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Yves Robert aime passer du coq à l'âne, même si, entendons-nous bien, pour l'heure il le fait dans le cadre de la comédie. En adaptant un roman de Jules Romains paru en 1913, il continue à alterner des projets très différents, car il fait succéder l'humour direct et bon enfant, un rien canaille, de Bébert et l'omnibus (qui peignait de rose l'atmosphère d'évocation nostalgique de La guerre des boutons), d'une expérience formelle permanente, dans laquelle montage et continuité sont bousculés en permanence...
Sept copains, unis comme les sept doigts de la main, prennent trois semaines de vacances ensemble, et cherchent les bonnes idées qui leur permettront de bousculer l'ordre établi. Vont en prendre pour leur grade, l'armée, l'église et les politiciens. Mais comment? Lors d'une soirée (forcément) arrosée, Bénin, l'un des intellectuels de la bande (entendez par là qu'il parle bien, mais fort, et plus que les autres), suggère de s'en prendre à deux villes, deux sous-préfecture du Puy-de-Dôme, qui l'ont agressé par leur présence au beau milieu d'une carte. Les uns et les autres sont mis à l'épreuve de trouver de quoi agiter ces Landerneau Auvergnats, et finalement on trouve:
un réveil imposé et matinal de la caserne à Ambert, sous la responsabilité d'un faux ministre; à Ambert toujours, un sermon haut en couleurs sur la nécessité de forniquer par un prêtre qui n'est autre que Bénin; enfin, ridiculiser la municipalité d'Issoire et son député, en inaugurant une statue de Vercingétorix qui ressemble beaucoup à Jacques Balutin à poil...
D'une part, les copains: ce sont des acteurs et non des moindres, car Yves Robert a battu le rappel, justement, de ses copains, et il a choisi comme il saura toujours le faire des gens qui sont certes dissemblables, mais ô combien compatibles dans la truculence inévitable d'un tel projet. Philippe Noiret, prié de se laisser aller, Pierre Mondy plus tordu encore, Claude Rich, qui sous ses airs d'étudiant (de Normale Sup), cache un tempérament subversif, Michel Lonsdale, Christian Marin, Jacques Balutin barbu et enfin le jeune Guy Bedos, qui est un peu à la traîne des autres. Chacun a réussi, et généralement brillamment. Mais ils ne peuvent décemment pas se passer les uns des autres dans une amitié sans sous-entendus dont les femmes sont absentes...
D'autre part, la chanson: eh bien oui, "Les copains" c'est aussi une chanson de George Brassens, bien connue du reste, dont ce film est la première apparition. C'est même une commande de Robert à Brassens, qui s'est exécuté et a donc commis une chanson qu'il ne souhaitait pas écrire... J'imagine, compte tenu du sujet de la chose, qu'il s'y est fait.
Enfin, le film: après un début en forme de chaos structurel ordonné, Yves Robert met un peu d'ordre, tout en privilégiant des transitions soudaines. Il ne participe pas à la Nouvelle Vague, il s'en inspire un peu... Mais pas trop, et son film, finalement, aura un goût de trop peu en dépit de la sympathie profonde qu'on ne peut qu'avoir pour ces sept gosses qui n'ont jamais grandi. Peut-être le sujet, adapter un livre de 1913, sagement anarchiste pour étudiants ayant grandi trop vite, était-il trop éloigné de 1964? Peut-être Yves Robert avait-il besoin de mettre un peu plus de sentiments (et moins virils) dans tout ça?
Quoi qu'il en soit, dans ce film qui n'a jamais réussi à être totalement un classique, il y a une certitude: Yves Robert est bien fait pour réaliser un grand film sur des copains, des vrais. Mais ce n'est pas celui-ci...
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