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Invité à l'Elysée, le Roi Edward VII prend congé du président de la République Armand Fallières... Chacun dans son lit, les deux hommes vont faire le même rêve, celui de l'accomplissement en grandes pompes d'un tunnel sous la Manche qui permettrait à des trains de passer du continent à la Grande Bretagne...
Durant de nombreuses années le tunnel sous la Manche a été évoqué comme un projet éventuel dans le cadre d'une coopération entre la Grande-Bretagne et la France, afin de relier les deux pays. On date à 1750 environ la première hypothèse, donc Méliès, en imaginant deux chefs d'état qui rêvent littéralement (et ensemble, encore en plus, quelle magie) d'un tel ouvrage, ne fait pas tant figure de pionnier que ça... Mais c'est surtout à sa verve de caricaturiste (il a tâté du dessin de presse, décidément cet homme pouvait tout faire) qu'il fait appel ici, en mettant en scène le président Armand Fallières et le roi Edward VII, rêvant ensemble du Tunnel et rêvant surtout d'un accident ferroviaire conséquent!
On a donc ici une esthétique inspirée des dessins de presse, avec des effets de combinaison entre plusieurs prises de vues espacées au moyen de caches. Le fait que ce soit un rêve permet assez facilement de faire passer cette esthétique qui renvoie aussi parfois aux gravures de Gustave Doré (une influence majeure à mon avis du cinéaste), et qui tranche avec le côté presque réaliste des vues des deux vieux barbus à l'Elysée! Mais Méliès y exprime quand même plus son sens de l'absurde, et un esprit Français assez railleur, qu'une véritable méchanceté. Et cet état d'esprit, de rire d'un projet improbable, se retrouvera aussi dans l'album Astérix chez les Bretons de Goscinny et Uderzo, en 1966... Un gag qui aujourd'hui doit être compliqué à capter! Reste que durant des décennies, le film le prouve bien, ce projet était le symbole même du machin qui ne se ferait jamais...
Sauvé miraculeusement, le film est aujourd'hui disponible dans un drôle d'état: une moitié est basée sur un contretype, soit une copie de copie, dont la définition est fort désagréable aux yeux, l'autre, incomplète mais tirée d'une copie en couleurs d'origine, nous permet de terminer le visionnage en de bien meilleures conditions...
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