
Johnny Guitar est un film réalisé par un metteur en scène encore jeune, mais déjà passablement démoli... Un routier du film noir, qui a des choses à dire, notamment sur les gens qui vivent en marge, son thème de prédilection, mais qui végète dans des productions de genre, pour des compagnies qui ne le méritent pas toujours. C'est le cas de ce film, pour lequel j'avoue un embarras conséquent: je l'ai trouvé d'un insupportable ennui... Pourtant j'aime Ray, j'aime le western, et j'aime Crawford. Quoique...
Cette dernière est le centre du film, son saloon st l'endroit où tout le drame du film se centralise, et on est supposé adhérer u charisme de l'actrice, qui joue cette pasionaria du féminisme westernien, un sujet certes relativement peu banal. Elle y abrite les hors-la-loi, les vrais, mais aussi les authentiques parias, rejetés par principe. Et elle gêne et s'oppose à une autre femme, Emma, une jeune veuve qui a décidé que Vienna (Joan Crawford) et sa "bande" étaient à l'origine de son malheur, et prie la ville de la suivre dans son délire.
C'est donc un western baroque, donc on devrait être content, mais voilà: le baroque y devient mécanique, et les monteurs de la Republic étaient-ils endormis? En tout cas le rythme est lui aussi très peu vivant, tout donne l'impression de tourner à vide. Les héros jouent leurs rôles, mais sans conviction: Sterling Hayden est lui-même, sans plus. Il y a bien quelques bonnes idées (le posse qui se forme, à l'issue d'un enterrement, est constitué uniquement de gens en habit de deuil, la confrontation finale se joue entre deux femmes, etc), et il y a un thème insistant, celui du rejet d'une catégorie par la majorité, qui résonne finalement comme une satire au vitriol de la société MacCarthyste. Mais c'est bien peu, pour un western qui est dominé par la figure tutélaire d'une actrice qui a décidé que le monde lui appartenait. Après près de trente années de carrière, Crawford a des heures de vol, et... je n'ai pas envie de la suivre.