
C'est un retour au pays pour Jane Campion, qui a accepté une proposition de la télévision pour réaliser une suite en trois parties consacrée à l'autobiographie de Janet Frame, écrivain majeure de Nouvelle-Zélande. Mais si Janet Frame est éminemment Néo-Zélandaise, née par ailleurs dans une famille qu'elle qualifiait de "pauvre, puante et impopulaire", c'est aussi une dame qui a voyagé de par le monde, exerçant son métier en Angleterre et même un bref temps en Espagne; elle a aussi eu des aventures, pour ne pas dire des mésaventures: huit années passées en hôpital psychiatrique sur un diagnostic faussé de schizophrénie...
C'est surtout une héroïne qui va comme un gant au cinéma de Jane Campion, qui n'a pas attendu de réaliser des longs métrages pour s'intéresser voire se passionner pour des femmes fantasques, dotées d'une extraordinaire imagination. C'est déjà le sujet de A girl's own story, l'un de ses moyens métrages majeurs; c'est aussi commun à, en vrac, Sweetie, Portrait of a lady, Holly Smoke, In the cut et Bright star, sans oublier les deux différentes séries Top of the lake. Et bien sûr, c'est au coeur de The piano à travers les deux personnages joués respectivement par Holly Hunter et Anna Paquin.
Nous suivons donc Janet Frame, depuis sa plus tendre enfance (née jumelle, mais elle seule a survécu et l'autre enfant n'a pas même été nommée), une période difficile, d'extrême timidité et marquée par un ressenti cruel d ela violence du monde, un monde qui semblait ne pas être fait pour elle: trop pauvre, dotée d'une hygiène déplorable (elle perdra la plupart de ses dents vers la vingtaine), mal vue par ses camarades à l'école, puis au collège puis au lycée, parce que non contente d'être très sérieuse, Janet était aussi différente: sa touffe indomptable de cheveux bouclés roux, en particulier...
Mais c'est cette même jeune femme qui va devenir naturellement écrivain, le plus simplement du monde: en écrivant! Un don qu'elle cultive, mais dont le film semble nous dire qu'il a été pour beaucoup dans sa mise à l'écart. Les trois parties sont organisées de la même façon, en petites vignettes généralement chronologiques, et centrées autour des trois actrices qui interpréteront Janet: Alexia Keogh (enfance), Karen Fergusson (adolescence) et enfin Kerry Fox. Cette dernière paie constamment de sa personne, et jane Campion n'a pas son pareil pour filmer la détresse et la solitude d'un personnage face à l'absurdité d'un monde... cela dit, une formidable galerie de personnages souvent cruelle, son humour particulier et son goût immodéré pour le happy-end (du moins à cette époque, elle changera) nous permettent en plus d'ajouter au plaisir épique de cette merveilleuse expérience cinématographique: car bien qu'elle l'ait tournée pour la télévision, cette adaptation légèrement remontée (amputée en fait de trois minutes) a eu une belle carrière méritée en salles.




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