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26 octobre 2022 3 26 /10 /octobre /2022 16:52

Des scientifiques jettent des produits toxiques dans une quantité alarmante dans la rivière Han, qui quelques années plus tard voit une chute de la population piscicole... Puis une créature apparaît un après-midi, sous un pont de Séoul; la famille Park va être bouleversée: car la bestiole, qui est féroce, est aussi vorace, et elle se sert sur les berges dans la population humaine! Et parmi les victimes (mangées? enlevées? le doute subsistera longtemps!), il y a Hyun-seo, la petite fille de Park Hee-bong, qui tient une baraque de snack sur les bords de la rivière. Le père, Park Gang-du, est un bon à rien dont la vie va être particulièrement chamboulée: il décide vite de tenter le tout pour le tout pour sauver sa fille... D'autant que celle-ci le contacte depuis l'antre du monstre avec un téléphone portable.

Le film accumule les situations limites, et fidèle à son style, Bong accumule pour sa part les couches de genre! Au film de monstre (appelez ça comme vous voudrez, thriller, film d'horreur, etc) il ajoute une forte dose de comédie ironique et de satire sociale féroce, et traite malgré tout cette intrigue comme elle doit l'être: avec sérieux, et comme un drame humain. La famille Park, unie dans l'adversité, ne l'est pas sans heurts: le père n'a pas vraiment réussi, mais ses enfants non plus: l'un des fils est donc un bon à rien officiel (qui regarde la télévision au lieu de travailler en donnant des bières à sa fille de 12 ans, qui vole les clients de la baraque de son père...) et est totalement méprisé par ses frères et soeurs; l'autre fils est sur-diplômé, avec l'attitude hautaine qui va avec; mais il n'a pas trouvé d'emploi pour autant, et son passé de militant syndical lui colle à la peau! Enfin la fille est une sportive reconnue, mais... elle ne recevra qu'une médaille de bronze à l'épreuve de tir à l'arc à laquelle elle participe.

Le héros/anti-héros est finalement une énigme, un personnage sur lequel la vie semble avoir glissé: son existence est centrée sur sa fainéantise et il semble avoir décidé une bonne fois pour toutes, que ça n'avait pas d'importance. ...Jusqu'à ce qu'un monstre ne croise son chemin! A partir de là, l'obsession du personnage, son acharnement, vont le transformer... On retrouve une caractéristique des personnages de Bong Joon-ho, un certain jusqu'au-boutisme qui confine finalement au burlesque! Mais dans ce monde qui tourne à l'envers, où les médias du monde entier se tournent vers la Corée du Sud, que l'état-major Américain comme les autorités Sud-Coréennes se mettent à chercher une contamination par un virus inconnu, qui en fait n'existe pas, que les personnages n'assument rien, et que la responsabilité passe par la fenêtre, tout à coup, un moins-que-rien se lève et décide enfin d'assumer la sienne! Pendant ce temps, la petite fille aussi prend ses responsabilités et tente de trouver des solutions, à son niveau, pour s'en sortir et rejoindre sa famille: elle se vante même auprès d'un camarade d'infortune: elle a la chance de vivre dans la baraque d'un vendeur minable, c'est un luxe!

Le film, navigant en permanence entre drame, suspense et horreur, comédie et satire très méchante, permet aussi à son auteur de jongler avec les thèmes: celui de la famille qui va être si important, dans Mother ou Parasite; celui de l'obsession déjà mentionnée, qui était le lot des personnages de Memories of murder, mais aussi dans une certaine mesure de Barking dogs never bite. Il raille aussi un état perdu dans ses contradictions, et prompt à suivre les Américains dans une quête absurde d'un virus qui dédouanerait les scientifiques (des coréens et des Américains, qui travaillent main dans la main): la science, aussi, en prend pour son grade, et le film décrit un chaos social avec une fronde populaire monumentale (des scènes hallucinantes d'émeute au bord du fleuve ont été filmées de loin, depuis l'autre rive, ce qui leur donne une impressionnante vérité), qui est motivée par le héros le plus paradoxal qui soit: un minable officiel...

Tout cela serait fabuleux, s'il n'y avait le monstre; il ne me convainc pas, d'abord parce qu'il est tellement générique, tellement comme les autres monstres, qu'il n'a aucune sorte de caractère vraiment fascinant. Hitchcock l'a toujours dit, le mal doit être réussi dans un film. Ici, il ne l'est pas, il est même l'intrus dans un film par ailleurs impeccable... Et les gens de Weta (la boîte de Peter Jackson) ont du recycler un design déjà existant, c'est d'une laideur absolue, mais il y a pire: la HD a ceci d'impitoyable que les effets numériques doivent vraiment être réussis si on veut y croire. Pas là... Mais ce monstre, aussi raté soit-il, n'est pas le plus important du film: ce qui compte, c'est l'urgence, l'extrême de la situation, la peur, la soudaine intrusion d'un élément imprévu dans ce qui aurait pu être une journée sans histoire, filmée d'un point de vue humain... la violence aussi, captée avec une ironie constante dans des séquences magistrales. Même avec les réserves que j'ai émises, nous sommes devant un grand film, d'un très grand metteur en scène.

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho Boo!!