
Victor Meynard (Jean Rochefort) est un tueur, un vrai, de la vieille école. On le contacte anonymement, on paye (cher, très cher) et il fait le boulot, proprement, simplement, et sans faille depuis quarante ans. Un pro, quoi... Jusqu'au jour où lors de l'exécution d'un contrat, il rencontre Antoine (Guillaume Depardieu): le jeune homme a été témoin de l'exécution, et se tient prêt à se défendre, un couteau de cuisine à la main... Pris de tendresse, Victor lui explique comment tenir l'arme et de fil en aiguille va lui proposer de devenir son assistant et apprenti...
Lors de leur première mission commune, pourtant, tout va aller mal: la cible est Renée (Marie Trintignant), une jeune femme qui a escroqué un malfaisant rancunier. Mais tout se passe mal, et Victor se rend compte qu'il ne parvient pas à la tuer. Du coup, le tueur et sa potentielle victime, qui font tous les deux l'objet d'un contrat, flanqués de l'assistant, se retrouvent en situation de cavale. Renée ne sait pas qu'elle était la cible de Victor, et elle commence à développer une vraie affection pour ce personnage un peu froid et d'une maniaquerie à toute épreuve...
Cohabitation, caractères opposés, situation de danger, et suspense: les qualités fédératrices pour le public ne manquent pas dans cette comédie de précision, où Pierre Salvadori établit son style rigoureux. Il y remue ses thèmes de prédilection, les situations qui inversent la morale (un tueur et une voleuse, et on les aime!), qui confrontent les gens à leur pire contraire (un maniaque et une iconoclaste), et réussit un mélange étonnant d'absurde, de comédie sentimentale et d'humour noir. Cette façon que le metteur en scène a de se reposer sur l'étonnante subtilité de Rochefort (capable d'un huitième de sourire de faire passer la plus infinie des tendresses) et de l'opposer à l'autre subtilité, celle de Marie Trintignant qui sait passer sans aucune difficulté d'une grande dose de cynisme à l'expression d'un mal-être touchant. Un grand cinéaste, des grands acteurs, aujourd'hui tous les deux partis... Depardieu, et c'est à porter au crédit de Salvadori, est lui aussi excellent.

