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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 08:23

Comme une parenthèse dans l'oeuvre sombre de Julien Duvivier, Allo Berlin ici Paris appartient à la période que Michel Chion, historien spécialiste des questions du son, a baptisé l'interrègne: on est plus dans le muet mais pas encore dans le parlant, et les films qui sortent posent la question de la dimension internationale du cinéma: comment continuer à considérer un film comme visible et donc audible par tous, alors que deux nations ne parlent pas la même langue. Parmi les réponses apportées à l'époque, il y avait la raréfaction des dialogues (Dont Vampyr, voire M de Lang, sont d'excellents exemples), les versions multiples, coûteuses mais qui maintenaient une économie mondiale du cinéma, les sous-titres qui faisaient une apparition timide, et... la méthode prônée par ce film: si le problème du jeune cinéma parlant est basée sur la communication entre les pays, alors autant en faire le sujet du film! Pabst dans Kameradschaft (La tragédie de la mine,1930) faisait de même...

Nous suivons les aventures de Lily (Josette Day), une jeune standardiste qui communique beaucoup avec Erich (Wolfgang Klein), un collègue à distance: elle est préposée aux liaisons Paris-Berlin, et lui, en Allemagne, aux liaisons Berlin-Paris. Ils sont décidés à se voir (leur première vraie rencontre!), et la date approche, mais leurs supérieurs respectifs les forcent à cesser leur communication. Deux collègues indélicats se mêlent de leurs histoires, et Lily donne rendez-vous sans le savoir à Max (Karl Stepanek), un collègue d'Erich, alors que ce dernier donne rendez-vous à Annette (Germaine Aussey), une autre standardiste aux manières nettement moins dignes que sa copine... L'un et l'autre vont semer la pagaille dans le couple naissant.

On voit bien que dans son scénario, Duvivier a tout fait pour souligner deux risques bien établis de la communication internationale: la facilité liée aux sentiments, car Erich et Lily parlent d'une seule voix, et se comprennent toujours, et la difficulté qui apparaît dès que les intentions sont cachées. De manière intéressante, la co-production permet de montrer la vie possible entre les deux éternelles nations ennemies que sont la France et l'Allemagne, deux ans avant le nazisme; ce n'était pas un voeu pieux tant les cinématographies des deux pays marchaient effectivement main dans la main, ce qui allait d'ailleurs se prolonger un temps. Le ton est à la comédie et le montage serré marche complètement avec la gentille absurdité qui se dégage de ces aventures trans-rhénanes. Ca tourne même au grand n'importe quoi avec un congrès idiot de représentants d'une nation inconnue et inventée pour les besoins de la cause...

Duvivier étant ce qu'il est, il a quand même évité d'ouvrir toute grande la porte des sentiments et du bonheur: si Erich et Lily ont droit à un avenir qu'on imagine sans nuages, il leur faudra du temps et les manoeuvres pas très catholiques d'un certain nombre de personnages avant de vraiment se retrouver. L'amour est possible, mais l'amitié, la morale même, en prennent un peu pour leur grade! Avec son univers si distinctif, par contre, ce film ne pouvait être qu'une expérience sans lendemain, mais un film bien attachant du metteur en scène, qui persiste et signe dans ce qu'il considère comme SON film: une lettre aperçue à l'écran situe une adresse Rue Duvivier, et un chanteur dans un cabaret entonne une chanson dont on précise que les paroles sont 'de M. Julien Duvivier'.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Julien Duvivier