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Un homme (Christopher Plummer) est mort, il s'est tranché la gorge... La nuit était pourtant belle, il venait de passer la soirée en compagnie de sa famille... Oui, mais voilà, si l'enquête semble de routine, le mort ayant été retrouvé la gorge tranchée, la main sur l'arme, et aucun indice ne pouvait donner à croire qu'une autre personne était présente, pourquoi un anonyme a-t-il fait appel à Benoit Blanc (Daniel Craig), détective privé, le limier des enquêtes les plus extraordinaires? Et que cache Marta (Ana de Armas), la petite aide-soignante d'origine Equatorienne qui semble si incapable de mentir? ...Ca la fait (littéralement, et l'adverbe est cette fois très bien utilisé) vomir...
Un whodunit... Dans un premier temps, l'esprit s'agace, comprenez-vous: ce type d'histoire dans laquelle un crime est commis, personne ne sort, et un invité présent qui se trouve être le fameux détective machin, qu'il soit Belge, Londonien de Baker Street, ou comme ici, Sudiste de basse extraction avec l'accent pour le prouver, va déjouer tous les pronostics et trouver le coupable... en moins de 200 pages, ou en moins de 120 minutes. Rien qui puisse créer du suspense (puisqu'à partir du moment où on ne sait rien, il n'y a pas de suspense possible, je le rappelle!), rien qui puisse a priori nous faire revenir sur nos pas et revoir le film, puisqu'on s'imagine qu'on a déjà éventé son intérêt....
Et certes, on a tort. On voudrait faire son malin, et rester fermement au côté d'Hitchcock dans son refus du genre, mais même lui, d'une certaine façon, en a fait... A leur façon, The lodger, Blackmail, ou encore Psycho (mais oui!) étaient tous des whodunits maquillés... Non, ce qu'on voudrait éviter, c'est bien sûr le côté mécanique, gratuit, du genre... Quoique...
D'une part, ça a son charme, à condition qu'on y trouve de quoi y retourner... Et d'autre part même Agatha Christie, peut-être même sans en être consciente, profitait du genre pour égratigner avec sa plume pas si neutre la bonne société, ou pire: ses parvenus, les cibles qu'elle préférait... Et remontons à Clouzot, dont Les diaboliques est un des plus beaux whodunits de toute l'histoire du cinéma, sauf qu'on ne le sait pas quand on le voit (donc si vous n'avez jamais vu ce chef d'oeuvre, oubliez ce que je viens d'écrire): une fois qu'on l'aura vu et qu'on connaîtra la solution, un film de ce genre devient une occasion de lire une mise en scène, celle d'un coupable ou celle d'un détective, voire les deux.
Et c'est de ça qu'il est question, dans ce film parfaitement efficace, qui ne ménage ni son humour, ni es acteurs, et actrices, et qui tape avec un plaisir évident sur un groupe de riches particulièrement ignobles, qui s'en prennent à une pauvre immigrée dont pas un n'est capable de se rappeler la provenance. Ana de Armas est excellente, Daniel Craig aussi, et... le reste de la troupe? Toni Collette, Chris Evans, Michael Shannon, Jamie Lee Curtis, Don Johnson, Jaeden Martell... Le détective est une variation sur Hercule Poirot, et Daniel Craig ne peut absolument pas en faire un type qu'on n'aimera pas (au contraire de Poirot, d'ailleurs); je parlais de mise en scène, mais dans cette bonne société tout le monde avance ses pions, et ça vire vite au jeu de massacre... Bref: du plaisir? Oh que oui! A revoir? certainement! Mission accomplie, donc...