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16 août 2026 7 16 /08 /août /2026 14:05

Le deuxième film de Lang avec Edward G. Robinson (qu'il a produit lui-même) est un remake de La Chienne de Renoir, d'après le roman et la pièce du même nom de Georges de La Fouchardière. Lang a soutenu s'être d'abord inspiré du roman, mais un je-ne-sais-quoi de l'ironie vacharde du film de 1931 est plus que palpable dans ce film inégal... Sous des dehors de film noir, on est à la lisière de la comédie...

Christopher Cross (Robinson), un petit homme mal marié, sans histoire, a un jardin secret: il peint. Il peint avec passion, mais son épouse, une infecte mégère qui a perdu son premier mari et qui se plaint tout le temps, est la première à lui dire qu'il n'a aucun talent... Et le lui dit tous les jours. Un jour, après une célébration bien arrosée au bureau, Chris sauve une femme (Joan Bennett) des griffes d'une brute (Dan Duryea). Ils sympathisent, et Chris est instantanément tombé amoureux. Mais Kitty, elle, voit tout de suite le parti qu'elle et son petit ami John (la grosse brute) peuvent tirer... Car elle s'imagine que Chris est peintre, un de ces peintres qui vendent leurs oeuvres plusieurs dizaines de milliers de dollars!

Contrairement à The Woman in the window, ici pas de rêve, juste le tapis de la réalité qui se dérobe sous les pas d'un homme auquel rien, mais alors, rien d'intéressant, n'aurait jamais du arriver. Une spirale délirante de malchance et d'un destin ironique, qui n'en finit pas de hanter le pauvre homme: son talent de peintre sera reconnu, mais ce sera sous le nom d'un(e) autre. Il pourra retrouver le célibat, mais ce sera pour découvrir que sa maîtresse le trompe... Il en viendra à souhaiter tuer sa femme, mais ce sera une autre qui tombera sous les coups. Ironie suprême, quand il voudra se livrer à la police, on ne le croira même pas! Bref: un minable... Un rôle en or pour un immense acteur en vérité, mais quelle noirceur... D'ailleurs, de son nom ("Criss-cross", c'est l'échange, celui entre le sage et ennuyeux Christopher et un homme de la nuit, qui rencontre des femmes et se mèle à la pègre!) au cadrage quand il verra Kitty la première fois (et l'absence de dialogues de la scène en renforce l'aspect cinématographique), tout autour de Chris renforce l'idée d'irréalité...

Lang est en terrain connu avec les mêmes acteurs et le même chef-opérateur que le film précédent, et il va y retrouver son sens du cadre, ainsi qu'une tendance géniale à utiliser les portes et fenêtres, et vitrines. D'ailleurs, une scène-clé, ironiquement, cite The woman in the window, quand Robinson voit dans une vitrine qu'on déménage un tableau de Joan Bennett... que son personnage, cette fois, est supposé avoir peint. Dans cette équipée sordide et nocturne, le cinéaste adopte un ton parfois distancié, à la limite du cynisme, et ça ne lui ressemble pas beauoup... 

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir