
Miles Kendig (Walter Matthau) est un vieux routard de la CIA, le genre efficace et sans complexes... Un pur, aussi, qui accomplit les missions, mais ne s'occupe pas de politique. Mais un jour, un supérieur vient lui chercher des ennuis pour une initiative qu'il n'a pas pris, et Miles décide, sur le champ, de donner sa démission... Mais il ne va pas s'arrêter là, et donne à l'arrêt de sa carrière un tournant spectaculaire, corrosif, explosif et souvent très rigolo...
Hopscotch, c'est la marelle, et c'est donc un jeu: c'est exactement ce que va faire Miles Kendig, un jeu dans lequel il va exposer avec une certaine maestria la bêtise de celui qui l'a disgracié... Et il va effectivement, durant tout le film et en ne comptant que sur la distante complicité d'une petite amie (Glenda Jackson) qui elle aussi a quitté le sérail, s'amuser avec ses anciens petits camarades, en écrivant puis en rendant publiques les pages incendiaires de ses mémoires, qui sont comme on l'imagine rudement compromettantes pour l'agence Américaine...
Donc, Walter Matthau en vieil espion malicieux, forcément ça donne envie. Qu'il se livre en prime à un jeu de massacre dans lequel personne ne meurt et qui est guidé par sa seule espièglerie, ça donne au film un angle intéressant... Et au final, la mise en scène de Ronald Neame, bien évidemment assujettie d'une part aux caprices élaborés de sa star, et aux mésaventures des pauvres victimes de son humour, est d'une grande précision, d'un rythme remarquablement soutenu, et toute en rimes savamment orchestrées d'une scène à l'autre. Et au-delà du plaisir qu'il procure, ce film me paraît être une parfaite introduction aux "valeurs" des années 80, dont le très méprisable Myerson (Ned Beatty), la principale cible de Kendig, est de toute évidence l'incarnation ultime: conservatisme, technocratie hautaine, inculture et petitesse.

