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Dans un futur probablement un peu trop proche, la terre a bien changé: les armées n'existent plus et les humains doivent faire face à une pénurie de nourriture comme on n'en a jamais vue... on pousse les adolescents qui se construisent vers l'agriculture pour essayer d'enrayer le déclin et la famine inévitables... Comme le dit une enseignante, le gouvernement tente de permettre aux gens de survivre sur terre avant de regarder vers les étoiles... La même ajoute d'ailleurs qu'elle ne croit pas, pas plus que le gouvernement, au "mythe" d'Apollo: l'homme, officiellement, n'a jamais mis le pied sur la lune...
Cooper (Mathew McConaughey), un ancien pilote de la NASA, a donc tenté une reconversion, mais le naturel prend vite le dessus. Il élève deux enfants, un garçon de quinze et une fille de dix ans, cette dernière ayant depuis le décès de leur mère développé une sorte de rapport compliqué avec la réalité: elle affirme recevoir des visites d'un "fantôme" qui cherche à communiquer avec elle... Un jour le "fantôme" en question, situé dans sa bibliothèque, les guide vers une base secrète de la NASA: l'organisation existe toujours et a enclenché une tentative de reconquête de l'espace pour sauver l'humanité...
Compliqué: bien sûr, c'est le trait principal du cinéma de Nolan, qui aime à rendre ses films complexes et les édifie d'une façon qui pousse le spectateur à déconstruire et reconstruire en permanence les images qui lui sont proposées. D'une certaine façon, Dunkirk et Oppenheimer sont sans doute ses films les plus simples... Pas Interstellar.
J'ai souvent été irrité par les excès que ça peut légitimement entraîner, notamment avec Inception dans lequel la structure en poupées-gigogne et la posture de défi du metteur en scène finissent par déboucher sur le vide (certes visrtuose) et l'esbroufe... Ce film pourtant débouche sur une sorte de science de l'image dans laquelle, tout en prenant le risque de perdre le spectateur, il nous promène dans une poésie cinématographique qui se situe du côté des plus grands. Il y a beaucoup de science dans cette science-fiction là, et ça fait parfois mal au cerveau: mais il suffit probablement de se laisser aller à la rêverie provoquée par ces maquettes, qui ont été privilégiées sur les effets numériques. Ceux-ci sont présents, certes, mais ils jouent le rôle de la vinaigrette dans la salade...
D'ailleurs de quoi ce film parle-t-il exactement? Comme d'habitude ce serait une erreur de se lancer dans le visionnage d'un film de science-fiction en y cherchant des solutions d'avenir. Non, le film parle, surtout, de la difficile survie aux liens. En ajoutant la distorsion du temps aux liens humains, aux affections, amours, et autre sentiments familiaux, questionne les tissus qui maintiennent les gens les uns contre les autres...
Et puis il y a un commentaire sinon visionnaire, en tout cas acerbe sur le monde en devenir des contemporains du tournage du film: on a anticipé dans Interstellar l'idée d'une terre qui n'en finit pas de se renfermer sur elle-même, avec cette enseignante qui assène au père de famille que sa fille devrait arrêter de croire au mythe de la conquête de l'espace, puisque le gouvernement a établi que l'homme n'a jamais été sur la lune. Ca fait particulièrement froid dans le dos...
Pour le reste, le film repose sur sa construction, elle-même fortement dépendante de ses énigmes, qui s'avèrent intrigantes... On y joue sur le temps, ce qui ne surprend pas tant quand on voit que dès le départ les questions de relativité du temps sont mises en exergue dans des discussions qu'il vaut mieux ne pas trop disséquer. Si on sent ici un petit cousinage avec le film Arrival de Denis Villeneuve, c'est quand même clair que ça tourne définitivement à l'avantage de ce dernier...
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