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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 avril 2025 4 10 /04 /avril /2025 17:22

Leonard Shelby (Guy Pearce) a eu un accident grave, qui l'a privé de toute capacité de conserver la mémoire à court terme: il sait qui il est, se souvient de tout ce qui a été sa vie avant "l'accident", mais est incapable de fixer un souvenir depuis... 

"L'accident", c'est la nuit lors de laquelle Leonard a trouver deux cambrioleurs, chez lui, qui étaient en train de finir de tuer son épouse (Jorja Fox). L'un d'entre eux a été tué sur place par Leonard, mais l'autre s'est enfui après l'avoir assomé (d'où son problème de mémoire), et désormais, il s'est fixé pour but de le retrouver et de le tuer. 

Pour contrer son problème de mémoire, il a adopté un mode de fonctionnement très particulier: il garde en permanence un appareil Polaroïd, avec lequel il prend des photos (rappelons que le Polaroïd permet de faire des photos à développement instantané, même si celles-ci s'effacent au bout de quelques temps...) qui vont l(aider à garder des indices: telle personne photographiée, se voit donc dotée de commentaires ("c'est un ami", "ne pas se fier à lui", etc) qui aident Leonard à y voir plus ou moins clair. Il a aussi pris l'habitude de confier à des tatoueurs des faits essentiels, qu'ils lui fixent sur la peau au fur et à mesure, quand ce n'est pas lui qui le fait directement...

Le film est doté de deux chronologies distinctes, l'une en noir et blanc (chronologique, justement): une conversation téléphonique morcelée, saupoudrée au cours du film; Leonard s'y rappelle un cas de sa vie d'avant, une affaire dont il avait eu la charge quand il était détective de compagnie d'assurance, et qui concerne un cas similaire à son problème. L'autre, la principale, est en couleurs, et nous montre à rebours les actions de Leonard alors qu'il tue "Teddy", l'homme (Joe Pantoliano) qu'il pense être celui qui a tué son épouse. Puis, les minutes qui précèdent cette exécution, puis celle d'avant, etc...

On comprend très vite que le monde entier manipule Leonard, d'autant qu'on sait où ça l'a conduit. Il apparaît très vite que Teddy (dont la vraie identité reste assez mystérieuse assez longtemps, et on n'est même pas sûr de l'avoir cerné totalement une fois le film fini) n'est pas le meurtrier que Leonard recherche, mais juste un personnage qui est finalement assez ambivalent: d'un côté, comme tout le monde, il ment et utilise Leonard, sans vergogne; de l'autre, il l'accompagne avec humour (sauf évidemment dans la première scène) et on jurerait qu'il a de la sympathie pour lui... Sinon, les personnes rencontrés forment une belle galerie de truands, de osers, de sales types et de femmes fatales, qui tous, ont décidé de profiter un grand coup de l'aubaine: un type manipulable à l'envi, qu'on peut même insulter autant qu'on veut tant qu'il n'a pas de crayon sur lui pour noter ce qu'il aurait oublié dans deux minutes...

Avec tout ce pedigree, il est vraiment étonnant que ce film, qui commence par la fin de son histoire et redéroule jusqu'au début, puisse tenir debout! C'est que l'intérêt pour cette histoire dont on sent bien que le grand secret est en amont et non en aval, prime sur tout: mais qui donc est le grand responsable de cette situation, qui a guidé Leonard vers cette fuite en avant dont on se doute qu'une fois l'intrigue finie, il paiera pour chaque vie laissée de côté?

La réponse est sans doute au bout du film... Un film gonflé, qui joue avec le temps comme avec un yoyo... Un film aux images fortes et intrigantes, comme cet étrange bonhomme sec avec sa vie et ses pires cauchemars tatoués sur le corps. Des images captées, gardées, classées et commentées par un homme en perpétuelle renaissance qui a eu la naïveté de croire qu'il serait impossible à ces images, mots et commentaires, de mentir.

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Published by François Massarelli - dans Christopher Nolan Noir