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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 08:55

Santi (Vincent Elbaz) est un commissaire exemplaire, mort en héros, et qui laisse derrière lui deux personnes bien tristes: son épouse, elle-même lieutenant de police, Yvonne (Adèle Haenel) et son fils Théo, qui gère le deuil comme il peut, en particulier en demandant chaque soir avant de s'endormir un récit héroïque des activités de son papa: Yvonne s'exécute de bonne grâce... Jusqu'au jour où elle apprend que le flic exemplaire était un policier corrompu au dernier degré, et qui avait en particulier monté une escroquerie à l'assurance avec une bijouterie locale dans laquelle on avait fait porter le chapeau d'un casse fictif à un pauvre type totalement innocent...

Yvonne décide donc de s'intéresser, malgré les conseils de son collègue Louis (Damien Bonnard) qui en pince pour elle depuis toujours, à la vie d'Antoine Parent (Pio Marmaï), victime des manigances de son mari, et qui justement sort de prison après huit années pour rien... Et ça ne va pas être de tout repos, car l'innocent a vraiment envie de trouver a posteriori des raisons d'avoir passé huit ans au trou!

On avait quitté Salvadori sur Dans la cour, un film douloureux qui faisait glisser inexorablement la comédie grinçante vers le drame; c'est le contraire qui se passe ici, et dès le début: le drame du deuil, par exemple, est traité avec énormément d'humour à travers l'improbable équipée légendaire du commissaire Santi, racontée avec des variations par Yvonne, et illustrée en images. Selon l'humeur du moment, elle ajoute des éléments pour charger feu son mari, ou atténuer le choc à venir de la révélation à faire à son fils qui idolâtre son père! Et retrouvant les accents de Cible émouvante, Les apprentis ou Comme elle respire, Pierre Salvadori va lancer dans les bras l'un de l'autre, les deux héros, improbables alliés dans une quête presque identitaire qu'ils ne comprennent pas bien ni l'un ni l'autre... Mais dans la franche hilarité quand même!

On pourra en particulier apprécier un running gag qui aurait pu être plus que douteux avec ce petit monsieur qui vient confesser un crime abominable à un policier distrait qui ne l'écoute pas, et lui conseille de "voir ça lundi, là j'ai pas le temps" alors que l'autre vient de lui avouer qu'il avait tué sa tante, l'avait entièrement démembrée, puis mangé ses yeux (...allusion?), preuve à l'appui puisqu'il a des sacs en plastique avec lui: "quand on ouvre, ça sent un peu fort"... Il y a aussi l'interrogatoire collectif d'une série de braves gens en cuir (merci, mon père, ce sera tout) après le raid d'un tripot sado-maso clandestin qui donnera son lot de rigolade.

Du coup, le malaise et la mélancolie propre à tous ses films passent d'autant mieux. Ici, c'est sans doute Audrey Tautou, en épouse dépassée par les événements d'un brave type qui a fait de la prison pour rien et en est sorti complètement transformé, qui permet à cette gravité d'être présente... Tout en favorisant la comédie, notamment une scène dans un taxi, avec une conversation dans laquelle elle accuse son mari d'être un psychopathe, est entièrement vue par les yeux de plus en plus en plus paniqués du chauffeur qui les véhicule, une scène purement Lubitschienne. Ce petit film à la poésie décalée, et essentiellement cinématographique (puisque tout le monde ment pour protéger les autres) a un plus d'un tour dans son sac...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori