
Leonard est un vieux routier du cinéma, déjà, quand il doit affronter le parlant. Apparemment, ça ne lui a pas posé tant de problèmes que ça, si ce n'est qu'il lui a fallu refaire son dernier muet (Marianne, avec Marion Davies) en opérette... Durant le muet, on l'a beaucoup connu en réalisateur prioritaire de Mae Murray, dont il était l'époux. A la MGM, il a beaucoup travaillé avec Norma Shearer, et certains parmi les films qu'il a réalisé avec elle sont probablement parmi les plus convaincants de son oeuvre...
Jerry (Norma Shearer) et Ted (Chester Morris), deux jeunes gens de la meilleure société, qui se fréquentent depuis quelques temps, sont tellement impossibles à séparer qu'ils décident de ne faire qu'un, et se marient, un peu précipitamment. Le groupe d'amis continue à se voir, et trois années plus tard, c'est chez Ted et Jerry qu'ils viennent annoncer un futur mariage... Sauf que parmi les amis, une inconnue semble gêner Ted: c'est ce soir-là, pour leur troisième anniversaire de mariage, que Jerry apprend de Ted (qui doit partir pour une semaine travailler loin de chez eux) qu'il l'a trompée. Mais comme il le dit lui-même: "ce n'est pas grave, ça ne veut rien dire...".
La jeune femme le prend au mot et décide de le tromper avec un de ses amis... Quand il l'apprend, Ted ne peut se résoudre à l'accepter, et le divorce est vite inéluctable... Une fois définitivement séparée de son mari, Jerry décide de se comporter comme un homme et de collectionner les conquêtes masculines...

The Divorcee est probablement une mission délicate confiée à Shearer et Leonard: toucher au plus près d'un sujet sensible, tout en faisant semblant de prêcher l'apaisement des sens et le conservatisme familial! Tout en restant quand même une comédie, le film est une charge provocante, dans laquelle l'actrice occupe toute la place: le génie de l'interprète, ici, annonce sa mémorable performance (sur un sujet assez proche, au départ) dans The women de George Cukor!
La leçon du film tourne autour de l'attitude des hommes et des femmes face à l'adultère, d'une part, mais en filigrane le film égratigne aussi une vision particulièrement conservatrice du sentiment de supériorité affiché par certains hommes. Et surtout, au grand effroi de Louis B. Mayer j'imagine même si le vieux brigand devait au moins se réjouir de l'effet médiatique inévitable, il permet à Norma Shearer de passer assez allègrement d'un homme à l'autre, toutes griffes et toutes lèvres dehors... Leonard reste assez fermement dans la comédie, plutôt bien servi par une troupe de comédiens, dont certains nous sont déjà connus (Shearer et Conrad Nagel, bien sûr) et d'autres viennent de faire leur apparition (Robert Montgomery à l'aube d'une belle carrière et Chester Morris qu'on reverra deux trois fois à la MGM). Le vétéran s'octroie une ouverture intéressante, via un plan séquence d'une maison de vacances où la bande de jeunes gens prend du bon temps, puis impose un rythme assez rapide pour le dialogue, qui permet en particulier à Norma Shearer de rester très naturelle dans le film.
Il se permet aussi une embardée vers le drame, en développant deux personnages: Paul (Conrad Nagel), amoureux éconduit de Jerry au début, va sa saouler et entraîner un accident de voiture dans lequel sa petite amie Dorothy (Helen Johnson) sera défigurée... Il l'épousera, mais leur destin particulier, et le sacrifice de Paul, inspirera à Jerry de revoir sa fuite en avant vers la fin du film...
Certes, le bon goût familial triomphe à la fin, mais le film reste assez osé pour cette usine à barbe à papa que savait trop souvent être la MGM! Et c'est une bonne surprise, qui vaut bien mieux que la réputation (souvent justifiée) de réalisateur impersonnel de Robert Z. Leonard...
