait supervisé deux de ses oeuvres de jeunesse dans les années 30. 

La motivation de Gance, pour tourner ce film, est on ne peut plus claire: comme il confie à sa collaboratrice Nelly Kaplan dans son court métrage documentaire sur le cinéaste Hier et demain, "je l'ai fait non pour vivre, mais pour ne pas mourir". Pourtant, il a sans doute été intéressé par le fait de se saisir d'un script très moyen, d'une cosmique absurdité, et de le tourner avec un grand luxe de couleurs! Il va d'ailleurs amener avec lui son Pictoscope, un procédé un peu similaire (mais en nettement moins efficace, surtout en couleurs) que le procédé Shüfftan, et l'utiliser un peu partout.

Et par-dessus le marché, ce film leste était aussi destiné à un marché particulier, car il était pour adultes. Dans le cinéma traditionnel d'avant les libérales années 70, ça veut dire qu'on s'y déshabille à gogo, et qu'on y parle vaguement de sensualité. Mais pour le vieux Gance, déshabiller une actrice était une seconde nature, et de toute façon les "victimes", généralement de plantureuses Italiennes, ont été fournies par la production dans le but d'être dépoitraillées... 

Bref: on me voit venir, je pense. Le film est d'une abyssale nullité, deux heures d'un insupportable ennui, dont l'on ne peut se sortir qu'avec une ahurissante dose de second degré, que je m'aperçois bien que je ne possède manifestement pas malgré un entraînement cinquantenaire. maintenant, si vous êtes tentés par cette adaptation d'une pièce de Dumas, qui tourne autour d'un insondable mystère que vous résoudrez pour vous-même aux alentours de la trente-cinquième minute, et dans laquelle Pierre Brasseur cabotine, fleurette, lutine et aboie sans aucune retenue,eh bien...

...Tant pis pour vous.

 

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance Dumas