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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 18:33

Walt Kowalski (Clint Eastwood) vient de perdre son épouse, ce qui le laisse seul: seul avec le fantôme de ses relations compliquées avec ses enfants, deux garçons qui semblent pressés de placer leur père en maison de repos, et dont la progéniture lorgne déjà sur le maigre héritage: une magnifique Ford Gran Torino, bichonnée depuis 1972... Seul aussi avec son aigreur, exacerbée par la présence de nombreux étrangers d'origine Asiatique dans son quartier, lui qui est revenu plus qu'amer de la guerre de Corée. Seul aussi avec sa conscience, abîmée précisément en Corée, et qu'il cache derrière une tendance à l'agression verbale, xénophobe et sans filtre...

C'est dans ces circonstances qu'il va trouver Thao (Bee Vang) un jeune Hmong chez lui, poussé par son cousin gangster à aller voler la belle voiture qui repose dans le garage; après un petit temps, Walt va commencer à se laisser apprivoiser et se lier avec le jeune homme et sa soeur Sue, puis toute la famille... 

Héros paradoxal, Walt Kowalski est un descendant d'immigrés Polonais, qui n'oublie jamais d'installer son drapeau Américain sur le porche de sa maison. Qu'il soit ouvertement raciste ou que cette xénophobie galopante (et parfois hilarante) soit un mécanisme de défense importe finalement peu: Eastwood nous montre ici l'éveil aux autres d'un vieil homme qui a un peu oublié ce que c'était de vivre pour quelqu'un, et le moins qu'on puisse dire est qu'il va se rattraper.

Le film est touchant, fort bien équilibré, bien plus sans doute que bien des films du metteur en scène Eastwood, qui ici persiste et signe: il fait une prise, que les acteurs soient bons ou mauvais. Il est plutôt bien servi par la gaucherie occasionnelle de ses jeunes interprètes qui donnent une vérité intéressante à leurs incarnations, et se fait plaisir en opposant l'irascible Walt à une grand-mère Hmong qui est sans doute encore plus outrageusement raciste que lui. Un personnage secondaire de luxe (le coiffeur Italien qui rivalise de remarques inappropriées avec son copain Walt) est interprété par John Carroll Lynch: ces personnages secondaires font souvent le sel des films d'Eastwood, et on pourrait rappeler les interventions de luxe d'Anjelica Huston, James Woods ou encore Laura Dern... Lynch est toujours impressionnant de justesse, qu'on en juge avec ses apparitions mémorables (Fargo, Zodiac me viennent à l'esprit). C'est un rien malin aussi: ces deux hommes d'âge plus ou moins mûr qui se lancent des insultes outrageusement racistes au visage comme on dit bonjour, finissent de laisser entrer le spectateur qui aurait grincé des dents en entendant le vocabulaire du vieux Kowalski pour désigner les Hmongs (tout le lexique "Guerre du Vietnam" y passe: les "Slopes", les "Gooks", "Zipperheads"...)... Cette accumulation deviendrait presque une invitation à relativiser, car c'est sur ses actes qu'on finira par juger le vieil homme.

C'est finalement relativement soigné, dans lequel les facilités récurrentes (le style même d'Eastwood les rend absolument inévitables) sont souvent gommées avec une certaine aisance par la grâce de l'humanité du film! La pudeur de Walt Kowalski, son attitude souvent réjouissante face à la religion, tant de choses emportent l'adhésion... N'attendez cependant pas un plaidoyer humaniste à 100%, ça reste un film très marqué à droite (On prend bien soin de nous présenter les Hmongs comme des victimes du communisme Vietnamien, par exemple, comme pour justifier que Walt s'ouvre à eux), mais on ne se refait pas... Dans le monde de Clint Eastwood, il est évident que le communautarisme semble entraîner la violence, comme en témoignent les interventions de gangs et de voyous, qu'ils soient Hmongs, Mexicains ou Afro-Américains... C'est une façon de peindre la vérité, même si c'est au prix d'un raccourci.

Mais encore une fois, son ange exterminateur paradoxal est un homme qui a décidé d'expier ses fautes d'une manière tellement étonnante, qu'il en devient un héros inoubliable, pour l'un des meilleurs films de son auteur.

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood