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30 décembre 2023 6 30 /12 /décembre /2023 14:38

La vie de Florenz Ziegfeld (William Powell), célèbre entrepreneur de spectacles, depuis ses débuts en tant qu'aboyeur de foires, jusqu'à sa mort, fêté par tous, un modèle enviable, créateur d'une institution, découvreur de talents... et surtout un homme ruiné jusqu'à son dernier cent par la crise de 1929.

Ziegfeld, c'est un symbole avant tout, un homme qui en tant que tel n'a aucun talent artistique, mais sait parfaitement repérer celui des autres, y compris quand il est potentiel... Et c'est d'autant plus paradoxal que lors de l'élaboration de ce film, on se souvenait sans doute plus de ses échecs que de ses réussites.

Mais voilà: Ziegfeld, c'est aussi l'une des sources du cinéma Américain (les acteurs qui ont transité par lui avant de faire carrière à l'écran forment une troupe impressionnante), et l'un des inspirateurs du virage pris à l'arrivée du cinéma sonore: tant de musicals lui doivent tant, il fallait bien qu'un studio s'empare du bonhomme, et de sa vision d'un rêve Américain, que le cinéma a fini par sacraliser autour du spectacle: les musicals de la Warner (1933-1935), A star is born (quatre versions, entre 1937 et 2018) et beaucoup de films musicaux ou non tournés depuis, ont perpétré cette idée que le monde du spectacle, avec ces entreprises pharaoniques et destinées à n'exister qu'une saison, en faisant le plus de bruit possible, était l'incarnation même de la réussite Américaine, ouverte à tous, mais dont l'accomplissement reste limité aux plus chanceux...

Pour incarner Ziegfeld, William Powell, capable d'incarner dans sa vie aussi bien des bandits inquiétants (à l'époque du muet), des détectives surdoués, excentriques et débonnaires (Nick et Nora Charles, mais aussi Philo Vance), des personnages profondément romantiques (One way passage), des hommes de loi intransigeants mais humains (Manhattan Melodrama), des pères de famille (Life with father) ou tout simplement de braves hommes du monde, élégants et jamais dénués d'humour (l'ensemble de sa carrière parlante): un choix parfait, d'autant plus parfait d'ailleurs qu'il est impossible après avoir vu ce film d'imaginer Ziegfeld autrement qu'incarné par lui. Autour de lui, on trouvera Frank Morgan dans le rôle d'un ami (l'impresario jack Billings) qui est, clairement, sous le charme: constamment concurrents, les deux hommes s'apprécient, et Billings ne résiste jamais très longtemps au rouleau-compresseur de Ziegfeld; Anna Held, la première épouse, est incarnée avec maestria par Luise Rainer, alors que Myrna Loy interprète tout en douceur, pour la dernière heure du film, la deuxième épouse l'actrice Billie Burke. D'autres célébrités (Eddie Cantor, Will Rogers) sont incarnés par des acteurs, avec une certaine efficacité. La comédienne et chanteuse Fanny Brice, de son côté, se joue elle-même... De quoi donner une certaine authenticité au film.

Et puis, finalement, ce que voulait la MGM, qui a tout mis dans ce film, qui a l'outrecuidance de durer plus de 3 heures (ce qui est rare à l'époque, très rare dans le cinéma Américain depuis Intolerance), c'était la reconnaissance des autres, pour ne pas dire la domination sur les autres. Irving Thalberg entendait placer le studio à la tête de la pyramide du cinéma Américain; Louis B. Mayer qui était persuadé que son studio était le champion toute catégorie du cinéma familial (ily a cru toute sa vie, le pauvre), voulait le prouver par un film imperméable à tout: et tant qu'à faire, on pouvait ajouter dans la recette des numéros musicaux spectaculaires... dont un qui est probablement l'un des plus hallucinants plans-séquences de l'histoire. 

Et ce que tout ce petit monde voulait, cyniquement, c'était un deuxième Oscar du meilleur film consécutif après celui de 1936. Pari tenu, donc... mais il n'yaurait pas de troisième, puisqu'en 1938 c'est la Warner qui raflerait la mise. Oui, dit comme ça, c'est tellement plus terre-à-terre, non? En attendant, ce n'est pas le meilleur film de tous les temps, ni même celui de 1936-1937. Mais c'est totalement distrayant!

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Published by François Massarelli - dans William Powell Robert Z. Leonard