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A Iwo Jima, une île tenue par les troupes Japonaises, les Américains arrivent, pour livrer une bataille décisive... Ce ne sera pas l'affaire d'un seul jour, et lors des événements, les Américains se rendent maîtres de la situation. Un drapeau est installé en haut de la colline au milieu de l'île. Mais le drapeau est repris par un haut gradé, et après une accalmie un deuxième drapeau est installé, sous l'objectif d'un photographe, un geste qui va devenir un symbole de la guerre, et de l'héroïsme. Revenus en Amérique, les protagonistes survivants, ainsi que certains soldats qui n'ont pas participé à la fameuse photo, se retrouvent au milieu d'une exploitation médiatique qui les dépasse...
L'idée est inattendue, et plutôt bienvenue: un nouveau film se profilant à l'horizon, pour commémorer, à la façon dont le XXIe siècle (avant de partir dans de nouvelles directions moins saines) se propose de raconter la guerre, la bataille d'Iwo Jima (déjà évoquée par Allan Dwan sous la surveillance ultra-patriotique de John Wayne, en 1949: Sands of Iwo Jima), le projet finit dans les mains de Clint Eastwood, qui décide de faire non pas un mais deux films... Le premier montrera le versant Américain et le deuxième le versant Japonais. Ce qui n'est pas exactement ce qu'on va voir, pourtant, les différences entre les deux films étant nettement plus complexes...
Le sujet de ce film tourne en effet, non seulement autour de la réalité physique de cette bataille, et de son versant héroïque, mais aussi sur l'exploitation qui en sera faite une fois les sodats revenus du front. Hanté en ces années "crépusculaires" de son oeuvre par le thème du legs que l'homme passe à ses suivants, Eastwood profite donc de la commande de Steven Spielberg (qui suite à son film Saving Private Ryan, entend continuer à influer sur la peinture de la guerre au cinéma, un désir profondément louable) pour montrer les chemins que l'héroïsme, la vérité, la légende et le vécu de l'homme peuvent prendre lors d'une guerre, mais aussi la base de ce que les générations futures auront à en retirer...
Comme le faisait remarquer John Ford, à propos de l'Ouest, dans The man who shot Liberty Valance: quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende... Dans ce beau film, où Eastwood semble critiquer violemment l'obsession de simplifier les choses, les soldats qui sont revenus sont confrontés à leur propre légende presque malgré eux. Le mensonge auquel on les force devient pour certains une croix à porter, notamment pour ce soldat natif, qui doit à la fois obéir à l'injonction de revivre le même mensonge patriotique ad nauseam, mais aussi subir le racisme à l'égard de ses origines...
C'est donc un beau film, cruel et salutaire, qui montre l'héroïsme (réel) et la propagande, le bidonnage ridicule auquel une nation va se livrer... Qu'est-ce qu'un héros? Pourquoi son action est-elle considérée comme héroïque, et qu'attend-on de lui une fois l'action commise? Peut-on ignorer le libre arbitre d'un de ces hommes pour des fins de propagande? Le film tisse des liens avec les grandes oeuvres de Clint Eastwood, des liens formels d'abord (Bird, notamment, dans une utilisation étonnante de la chronologie) et thématiques ensuite (De Unforgiven à Space Cowboys, en passant par A perfect world)...
Un film de guerre dans laquelle l'ennemi est quasi absent de l'image, et pour cause: le tour des troupes Japonaises et deleur point de vue viendra pour le deuxième film, sorti quelques semaines après celui-ci: Letters from Iwo Jima, qui sera bien plus qu'une sorte d'écho ou de négatif de celui-ci: un chef d'oeuvre à part entière.
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