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20 octobre 2025 1 20 /10 /octobre /2025 21:08

En choisissant de séparer en deux le gigantesque film commémoratif qui devait rappeler la bataille d'Iwo Jima, Clint Eastwood a sciemment séparé aussi le destin de chaque film. En aucun cas il ne s'agit de "partie 1, partie 2", mais de deux films clairement séparés, qui ne partagent finalement qu'un certain aspect de temporalité, une valeur commémorative et une réflexion commune sur le sacrifice, l'honneur, les buts de la guerre, et tant d'autres thèmes enchevêtrés... Plus bien sûr, ça et là, des clins d'yeux en forme de champs-contrechamps. Mais j'insiste bien sur un point: finalement ces deux films peuvent parfaitement se voir indépendamment l'un de l'autre...

Et celui-ci, en devenant bien plus que la partie "Japonaise" d'un projet, est devenu autre chose encore: un film en Japonais, qui d'ailleurs s'appuie sur un recueil de souvenirs bien spécifique. La grande première de ce film, c'est bien sûr d'oser finalement adopter le point de vue de ceux qui ont perdu, certes, mais surtout ceux qui ont toujours, dans des degrés divers au fil des années, été les ennemis. Même dans All quiet on the Western Front, même dans The Big Parade, ou dans The Longest Day, autant de films qui prenaient la précaution louable de ne jamais diaboliser l'ennemi, le point de vue était malgré tout, dans sa majorité, celui de l'humanisme pour le film de Milestone, des Américains de 1925 pour le Vidor, et bien sûr celui des pays occidentaux, unis dans le consensus d'après-guerre, pour le long métrage de 1962. En choisissant de donner une voix aux Japonais bientôt vaincus à Iwo Jima, Eastwood donne une force considérable à son diptyque et à son film.

Après un court prologue contemporain (la découverte de vestiges de la bataille d'Iwo Jima sur l'île même), nous suivons donc les préparatifs, l'installation des troupes Japonaises sur l'île d'Iwo Jima, sur les mêmes plages qui étaient foulés par les Américains dans le précédent film, et les points de vues de divers soldats, officiers et protagonistes qui se partagent la bande-son en lecture de lettres d'un certain nombre d'entre eux, créant un récit philosophique qui n'est pas sans rappeler le travail de Terrence Malick.

Après le douloureux passage falsifié à la postérité des soldats Américains d'Iwo Jima (Flags of our fathers), Eastwood échappe donc à l'ethnocentrisme inhérent aux films de guerre, réalise un rêve de longue date en tournant son film en Japonais, et en libertarien, évite le piège du parti-pris idéologique. Les soldats, à travers leurs lettres, nous monrent qu'ils ont compris que leur combat est perdu d'avance, et ils savent qu'ils sont pris entre un défaitisme compréhensible, mais combattu avec vigueur par les officiers, et un héroïsme qui leur est imposé; entre la tradition, à travers le hara kiri à la grenade, et une certaine modernité de vues (savoir battre en retraite au bon moment). Le film est âpre, pas toujours confortable, quaiment en noir et blanc, tant les couleurs sont désaturées, et ça donne un chef d'oeuvre.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood