
A l'origine du film, une pièce de théâtre, l'une de ces nombreuses oeuvres mises en avant par les réformateurs, groupes de tempérance et autres associations religieuses: un peu à la façon du célèbre Uncle Tom's Cabin. Mais en pleine prohibition, cette intrigue anti-alcoolique aurait du perdre son attrait. Le truc employé dans le film pour réactualiser, a été de placer l'histoire dans un flash-back, entre l'arrivée d'un dandy citadin en pleine campagne (on comprendra qu'il est un bootlegger), qui se plaint du calme de la communauté, et les souvenirs d'un protagoniste local, qui lui raconte comment le village est devenu un paradis raisonnable, après avoir été un enfer...
L'intrigue tourne donc autour de Joe Morgan , un brave homme dépossédé de son entreprise par l'alliance entre quelques notables et des hommes corrompus. Morgan passe son temps à boire, et symbolise à lui seul la déchéance programmée de toute la communauté. Il leur faudra un électrochoc, à savoir la mort d'une petite fille lors d'une bagarre entre deux hommes ivres, pour que la situation change...
On va assez loin, jusqu'à la lutte à mort entre deux hommes, et même jusqu'à l'incendie volontaire du saloon par les citoyens révoltés... Le film est une petite production indépendante par les Colored players of Philadelphia, un groupe d'acteurs qui a tenté de lancer une production de films Afro-Américains non militants, et sous la responsabilité d'entrepreneurs établis. Ca a été un échec, puisque la compagnie a du jeter l'éponge après seulement quatre films, dont celui-ci est le deuxième. Mais c'est assez soigné, avec des acteurs capables, dont Charles Gilpin, qui joue le rôle principal, et qui était une sommité du théâtre Afro-Américain, ou encore Lawrence Chenault, qui jouait souvent pour Oscar Micheaux. Une autre version de la pièce, 100% blanche celle-ci, sera produite en 1931. Il faut croire que la prohibition n'était pas des plus efficaces...

