
C'est le grand ménage chez Blanche (Sandrine Dumas), la bien nommée: elle astique, brique, frotte et nettoie, avec un tel soin qu'il ne nous faut pas longtemps pour comprendre qu'elle en est même malade. Sauf que Colette (Blandine Pelissier), son amie, a décidé de débarquer chez elle pour exposer son mal-être: pendant que l'une raconte ses malheurs (angoisses nocturnes, dégoût physique et penchants suicidaires) l'autre laisse libre cours à son obsession ménagère: essuyer les traces de boue laissées par les chaussures de la copine, observer avec attention la cendre au bout de sa cigarette qui menace de tomber, etc... Et quand le choix est entre intervenir pour empêcher Colette de se jeter dans le vide et nettoyer du café renversé, qui eut cru que ce puisse être un dilemme?
Salvadori fait ses gammes et s'amuse: dès le départ, il inscrit le titre de son court métrage sur une moquette, et l'aspirateur manuel a tôt fait de le faire disparaître. et les deux premières minutes sont un exposé de la maniaquerie de Blanche, à travers l'efficacité géométrique dont elle fait preuve en nettoyant chez elle. Le metteur en scène profite de tourner dans un appartement pour filmer au plus près, et nous prend au piège: tout en désapprouvant son manque total d'empathie (tout ce qu'elle souhaite c'est que sa copine cesse de tout salir chez elle), nous adoptons néanmoins son point de vue, et la comédie naît de l'anticipation, puisque nous pensons comme elle...
Ses plans bien rangés, le jeu d'actrices en oppositions (froide et distanciée, obsédée par le détail pour Blanche, expansif, les yeux dans le vide et en roue libre pour Colette) est la cerise sur le gâteau. Des maniaques, il y en aura d'autres chez Salvadori. Des confrontations burlesques entre deux univers irréconciliables mais qui trouvent leur complémentarité dans la comédie, aussi...