Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

7 janvier 2023 6 07 /01 /janvier /2023 11:38

Un milliardaire un peu fêlé, Miles Bron (Edward Norton),  envoie une invitation à ses meilleurs amis pour un week-end sur son île au large de la Grèce... Il les a conviés pour un jeu de l'esprit, ou un jeu de rôle: un mystère à résoudre, en l'occurrence son propre meurtre... Mais il y a, dans cette situation qui promettait d'être ludique, un certain nombre de grains de sable:

d'abord, parmi les personnes qui arrivent sur l'île, se trouve un détective, et pas n'importe lequel: Benoît Blanc (Daniel Craig), le meilleur fin limier, constamment mentionné dans la presse. Il n'était pas invité, et montre une certaine inquiétude à l'idée qu'une machination ait pu l'amener sur place. 

ensuite, parmi les invités, se trouve également Cassandra, dite Andi (Janelle Monàe), l'ancienne associée de Miles, qui est tombée en disgrâce, lâchée par tous ses amis... ceux qui vont passer le week-end avec elle.

enfin, le casting du week-end est complété par Duke (David Bautista), un insupportable youtubeur qui s'accroche à des conceptions, disons, masculines et très conservatrices: nichons, moto, flingues... Il est accompagné de Whiskey (Madelyn Clyne), sa petite amie et assistante. Claire (Kathryn DeBella), gourverneure du Connecticut; Birdie (Kate Hudson), mannequin complètement lessivée accompagnée d'une coach, Peg (Jessica Henwick) qui a pour mission de réparer ses bêtises, notamment sa tendance à tweeter comme on respire des horreurs racistes; enfin, Lionel (Leslie Odom jr) et un scientifique qui a permis à Miles de mettre son nom sur un certain nombre de coups technologiques. Tous ces gens sont non seulement de vieux amis de Miles et Andi; ils sont, surtout, dépendants du milliardaire qui peut, d'un seul mot, faire ou défaire leur carrière. Et Whiskey, qui couche allègrement avec Miles, est semble-t-il un peu plus que ça...

La soirée va donc partir sur les chapeaux de roue, mais Blanc réussit à résoudre l'énigme proposée par Miles pour le week-end, avant que celui-ci ait le temps de l'expliquer! Heureusement ou malheureusement, une vraie mort intervient quelques minutes plus tard quand Duke s'écroule, manifestement empoisonné. 

...qui a fait le coup?

Le whodunit, donc, est à la mode semble-t-il, notamment quand on constate l'insolent succès (mérité) de ce film et de Knives out, le précédent long métrage de Rian Johnson, avec le même personnage irrésistible de détective surdoué joué par un Daniel Craig visiblement heureux d'interpréter un personnage récurrent bien différent de celui qui l'a rendu incontournable! Rappelons à toutes fins utiles le principe du genre: un meurtre a lieu, et le tueur est inconnu; à la charge d'un détective de trouver la solution du crime, qui passera évidemment par-dessus la tête du public... Mais comme Johnson l'a démontré avec Knives out, ainsi que avant lui, Agatha Christie dans Murder on the orient express, Boileau et Narcejac, puis Clouzot avec Les Diaboliques, et Hitchcock avec Psycho, le whodunit peut aussi ne pas se contenter d'etre une énigme linéaire de téléfilm du samedi soir... 

"Glass onion", un oignon de verre, est un vieux terme qui était utilisé pour désigner des flacons en forme d'oignon, justement. Et quand on regarde à travers un de ces flacons, on a une image sensiblement détournée. Le terme, pour moi, est indissociable de la chanson des Beatles, qui figure sur l'album blanc, The Beatles de 1968. John Lennon s'y livrait à une relecture ironique de quelques chansons du groupe, en en changeant les contours... La chanson, en guise de clin d'oeil, accompagne le générique de fin, et est d'ailleurs accompagnée de beau monde durant le déroulement du film: on y entendra David Bowie, les Red Hot Chili Peppers, voire Nat King Cole... Edward Norton y interprète même quelques notes de Blackbird des Beatles... Ce bric-à-brac sonore a plusieurs fonctions, outre celle d'assurer une certaine classe évidente au film: elle cible les personnages entre tradition et modernité. les faire écouter du rap ou du Mozart aurait été trop loin dans l'une ou l'autre des directions. Sinon, c'est un des nombreux aspects du film qui participe à la mystification globale... Quand on y pense, toutes ces chansons sont de qualité, certes... Mais rien que de très conventionnel, somme toute. Comme Miles Bron, qui derrière ses milliards, est un type vain, intellectuellement fauché (incapable de fixer le vocabulaire dans son esprit), mesquin, habitué à tout régler à coup de traîtrise d'un côté, de dollars de l'autre... Et la galerie de personnages le complète allègrement: un fier-à-bras qu'on verrait bien accompagner les néandertaliens qui sont partis se soulager (littéralement, à propos) dans le capitole; une politicienne qu'on devine corrompue jusqu'à la moelle; un scientifique tellement dévoyé qu'il en a perdu son âme... ou sa puce. Et ma préférée: Kate Hudson joue... une conne. Une vraie, une belle... une imbécile qui éructe des horreurs dès qu'elle entend le mot woke; une imbécile qui ne comprend pas qu'un sweatshop n'est pas une boutique de vêtements de sport. Elle n'est pas complètement idiote (seul René Goscinny avait le talent de créer d'authentiques idiots qui l'étaient à 98%), mais l'est suffisamment pour que ce soit drôle à chaque fois!

 

Le film est réjouissant dans la mesure où, derrière le côté ludique d'un film à énigme, avec détective à manies (on y apprend, incidemment, que Blanc vit avec un certain Phillip, incarné par Hugh Grant), il nous livre un miroir déformant mais pas si déformé de notre monde, durant la pandémie: cette dernière est un sacré révélateur de la bêtise des riches, et c'est sans doute le principal sujet du film, dont la cible évidente est cette troupe de parvenus prêts à tout, du mauvais goût au meurtre, pour conserver ses privilèges... Mais c'est aussi réjouissant parce que le film repose sur une structure qui va inverser allègrement tout, je ne vais évidemment pas rentrer dans les détails, mais vous le sentirez passer... Parce qu'il pose non pas une, mais plusieurs énigmes, qu'il vous sera impossible évidemment de résoudre (mais ce n'est pas le but, en fait, si vous le croyez vous êtes bien naïf), et parce qu'il prend évidemment le contrepied du film précédent: Knives out était automnal, celui-ci (bien que tourné durant la pandémie) est solaire et estival. Knives out se situait dans de vieux intérieurs boisés du Massachussetts, et Glass Onion sur une île tellement hi-tech qu'elle en devient absurde, entre les mains d'un type qui ressemble tellement à ce connard d'Elon Musk que c'est un bonheur de voir Edward Norton lui tailler un costard... Enfin, si Glass Onion, des Beatles, semblait solder l'héritage psychédélique du groupe en effectuant un commentaire sur les chansons des Beatles, ce film a une dimension intéressante, de commentaire du genre du whodunit, dont il devient à la fois un glorieux représentant, en même temps qu'un anti-whodunit absolu: après tout, Blanc ne résout-il pas une énigme avant même qu'elle ait été posée?

Pour résumer, donc, que du bonheur...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Rian Johnson Whodunit