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A Vera Cruz, un tueur (Francisco Rabal) exécute tranquillement, froidement un homme avec une arme de poing.
A Jérusalem, un groupe de jeunes hommes coiffés de Kippas déposent négligemment près de la porte de Damas un colis et prennent le bus... Pendant que leur bus s'éloignent, une explosion retentit. Mais la police Israélienne les repère vite, et seul l'un d'entre eux, Kassem (Amidou), s'en sort. Il doit se fondre dans la foule...
A Paris, Manzon (Bruno Cremer), un entrepreneur aux abois a fait de bien mauvais choix. Il a 24 heures pour redresser la situation avec l'aide de son associé, son beau-frère (Jean-Luc Bideau). Mais celui-ci se suicide... Manzon prend la fuite.
A Elizabeth, New Jersey, un groupe d'Irlandais attaquent un presbytère et se saisissent des recettes du bingo. Dans la confusion, un prêtre est touché... La voiture des gangsters est accidentée, et un seul d'entre eux, Jackie Scanlon (Roy Scheider) en réchappe. Mais il est un homme traqué, lui aussi: l'église était la paroisse d'un mafieux, dont le frère est justement le prêtre blessé...
Ces quatre hommes se retrouvent tous, des mois plus tard, au fin fond dela jungle d'Amérique Centrale, dans un petit village où ils végètent, séparément, sous de fausses identités. La population locale vit au crochet d'une compagnie Américaine qui organise des forages de pétrole: tous les jours ils viennent chercher du personnel au village. Un jour, une explosion sur le site de forage contraint les Américains à acheminer de la nitroglycérine sur place, mais c'est un travail comlpiqué, qu'il leur faut confier à deux équipes, formées d'hommes qui n'ont rien à perdre...
Disons-le tout de suite: Friedkin a fait tout ce qui était en son pouvoir (et il était très grand!) pour éviter que le film soit une redite, un remake ou une pâle copie du film de Clouzot, adapté en 1953 du même roman de Georges Arnaud, Le salaire de la peur. Il a d'ailleurs dédié son film à Clouzot qui était décédé au début de l'année 1977. Le seul point commun, au-delà de la trame des deux films, est l'impressionnante dose de suspense confiée à deux metteurs en scènes surdoués. D'emblée, là où Clouzot conte les aventures des quatre aventuriers qui rempliront cette mission suicide à partir du moment où ils sont coincés en Amérique du Sud, Friedkin choisit au contraire de raconter la chute de chacun des hommes, le actes qui ont fait d'eux des parias. Ca précise bien des choses sur non seulement leurs caractères, mais aussi leurs enjeux personnels. Le choix est strictement binaire, à mon avis, tant la réussite des deux films est indéniable...
Celui-ci est sans doute plus spectaculaire sur un certain point: il serait bien difficile d'imaginer que Le salaire de la peur, version Clouzot soit considéré comme un documentaire, même si dans l'esprit du metteur en scène il s'agissait de s'approcher de la misère humaine en filmant des trajectoires brisées dans des lieux terrifiants de pauvreté (mais reconstitués en Provence!): Friedkin, lui, a choisi la jungle plutôt que le désert, et sa mise en scène adopte la même urgence de guerilla qui caractérise ses films depuis French Connection... C'est donc un tour de manège rude, parfois inconfortable, mais constamment hypnotique...
Quant au titre... On verra d'abord une figure mystérieuse (qui n'est pas sans évoquer une version différente de Pazuzu, le démon de The exorcist, mais en version vaguement pré-colombienne) sur un décor que les camions croisent. Le mot Sorcerer est écrit sur le flanc d'un des camions (l'autre s'appelle Lazarus). Et le "sorcier" hypothétique du titre, finalement, ne serait-il pas tout simplement le destin, qui a réuni ces quatre hommes, et leur joue, il faut bien le dire, tour de cochon après tour de cochon?