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22 août 2023 2 22 /08 /août /2023 17:41

La police, comme on dit, est sur les dents: on fait disparaître des jeunes femmes, et en plus on soupçonne que le responsable de ces disparitions soit également celui des lettres anonymes reçues par les enquêteurs, qui consistent le plus souvent en des petites phrases poétiquement assemblées qui prédisent des disparitions... Afin de mettre toutes les chances de leur côté, l'équipe réunie autour de l'inspecteur Ténier (André Brunot) s'adjoint la collaboration d'Adrienne (Marie Déa), une jeune femme qui a connu l'une des disparues, pour servir d'appât. Son rôle: répondre à toutes les annonces louches... Elle va en voir de toutes les couleurs, avant de se retrouver dans une maison particulièrement intéressante, celle de Robert Fleury (Maurice Chevalier), un play-boy du tout-Paris nocturne. Intéressante parce qu'elle va tomber amoureux de lui, et aussi parce qu'elle va retrouver des preuves inquiétantes... Robert serait-il le responsable de ces disparitions?

C'est un film maudit, sorti en fin 1939, alors qu'en France on resserrait les rangs autour de l'effort de guerre. Les politiques, agacés par la liberté de ton du film, s'en sont souvenu une fois l'occupation arivée: il sera interdit. Et dès la sortie, l'extrême-droite a tiré à boulets rouges sur un film sorti pendant une guerre, qui osait refiler un rôle (assez court, en fait) à "l'allemand" Erich Von Stroheim (...et son accent toujours aussi américain, décidément, les fascistes sont toujours des cons quoi qu'ils fassent et quoi qu'ils disent)...

Mais Siodmak, réalisateur qui avait fui l'Allemagne nationale-socialiste, avait probablement d'autres chats à fouetter. Reste qu'il est devenu l'un des grands noms du film noir, et ça se voit dès cette oeuvre étonnante, qui promène une intrigue délirante de comédie en film à suspense, en usant d'un style constamment inventif. Bien sûr, c'est moins pertinent que ne le seront quelques-uns de ses grands films hollywoodiens, mais l'auteur ne se perd jamais dans une intrigue qui mèle comédie musicale (Maurice Chevalier oblige) et film criminel, et qui traite d'un serial killer avant que le terme ne soit devenu une appelation à la mode, mais non sans nous avoir détaillé les agissements d'un certain nombre de doux dingos, ou autres fous furieux.

Le plus notable? Stroheim, qui incarne ici un couturier déchu qui engage des jeunes femmes pour porter des créations qu'il est le seul à voir, dans des défilés fantômes! Pour ce rôle, l'immense cinéaste oublié est venu avec ses idées et on retrouve dans son personnage quelques bribes de son style, à commencer par la façon qu'il a de passer la langue sur ses lèvres quand il observe Marie Déa, comme le faisait son personnage, Sergius Karamzin, dans Foolish Wives...

Pourtant, passées ces premières bobines, on va plutôt se pencher sur Marie Déa, héroïne très active de ce film. Et l'intrigue est non seulement solide, mais elle se solidifie autour du personnage justement, de cette enquêtrice malgré elle. Siodmak, qui avait déjà choisi son terrain de jeux, s'est beaucoup amusé à utiliser la jeune femme comme révélatrice des turpitudes psychologiques des hommes qui l'entourent: l'un d'entre eux est un abominable maniaque, qui se fait peur à lui même, un autre un domestique qui prend son pied à contrôler les femmes qui servent à ses côtés...

Comment se surprendre après qu'on soupçonne ce pauvre Laurice Chevalier? D'ailleurs, parlons-en: revenu d'Hollywood, il avait envie, clairement, de sortir de son personnage de Lieutenant Souriant, j'imagine. Et ici, il nous inquiète... Il est remarquable, ce film noir à la Française aussi...

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Siodmak Noir