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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 09:45

L'histoire de la censure aux Etats-Unis est passionnante, en particulier en ce qui concerne le cinéma: c'est bien simple, on en ferait un film! C'est en gros ce que le documentariste Kirby Dick a souhaité faire, mais on ne s'attendait pas à ce que ça vire à l'enquête policière! 

Le système actuel d'évaluation des films est un héritage de la longue, tortueuse et fort compliquée histoire du Code, comme on l'appelait, cet ensemble de règles adoptées par les studios entre 1922 et 1934, puis érigées en dogme absolu jusqu'aux coups de boutoirs de la libération des moeurs dans les années 60. Voyant qu'on ne pouvait maintenir des règles démodées, et toujours selon eux désireux d'empêcher toute censure, les studios ont donc adopté un système d'évaluation qui leur permettait d'envoyer des signaux aux parents: un film évalué "All", par exemple, est pour tous. Un film "PG 13" indique qu'en dessous de 13 ans, un enfant aura besoin de l'accord (et donc implicitement de la présence) de ses parents pour se rendre au cinéma. Le grand débat réside, le film le montre bien, entre R et NC-17. Un film R, c'est à dire "Restricted" (restreint) est sujet à la controverse, mais un adolescent de 17 ans peut aller le voir. Mais NC-17 est en fait une descendance du fameux X, qui aux Etats-Unis ne désignait pas le porno, mais tout film qui suscitait un maximum d'objections de la part des "évaluateurs", parfois pour des raisons qu'eux-mêmes avaient les plus grandes raisons à donner... Un film NC-17 (ou X) était parfois relativement accepté culturellement dans les années 70: les derniers Pasolini, par exemple, qui y allaient un peu fort, étaient certifiés X, ce qui ne gênait pas outre mesure leur public, le plus souvent adulte. Ca a probablement gêné leur carrière, on s'en doute, mais s'ils avaient été certifiés R ou PG-13, le public serait-il massivement venus les voir? 

A l'âge de la vidéo, des écrans permanents, en revanche, la donne a changé: NC-17 est devenue la marque infamante, l'assurance que les chaînes de cinéma seront sélectives (le Sud en particulier choisira selon toute vraisemblance d'ignorer le film, par exemple), mais surtout, le film le prouve, il y a deux poids et deux mesures: bien souvent, un NC-17 est obtenu pour des raisons de représentation de la sexualité, plus que pour la violence... Et il y a plus intéressant encore: les orgasmes sont comptabilisés, la présence ou non de poils pubiens, voire les coups de reins! Ce qui donne lieu dans le film à des montages hilarants et des animations rigolotes... Mais pour finir sur cet inévitable chapitre, la censure (car c'en est bien une) est effectuée par des gens qui sont bien souvent des représentants hétérosexuels des grands studios, des parents ou des membres déclarés de deux églises (les deux seules qui ont le droit de cité dans l'association, les Catholiques et les Episcopaliens), et les films ciblés par les pires infamies représentent le plaisir féminin, cet inconnu, et bien évidemment les minorités sexuelles...

Le film se concentre ensuite beaucoup sur une enquête menée par une formidable détective privée avec sa belle-fille pour essayer de débusquer les membres secrets de cette organisation qui n'a pourtant aucune (bonne) raison d'être tentaculaire. Et ça devient comique quand le film est soumis à ce même organisme pour classification.

Il a été classé NC-17 en raison précisément du nombre de citations sous forme d'extraits des films qui avaient déjà eu cette marque infamante. Au moins, c'est logique...

 

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Published by François Massarelli - dans Documentaire