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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 18:40

En 1939, Kay Miniver (Greer Garson) quitte le centre de Londres pour rentrer chez elle, dans la banlieue: elle vient d'acheter un chapeau d'une grande frivolité, et ne peut s'empêcher de se sentir coupable vis-à-vis de son mari (Walter Pidgeon)... En chemin elle rencontre trois personnes qui vont souvent réapparaître: d'abord, le vicaire (Henry Wilcoxon) qui prend le même train qu'elle et la rassure sur sa frivolité; puis la redoutable Lady Beldon (Dame May Whitty) qui partage leur compartiment et qui se comporte comme elle sait si bien le faire, en aristocrate hautaine et conservatrice... Enfin, en sortant du train, elle croise M. Ballard (Henry Travers), un employé des chemins de fer qui a dédié sa vie à la création de roses. Il est impatient de lui montrer son dernier spécimen, qu'il a baptisé Mrs Miniver... En arrivant chez elle, Kay qui s'inquiète tant de son achat inconsidéré ne sait pas que son mari, lui, a quasiment acheté une nouvelle voiture!

En apparence il ne se passe quasiment rien, et pourtant on ne peut plus détacher ses yeux de l'écran. Greer Garson, d'une part, interprète avec une incroyable grâce et une puissance phénoménale son personnage de femme au foyer d'âge moyen, profondément humaine et Britannique jusqu'au bout des ongles... Et le script, structuré avec intelligence, oscillera en permanence entre le frivole (les réunions de famille, les occasions sociales, le quartier, les querelles culturelles pour savoir qui, du prolétaire Ballard ou de l'aristocrate Lady Beldon, a cultivé la plus belle rose) et le grave: la guerre qui menace, les enfants qui partent au combat, les avions qui bombardent, et le nazi caché dans le jardin...

Chaque événement mène à un autre, et le léger annonce souvent le grave, justement... Mais au milieu de tout ça, dans une mise en scène d'une rigueur diabolique, et avec un sens du détail qui emporte tout sur son passage, Wyler assène un message nécessaire: oui, c'est certainement de la propagande de dire que quand la barbarie menace, il faut combattre avec toute la décence et la force possibles... Mais c'était en 1942 nécessaire, et je ne vois pas pourquoi ce ne le serait pas encore aujourd'hui! le film est prenant, disais-je, et souvent marqué par une maestria quant à la représentation des émotions. Un aspect important du cinéma de Wyler, qui signerait quelques années plus tard The best years of our lives, un film d'après-guerre tout aussi majeur que celui-ci, et qui allait, lui aussi rafler l'Oscar du meilleur film.

Et c'est amplement mérité, pour le personnage de Mrs Miniver, pour l'humanisme profond du film et de ses personnages, pour le regard touchant sur l'absurdité cruelle d'un conflit qui tend à laisse les plus âgés vivant pour pleurer les plus jeunes, et sur ces moments de félicité qui sont gâchés par l'intrusion d'un soldat ennemi blessé. On lui donne à manger, à boire, mais le nazi ne pourra pas se priver de prévenir, avant d'être emmené par la police, que d'autres viendront. Ce ne sont pas les Allemands qui sont ainsi montrés u doigt, mais le nazisme, et cette prétention à rayer du monde un pays démocratique, où à la fin, le prolétaire reçoit justement un trophée des mains de l'aristo, le jeune soldat intellectuel soutient de son bras la vieille dame conservatrice, et les amis et voisins se mettent en quatre pour assurer un avenir décent aux enfants, entre eux raids aériens... De scène en scène, un film admirable,direct et sans second degré aucun, qui mérite d'être pris en pleine poire...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler