
Oui, Taylor, n'est pas que le protagoniste d'un des mystères judiciaires les plus insistants qui soient (cherchez, et vous trouverez tout ce qu'il y a à savoir sur cette sombre histoire jamais résolue): c'est aussi un cinéaste des années 10, dont bien sûr nous n'avons que peu de films (il n'est ni Griffith, ni DeMille, et les films de cette période ont massivement disparu), mais il y en a.
Ben Blair est un film Pallas, une filiale de Paramount à laquelle Julia Crawford Ivers a beaucoup collaboré. Comme The Call of the Cumberlands, c'est un véhicule pour l'acteur Dustin Farnum et sa partenaire Winnifred Kingston. C'est très proche du western, sans être à 100% identifiable au genre: dans une famille très riche, le fils doit se rendre dans l'Ouest avec sa femme et sa fille, car il est malade et la grande ville ne lui sied plus; arrivé dans l'Ouest, il se sent mieux, et la petite commence à vivre au milieu de la nature... avec un ami, Ben Blair, à l'histoire plus que rocambolesque: sa mère enceinte de lui, a fui son mari en compagnie d'un moins que rien. Une fois la mère décédée et l'amant parti, Ben a été recueilli par son vrai père. Devenus adultes, les deux amis ont une vision différente des choses: Ben (Dustin Farnum) est amoureux, et Florence (Winnifred Kingston) souhaite retourner avec sa mère à New York pour vivre une vie moderne...
Beaucoup de choses, en fait: d'une part, le film accumule les péripéties, et le script de Julia Crawford Ivers complique le mélodrame avec adresse, permettant à Farnum de faire la totale: un homme, un vrai, mais un amoureux transi... Un sentimental, mais qui a une mère à venger... Et enfin, un homme de bon sens, qui oppose sa morale infaillible à un Est corrompu rempli de menteurs... C'est profondément distrayant, et Taylor passe son temps à surprendre. Son sens du cadre et du rythme est impeccable, et sa direction d'acteurs est splendide.
