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Bruce Wayne, héritier orphelin de la fortune et de l'entreprise de Thomas Wayne, a grandi dans la culpabilité d'avoir causé la mort de ses parents, et la colère de ne rien pouvoir y faire. Il est à la recherche désespérée d'un moyen d'expier, en se battant contre le crime. Grâce à l'intervention d'une société secrète, il trouve le moyen de se doter sinon de super-pouvoirs, en tout cas d'une impressionnante technique de combat, et revient à Gotham City pour affronter le crime, la corruption... et ses démons.
Christopher Nolan a réalisé trois films consacrés au super-héros créé par Bob Kane et Bill Finger en 1939, dans le cadre d'un projet global: une trilogie visant à remettre les pendules à l'heure, probablement, après quatre films Warner dont deux oeuvres majeures, mais qui avaient fini par éloigner toute possibilité de prendre le super-héros déguisé en chauve-souris au sérieux...
Je me rends bien compte à quel point la phrase que je viens d'écrire est involontairement ironique, mais justement, c'est toute l'histoire de cette décennie qui vit deux "studios" de cinéma (cette fois, les guillemets trahissent que mon ironie, pour ne pas dire mon mépris, est bien volontaire) se créer de toutes pièces autour d'une lubie étonnante: donner une légitmité cinématographique au film de super-héros... A ma droite, Marvel, à ma gauche, DC comics. Au milieu, un public qui allait se voir soumis à un déluge de productions... Les deux "studios", donc, des groupes de médias constitués autour des éditeurs originaux des franchises de comics, avaient les droits des créatures dessinées, et pouvaient à loisir les relancer.
On sait que Marvel a choisi la pléthore, en lançant plusieurs films par an, et en allant jusqu'à la nausée... DC a été, globalement, plus modeste. C'est dans ce cadre que s'inscrit le Batman de Nolan, qui a choisi de ne pas choisir entre sa carrière d'artiste "sérieux" (trois longs métrages avant celui-ci, et une réputation qui ne faisait que croître avantageusement après les coups d'éclat de Memento et Insomnia) et cette envie de se frotter à l'univers des comic books... C'est pourquoi il attendra son sixième (The Dark Knight, 2008) et son huitième (The dark knight rises, 2012) films pour donner de suites à ce film, se permettant des films plus personnels entre temps: The prestige en 2006 et Inception en 2010... Ce qui nous autorise sans doute à compter ces trois films de super-héros dans son oeuvre au même titre que les autres.
Après le cirque souvent hilarant mais un rien trop camp de Tim Burton (je laisse volontiers de côté les deux films suivants, dobscurs tâcherons et qui resteront anonymes, ce sera plus simple), Nolan replace Batman dans sa noirceur fondamentale, réalisant un film d'action assez virtuose... Il a confié à Christian Bale la tâche impossible d'être convaincant en justicier déguisé en chauve-souris, et c'est pourtant presque réussi. Presque, parce que je ne parviendrai jamais à accepter à 100% cette gestuelle codifiée, ces mines patibulaires de rigueur, et ces poses absurdes (ce petit arrêt auto-satisfait que le super-héros qui vient de sauter dans le vide arbore en se retrouvant parfaitement accroup sans encombre, c'est d'un ridicule, avec ou sans petit marteau)... Mais probablement, Nolan qui a confié à Michael Caine le rôle du majordome Alfred, sait-il que tout ça ce n'est pas si sérieux que ça. Et après la vengeance hallucinatoire de Memento, la lutte inégale contre le mal d'Insomnia, sans doute avait-il besoin de se livrer à cet exercice.
Long, sombre, clair dans son intrigue et virtuose dans son exécution, ce film est intéressant par le fait qu'il est dénué d ela moindre prétention autre que celle de proposer un spectacle qui évite les excès baroques. Ca le rend avantageusement regardable 20 ans plus tard... Et les personnages dans leur ensemble ont une vraie dimension, avecdes acteurs aussi intéressants que Cillian Murphy, Gary Oldman, Morgan Freeman, Brendan Gleeson ou Kate Holmes...
Une seule femme... Oui, au passage: tout ça reste quand même un univers bien masculin.