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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 08:21

Pas difficile, pas besoin de gratter bien loin, pour soulever l'ironie derrière le drame. Le drame est un drame de la bêtise, même si au départ on croit à une tragédie: un homme, sonné mais digne, se rend au poste de police pour confesser un assassinat, puis il raconte... C'est Bourvil.

Digression: on oublie souvent que le grand comédien est d'abord et avant tout un acteur, avec une prédilection pour jouer les crapules, ce qu'il savait fort bien faire! ...Mais reprenons:

Il raconte comment lui, Pierre Tardivet, professeur de calcul dans un collège du centre Parisien, fonctionnaire exemplaire mais pas zélé, a constaté le vide de sa vie et a souhaité se marier. Mais qui voudrait de sa bobine? Le bonhomme étant maniaque, il a mis une annonce dans un journal et a sélectionné les candidates.

C'est avec les parents d'une jeune femme, Marie-Josée Vozange (Michèle Morgan) qu'il va faire affaire: elle est intelligente, douce, rêveuse et elle aime la musique; elle est aussi affligée d'un défaut qui se voit comme, justement, le nez au milieu de la figure: elle se trouve laide à cause de son nez, qui est, il est vrai, proéminent. Mais elle est aussi fière, et ses parents veulent qu'elle ignore que Pierre Tardivet les a connus par annonce. Il faut donc provoquer la rencontre, elle aura donc lieu dans un magasin de musique où elle travaille (elle aime la musique, et s'y connaît): il serait un client qui lui demande la Xe symphonie de Beethoven; elle adore Beethoven. Il dit que lui aussi.

A partir de là tout s'enchaîne: il fait officiellement sa connaissance, la courtise, et comme les prétendants ne se bousculent pas elle finit par accepter; il faut dire que sa soeur a marié le seul homme qu'elle ait jamais aimé, donc à quoi bon? Ils vont en voyage de noces à Venise, et ils vivent dans un petit pavillon de banlieue, avec la maman de Pierre et ils vont avoir deux enfants: Pierre est content. Si on lui demande si sa femme est contente, il répondra: "ben oui, elle a tout ce qu'il faut: un mari, deux enfants, une cuisinière et une machine à laver..."

Premier signe que tout ne tourne pas rond, il a raccourci son annonce, enlevant la demande "physique moyen", parce que sinon c'était trop cher; deuxième signe, une fois reçues les demandes, il a au vu des photos éliminé toutes les jeunes femmes qui étaient belles: trop d'ennuis en perspective. Puis le mensonge assumé avec les parents, la façon dont il a modifié son caractère pour la séduire... Lui qui n'aime pas la musique, qui n'y connaît rien, a prétendu partager la passion de la jeune femme... Enfin, le voyage de noces à Venise va être de la part du jeune marié un festival de mesquinerie, qui rivalise en médiocrité avec le comportement franchouillard d'un couple de coiffeurs installés dans la ville Italienne, et interprétés par Julien Carette et Georgette Anys...

Une fois marié, le mesquin va devenir de plus en plus râleur, de plus en plus étouffant, de plus en plus étouffé aussi par sa propre mère qui est, ce n'est pas rien, une abominable mégère... Bref: Marie-Josée est tombée dans un piège abominable.

Je disais que Pierre était mesquin: il faut l'être, car quand il s'achète un véhicule, sa première voiture, il décide de faire une folie: une Deux-chevaux... Qu'il présente comme si c'était le rêve de sa vie. C'est avec ce véhicule qu'il aura un accident, causé par une grosse cylindrée, celle d'un chirurgien (Gérard Oury) qui passait par là, et assumant toute la faute, celui-ci va prendre en charge l'accidenté désagréable, et le requinquer. Il va aussi voir Mme Tardivet, et constater qu'elle a du relief: ça tombe bien, il est chirurgien esthétique...

On commence enfin à comprendre pourquoi Cayatte a pris Michèle Morgan, qui a du pendant la moitié du film porter un nez postiche, d'ailleurs c'est de l'excellent travail, car on y croirait... C'est là que le film s'enfonce encore plus dans la noirceur, car Pierre veut garder son épouse telle qu'elle est, à son image à lui en quelque sorte, et Marie-Josée comprend enfin qu'elle n'est pas soumise à une fatalité. C'est le bon docteur Bosc qui va faire office de bonne fée, grâce à cet accident. La vie des deux époux va changer radicalement, et la saloperie de l'un va éclater au grand jour...

Le film se présente comme un film noir au vitriol, avant de privilégier une étude de moeurs ironique et tout aussi noire, d'ailleurs, mais le film entier semble tenir à un état de fait: il y a des moches et des belles. Moche, pouah, belle, formidable, et donc d'une certaine façon Bourvil incarne un type qui ne tourne pas rond, car il veut lui que sa femme soit moche... Ainsi il peut ne pas la désirer, la garder auprès de lui, assujettie. Donc si le film marche bien en terme de symbolique, il possède quand même un défaut certain, assumant une sorte de conservatisme machiste, qu'il prétend dénoncer...

C'est un défaut, dans un film qui globalement reste enthousiasmant par ses audaces; autant d'outrages aux bonnes moeurs, qui sont souvent des révélateurs des psychologies des uns et des autres: l'abominable belle-mère (Sylvie); la médiocrité des coiffeurs Parisiens qui se plaignent d'être installés à Venise; et puis le professeur, mesquin, rabougri, petit, qui se réfugie dans l'alcoolisme (et pas du luxe, hein, il boit l'eau-de-vie des cerises) à la première occasion, et qui traite sa femme en étrangère, au point de vouloir la violer dans une scène effrayante...

Ben oui, effrayante: Bourvil qui viole Michèle Morgan!!

Un autre défaut qui m'apparaît ici, c'est bien sûr qu'il y a deux camps, en fait dans le film: Bourvil et les médiocres, d'un côté, et les autres, notamment Gérard le beau frère que Marie-Josée a laissé filer. Quand elle devient belle, il revient... Encore une fois, la mochophobie. 

C'est pourquoi j'affirme ici haut et fort: certes, elle a un nez qui rend les écrans 3D nécessaires... Mais Marie-Josée d'avant son opération n'est PAS laide. Elle se trouve laide, c'est tout. Michèle Morgan au naturel non plus ne l'est pas.

C'est juste que Pierre, comme le lui dit d'ailleurs Bosc (qui n'est pas rose lui non plus, d'ailleurs il se tape ses clientes une fois qu'il les a remises en ordre), Pierre est un pauvre con. Un vrai. Un beau. Un gros.

 

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Published by François Massarelli - dans André Cayatte