Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
26 août 2023 6 26 /08 /août /2023 08:59

Dans une zone mi-rurale, mi-industrielle, et autour de quelques décharges, vivent un groupe de sans-abris, d'origines diverses, qui ont appris à ne plus utiliser la parole, car certains d'entre eux parlent sans doute des langues différentes...

Ils se livrent à de petits trafics, notamment en récupérant les métaux (dont le cuivre) surles installations urbaines. Forcément, ça émeut les autres gens. Une équipe de police, sous la direction intraitable d'un inspecteur maniaque, les pistent avec une efficacité relative...

C'est sous une influence double, celle de Jacques Tati à cause de l'option de se séparer du langage (même les forces de police ont cessé de communiquer verbalement ici), et celle d'Akira Kurosawa (on pense à l'étrange Dodes' Ka-Den, de 1970, et son cortège de déclassés qui vivent ensemble à l'écart) que Pascal Rabaté a tourné son quatrième film. Comme Ni à vendre ni à louer suivait Les Petits Ruisseaux en proposant un grand écart stylistique, ici on ne retrouvera absolument pas le style de Du goudron et des plumes, la quasi-comédie grinçante qui a précédé...

Je ne sais pas si c'est une comédie... C'en est une dans la mesure où par exemple Modern times, de Chaplin, ou même son film Limelight en étaient. Mais le fond dramatique reste constamment à l'esprit; Rabaté, ses acteurs, et ses spectateurs savent parfaitement que ce qui nous est montré ici est un reflet de la vérité.

Chacun des protagonistes parmi la petite communauté semble avoir composé un personnage patrfaitement vivant, avec ses particularités, ses capacités, ses aspirations et même ses défauts: il y a une matriarche (Yolande Moreau) qui règle beaucoup de problème avec une vieille pétoire, et qui est dotée d'une évidente autorité morale et affective sur ce petit monde; un bricolaur de génie (Gustave Kervern), qui apporte beaucoup à la communauté, et dont le destin fera basculer le film dans une nouvelle dimension; des amoureux ou en tout cas deux personnes qui s'attirent (Soazig Ségalou et Romain Francisco), un tandem d'inséparables débrouillards qui sont de tous les mauvais coups (Charles Schneider et Vincent Martin) et deux jumeaux fouineurs (Les frères Prince)...

L'enquête progressera quand même, d'ailleurs à cause d'un objet inattendu que deux amoureux écervelés utilisent pour un signe des temps: ils font un selfie (mais pourquoi??????) avec au fond de la scène, un délit en passe d'être commis, qui va donc permettre à l'inspecteur maniaque d'avancer! A propos, c'est François Morel, dans son registre pointilleux (comme dans Ni à vendre ni à louer, donc) qui incarne l'inspecteur...

C'est sans doute en partie à cause de la fameuse sortie particulièrement malheureuse, même si elle restait privée, de François Hollande, que le film s'appelle ainsi. Mais les Anglo-saxons ont préféré baptiser le film The voiceless, car il s'agissait pour Rabaté de donner une voix à ce gens qui vivent à-côté, ou plutôt survivent à côté... Qui pour survivre, sont condamnés à enfreindre la loi, et ici le font avec énergie et humour, d'où cette impression de comédie. Mais ce n'est pas une comédie, on se le rappellera dans les dernières vingt minutes, qui ont le bon goût de changer de trajectoire sans jamais changer de poésie. La façon dont l'auteur et ses acteurs, qui semblent tous avoir assumé une grande part de la mise en scène (car c'est ainsi que la comédie physique et sans paroles fonctionne: vous n'imaginez pas qu'on pouvait dire à Jacques Tati Buster Keaton, Harold Lloyd ou Stan Laurel quoi faire, quand même?) représentent ces héros de la zone est garantie sans une once de misérabilisme, et donne effectivement une voix, parfois inconfortable, à ses protagonistes. A l'inverse de Jean-Pierre Jeunet qui dans Micmacs à Tire-Larigot avait décidé de doter ses gens qui vivaient en parallèle de la société de particularités langagières (dont Omar Sy qui égrénait les proverbes toute la journée), Pascal Rabaté évite de verser dans l'humour verbal. 

Tout ça donne un film parfois âpre à suivre, mais constamment inventif, et finalement, en dépit de la comédie et de la loufoquerie (un canard gonflable géant, des fornications de poupées gonflables entre elles, qui d'ailleurs s'avèrent productives, des adultes d'un certain âge qui prennent un bain dans un étang, avec des bouées comme des gamins, et un jeu du chat et de la souris très visuel avec la police, comme dans cette scène nocturne, où Morel est observé par un des sans-abri, mais ne le repère jamais...) très douloureux. C'est sans doute que Rabaté a visé juste. Mais le film n'a pas marché, c'est le moins qu'on puisse dire...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pascal Rabaté Comédie