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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 18:33

Pour une fois, le titre français de ce film a du sens: d'abord, il particulièrement explicite, et ensuite, c'est un film Allemand, certes, mais dont la bande-son est parfaitement partagée entre langues française et allemande. Et pour cause: situé sur la frontière, Kameradschaft nous raconte comment une mine exploitée à la fois en Allemagne et en France, mais chacun chez soi, est l'objet d'un acte de fraternité sans précédent par les deux camps si souvent ennemis...

Dans un premier temps, nous assistons à des anecdotes situées entre les deux pays: le refus des douaniers français de laisser passer des travailleurs journaliers allemands; les enfants des deux pays qui jouent sur la frontière et se chamaillent; les allemands qui viennent passer du bon temps de l'autre côté mais qui prennent une maladresse pour une provocation... Et quand le désastre, un incendie qui tout à coup rencontre une poche de gaz, a lieu, bien des allemands se réjouissent: il n'y a pas de contact entre leur côté de la mine et l'autre.

C'est un mineur Allemand, qui est de l'équipe de secours, qui va alerter ses camarades (d'où le titre) sur la nécessité d'intervenir. "Un mineur, c'est un mineur", dit-il... Au début ils sont une poignée, et bientôt, deux camions plein à craquer embarquent des sauveteurs prêts à tout pour limiter les dégâts...

C'est inspiré vaguement d'un authentique incident, mais qui n'était pas sur la frontière: à Courrières en 1906, des secours avaient du venir de Westphalie, mais trop tard car les autorités françaises avaient un peu trop tergiversé devant le lourd symbole de faire appel à l'ennemi héréditaire. C'est ce nationalisme même (je rappelle que le nationalisme, c'est cette fallacieuse impression chez l'imbécile moyen que son pays minable est meilleur que les autres pays minables sis alentour) qui est la cible d'un film dont le titre allemand, lui aussi, est on ne peut plus expressif: car ce que cherche à démontrer Pabst, c'est la fraternité, et pas n'importe laquelle: ouvrière.

Ce sont des idées généreuses, et en particulier celle d'une fraternité qui abolit les frontières et les vieilles rancunes. Un épisode est d'ailleurs notable, pour ce qu'il nous rappelle du destin des deux pays: voyant arriver devant lui un sauveteur masqué, un ancien poilu se voit retourner dans les tranchées et ne se laisse pas secourir. La proximité avec Westfront 1918 sorti l'année d'avant est d'autant plus forte qu'on croirait presque que Pabst a pris des chutes du film pour cette séquence forte. Sinon, le film est sorti des deux côtés de la frontière, sans sous-titres, ce qui est impensable aujourd'hui. Mais pour le cinéaste, le fait que le public d'un pays ou de l'autre allait ne pas forcément comprendre la moitié de ce qui se disait, faisait sens. Et d'ailleurs, le film reste un film, et un film c'est de l'image, pas du texte. Le regarder ainsi (je ne peux absolument pas me vanter de connaître l'Allemand, hélas) est une expérience fascinante. 

C'est pour moi le dernier chef d'oeuvre de Pabst qui va s'éparpiller avant de se trahir. C'est sans doute, aussi, celui qui est le plus abouti dans l'énonciation idéologique d'une nécessité. Une nécessité, comme chacun sait, qui sera vouée à l'échec... Pabst devait s'en douter, lui qui nous montre à la fin les autorités des deux pays réunis une dernière fois... pour reconstruire la frontière située au plus profond de la mine.

 

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Published by François Massarelli - dans Georg Wilhelm Pabst