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A l'origine de ce film noir, très noir, qui tranche radicalement sur le reste de la filmographie de Klapisch, une envie, celle de tourner un "film d'hommes", et de rappeler une tradition du film criminel français...Touchez pas au grisbi, de Becker, serait un excellent exemple. Mais un film scorsesien aussi, dans lequel la voix serait celle du ou des truand(s).
Jean (Vincent Elbaz), et ses amis "Lecarpe" (Simon Akbarian), "Loulou" (Dimitri Storoge) et "Mouss" (Zinedine Soualem) sont des gangsters, spécialisés dans le hold-up express. Des coups pas trop ambitieux, préparés aux petits oignons... Pour l'un de ces casses, ils ont pour "mission" de filmer leur exploit, pour se faire un extra. On leur signale une eune cadreuse qui travaille pour la télévision, qui n'a pas l'air d'être trop à cheval sur les principes. Caty (Marie Gillain) se retrouve donc confrontée au monde du crime et de la nuit, en se demandant si elle va savoir faire ce qui est attendu d'elle...
On retrouve ici l'univers de Cédric Klapisch, fait le plus souvent d'une démarche collective (cinq malfaiteurs amenés à évoluer ensemble, tout en préservant leur individualité, parfaitement définie sous nos yeux). Et le maitre mot de ce film dont les forces de l'ordre (comme on dit) sont totalement absentes, c'est bien sûr, comme dans tant de films noirs, la morale...
Mais pas celle qui est commune, et supposée acceptée (?) et reconnue (??) de tous, non, la morale personnelle, celle qui dicte à la minute près nos choix. Dois-je ou non accepter cette proposition qui m'est faite, qui me semble si dangereuse, et si excitante à la fois? Dois-je accepter de porter une arme? Dois-je accepter de procéder à ce qui ressemble fort à de la prostitution? ...Dois-je vraiment presser la détente et supprimer la vie d'un homme? Car si la voix off qu'on entend au début est celle de Jean, dans un début qui renvoie clairement à, Goodfellas (Les Affranchis) de Scorsese, il n'empêche que son point de vue va être piraté. C'est un film d'hommes, avec ses codes, son narrateur, mais qui va être investi par une jeune femme... Et pour Caty le cheminement va être très inattendu.
Il y a beaucoup d'ironie, beaucoup de pression aussi sur le versant moral comme je le disais. Car une bonne part du fiml nous fait suivre avec une certaine crainte les aventures de "Caty chez les hommes", avec le sentiment qu'il va lui arriver malheur. Mais elle devient vite le grain de sable, chez des grands gamins avec des flingues, persuadés qu'ils sont qu'ils vont pouvoir, jusqu'au bout, profiter de la "Baraka". Mais comme le signale Mouss, la baraka, ça a aussi et surtout été de survivre, mais jamais d'éviter la prison, car des quatre bandits, trois en ont fait... Et certains d'entre eux en referont.
Tout en étant l'un des plus graves de ses films, l'humour de Klapisch, et son sens du détail aussi, qui passe par un jeu impeccable (Mouss essayant de concilier ses activités de gangster et son métier de chorégraphe de la nuit Parisienne, Souallem jouant du regard en permanence; Vincent Elbaz, à la fois mûri et intentionnellement trop jeune pour ses pompes en croco, qui joue au caïd sans jamais questionner ses propres choix), se combinent pour détailler les caractères, nous rapprocher ou nous éloigner des personnages. Certes, c'est "noir", mais on n'échappe jamais à la poésie, au timing propres au réalisateur, dont je pense qu'il signait là l'un de ses meilleurs films, même s'il s'agit aussi de l'un des plus atypiques.
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