Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 18:17

Vern Haskell (Arthur Kennedy) est un brave homme, un cow-boy qui rêve de s'établir avec sa fiancée: le mariage est prévu pour dans huit jours... mais elle travaille dans un magasin qui est dévalisé par des bandits, et lors du hold-up, elle est tuée... Vern décide de retrouver les hommes, et mène son enquête, détail après détail... Il remonte la piste jusqu'à une bande de hors-la-loi qui tournent autour d'une ancienne chanteuse de saloon, Altar Keane (Marlene Dietrich). L'un d'entre eux possède une cicatrice, comme si une femme l'avait griffé...

Il n'y a peut-être pas de genre plus propice aux obsessions de Fritz Lang que le western: la culpabilité, la loi et ses subtilités, la présence de la mort qui rode, l'envie du crime et surtout la vengeance considérée comme une affaire strictement privée! D'ailleurs, s'il n'en a fait que trois (Outre ce film, The return of Frank James et Western Union, le fait est que d'autres films dans son oeuvre auraient aisément pu appartenir au genre: dès 1919, n'avait-il pas pastiché le genre dans Die Spinnen? Fury, You only live once, Man Hunt ou The big heat auraient pu se dérouler sans accrocs dans un cadre westernien, sans changer grand chose à leur atmosphère.

Donc, la motivation pour Vern, un héros tranquille qui aspirait sans doute à l'anonymat et une vie bien pépère, sera la vengeance, une vengeance qui lui tient à coeur car on le verra sacrifier beaucoup dans ce film, qui le place dans une certaine incertitude quant à son avenir: il sacrifie d'abord son honnêteté, car pour s'approcher des coupables potentiels, il lui faudra se faire marquer comme bandit, et être crédible. Il va donc commettre un délit... Il va aussi, dans une scène révélatrice, sacrifier toute chance auprès d'Altar, la mystérieuse chanteuse, qui manifestement en pince pour lui bien qu'elle soit promise à un autre (Mel Ferrer). Combien d'autres héros de westerns auraient eu la chance de "partir avec la fille" à la fin du film? 

...Pas Vern, car ce n'est pas ce qu'il cherche. 

Et puisqu'on parle de chercher, le film est construit en deux temps, ce qui ne surprendra personne chez les spectateurs familiers de l'oeuvre de Lang! Sauf que ces deux parties ne sont pas des longs métrages à part entière, voilà tout. La première est celle qui est consacrée à l'enquête et on retrouve l'art de Lang pour les puzzles, faits de détails, de signes, de petits riens qui s'amoncellent. Ici, le puzzle reconstitue de façon obsessionnelle le visage d'une femme autour de laquelle le crime gravite, interprétée par Marlene Dietrich...

C'est là que pour moi le bât blesse... Quelle loi au monde, quel juge impitoyable nous a imposé, à chaque fois ou presque qu'un rôle lui revenait, que Marlene Dietrich (par ailleurs une actrice fort capable) doive chanter une chanson... J'utilise le terme de chanter à défaut d'autre chose, mais je persiste et je signe: non seulement c'est faux et ridicule quand elle chante, mais c'est toujours aussi épouvantablement laid. Et pour tous les films que j'ai vus d'elle, il n'y a pas une exception...

Mais outre ça, c'est un impeccable western, dont le seul (autre) défaut est sans doute d'être tombé dans le domaine public: ça veut dire qu'on a toutes les chances, quand on le voit, de tomber sur une abominable copie... sauf si on a entre les mains le Blu-ray Warner Archive sorti en janvier 2023. 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western