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9 juillet 2025 3 09 /07 /juillet /2025 14:01

D'un côté, Anthony Kirby, dit A.P.Kirby (Edward Arnold) est un entrepreneur, qui souhaite installer une usine dans un quartier résidentiel, ce qui implique un certain nombre d'expropriations. Il a le feu vert des officiels, mais a un souci: une maison résiste encore et toujours à l'envahisseur... 

De l'autre, justement, le propriétaire récalcitrant, Martin Vanderhof, qu'on entendra surtout répondre quand on l'appelle Grandpa (Lionel Barrymore), a installé dans sa maison un repaire de gens qui se sont plus ou moins retirés des circuits traditionnels: quand on vient chez lui, on y reste, et la philosophie du vieil homme est assez simple: si ce qu'on fait pour vivre ne nous plait pas, pourquoi le faire? Les habitants de la maison Vanderhof sont donc invités à faire ce qu'ils veulent...

Non seulement Martin Vanderhof et sa maison loufoque sont l'épine dans le pied d'A.P. Kirby, mais en prime, son fils Tony (James Stewart) est depuis peu fiancé à sa secrétaire Alice Sycamore (Jean Arthur), qui est la petite-fille de Vanderhof...

C'est le deuxième Oscar du meilleur film pour Capra (ainsi que son troisième Oscar de la mise en scène), et si le film ne dépare pas trop dans son univers, dans la mesure où il met en place une troupe d'Américains simples et modestes, qui se sont malgré eux constitués en une sorte de rempart de l'individu contre les grosses corporations, il s'agit quand même de l'adaptation d'une pièce de théâtre: un gros succès que Harry Cohn a plus ou moins imposé à son metteur en scène fétiche, probablement pour lui faire payer le flop dispendieux de Lost Horizon en 1937. De fait, en revenant à une sorte de Screwball Comedy après ses films plus personnels et plus ambitieux (Mr Deeds en 1936 et Lost Horizon l'année suivante), Capra se faisait sans doute violence. Mais ce serait désormais la façon dont sa carrière allait se dérouler...

On retrouve de toute façon beaucoup d'éléments qui renvoient à sa conception: la société fracturée en deux mondes antagonistes, qu'un peu de bon sens suffit pourtant à rabibocher, et des protagonistes qui ne se reconnaissent pas dans le capitalisme libéral, mais s'accomplissent dans une sorte de gentille vie à l'écart. Mais ces braves gens jouent parfois un peu trop de leur naïveté, et quand les "artistes" de la bande se plaisent à imaginer une animation ludique autour d'une représentation de la Révolution Russe (ça fera si joli, ces couleurs: du blanc, du rouge!"), on les prend par erreur pour d'affreux bolcheviks...

Et puis il y a un certain nombre d'indices qui renvoient aux convictions profondes de Capra, comme cette visite d'un agent des impôts chez les Sycamore-Vanderhof, qui finit par partir parce qu'il se croit chez des cinglés: des gens qui ont tout simplement décidé de nier que l'on puisse venir leur réclamer un argent qu'ils ont gagné, par eux-mêmes... La cible, bien sûr, est le gouvernement de Roosevelt, jugé justement trop interventionniste et trop à gauche par le metteur en scène. On peut appliquer une lecture "libertarienne", par certains côtés, à ce film dans lequel on s'accomplit en se mettant à l'écart du groupe, et en faisant comme bon nous semble... Une version rose du libertarianisme, bien entendu.

Version rose, dans laquelle tout va se jouer danun tribunal, qui oppose Kirby et son argent, et l'entr'aide de tous les citoyens touchés par l'arrestation des Vanderhof (pour bolchevisme et manufacture d'explosrfs...): le capitaliste va y découvrir la façon dont des petites gens peuvent s'allier de façon saine pour vivre mieux et plus sainement, et cette découverte passe d'abord par la réalisation du fait qu'il a un harmonica dans la poche...

Dans ce film qu'il n'a peut-être pas voulu tant faire que ça, une troupe de cinglés vivent de façon tellement loufoque qu'elle en devient séduisante, et Lionel Barrymore promène sa silhouette fatiguée (il souffrait d'une arthrose aigue)  ainsi que sa voix traînante, pendant qu'autour de lui, des originaix peignent, confectionnent des feux d'artifices, jouent de la musique, dansent, ou font des jouets. Et surtout, James Stewart et Jean Arthur content fleurette... 

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra