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Le 31 décembre 1999, à deux doigts du bug de l'an 2000 (vous savez, celui qui n'a pas eu lieu), Arthur (Romain Duris) et Lucie (Géraldine Pailhas) se réfugient dans les toilettes, lors de la soirée délirante à laquelle ils participent pour anticiper la nouvelle année, et font l'amour. Elle ne prend plus la pilule et il le sait, mais elle ne lui a pas avoué la vérité: bien sûr qu'elle a envie d'un enfant. Lui? Il n'y a même pas songé, et donc... il a recours au bon vieux coitus interruptus, provoquant ainsi une gêne entre eux. D'un côté, elle n'apprécie pas qu'il n'ait pas anticipé, et lui n'aime pas avoir été plus ou moins trompé dans les intentions. Pendant cette bouderie, et pendant que la fête bat son plein, Arthur resté dans les toilettes a la grande surprise de trouver l'accès à un portail temporel qui l'amène en 2070. Paris est ensablé, et un septuagénaire chevelu (Jean-Paul Belmondo) lui affime être son fils. Il lui demande solennellement, avec l'appui de sa grande famille bigarrée, de retourner et de reprendre les choses avec Lucie, afin de lui permettre d'être conçu, puis de naître et de former cette belle famille, qui sans cela, n'existerait pas... Une fois le choc passé, la tempête fait rage dans le crâne d'Arthur...
Commençons par établir quelque chose: on parle parfois du "film de science-fiction" de Cédric Klapisch. Pour moi, cette oeuvre s'apparente plus au merveilleux d'un René Clair, d'autant qu'il y ce titre qui invite à une lecture allgorique. Pour qu'il y ait de la science-fiction, certes on peut toujours argumenter de la présence d'une intrigue d'anticipation à supposer qu'il faille prendre la véracité de l'expérience d'Arthur au premier degré, mais il faudrait quand même qu'il y ait eu une volonté scientifique de créer la possibilité d'un voyage dans le temps...
Peu importe, bien sûr, mais justement Cédric Klapisch me semble revendiquer à sa façon, par son film, une parenté plus poétique que scientifique. L'essentiel, au fond, est de représenter le drame de Romain Duris, qui certes aime sa compagne, mais n'a pu se projeter dans l'hypothèse d'être parent. Le fait d'être confronté à sa descendance, et du même coup à un possible Paris du futur se conditionne à une circonstance particulière: pendant le réveillon, Philippe (Vincent Elbaz) et sa soeur Clotilde (léa Drucker) ont choisi un thème futuriste, et chacun des invités est venu déguisé sur le thème de la science-fiction et du futur...
Ce qui donne une immense légèreté au film, c'est précisément le contraste: d'un côté, l'histoire folle de disparition programmée (les acteurs du futur perdent peu à peu la visibilité de leurs membres et l'un d'entre eux s'évapore même dans une vision fantasmée), située dans les sables d'un désert qui se trouve être la ville de Paris, même si ce fut tourné en Tunisie! De l'autre, une fête qui n'en finit pas de dégénérer, et si les parents (Jean-Pierre Bacri et Elisa Servier) ont demandé à leurs enfants de rester raisonnables (Bacri: "j'avais dit mollo sur le destroy!"), l'appartement finira dévasté... Et Philippe déchiré, car, entre de nombreux gros pétards et du Jack Daniels, il aura aussi mis un point d'honneur à goûter la cocaïne des invités... Le télescopage entre les visiteurs du futur et la fête de 1999 va donner lieu à des destructions et autres saccages particulièrement drôles...
C'est cet aspect du film, ce dosage entre sa poésie visionnaire mais foutraque, et une description de l'esprit d'insouciance des années 90, que se situe non seulement la clé du film (car c'est l'histoire d'un homme qui se trouve au pied du mur de la soudaine responsibilité d'être un parent), mais aussi la condition de sa réussite. Car s'il avait été entièrement consacré à cette intrigue futuriste, je pense qu'il n'y aurait pas eu grand chose à en dire. Ce mélange contre-nature entre comédie et poésie est au contraire ce qui le distingue et le rend unique.
Et puis tant d'acteurs qu'on aime à suivre, de Léa Drucker à Julie Depardieu, de Romain Duris à Vincent Elbaz, et surtout Géraldine Pailhas. Tous, quelle que soit la durée de leur contribution, existent durablement à l'écran... Tout ça fait de Peut-être (un titre qui se justifie pleinement à la toute fin) un film qu'on n'aurait pas osé imaginer.
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