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28 octobre 2025 2 28 /10 /octobre /2025 22:02

1914... Le Capitaine Ulysse Ferragut (Antonio Moreno), un Espagnol, a grandi sous l'influence de son oncle, surnommé le Triton: ce dernier était littéralement amoureux de la Mer Méditerranée, et lui a transmis sa passion. C'est contre le gré de son épouse, l'austère Dona Cinta, qu'Ulysse est devenu capitaine de cargo. Il sillonne "sa" mer, avec son cargo Mare Nostrum, mais cela ne rapporte guère... La guerre éclate mais l'Espagne reste neutre. Dans le cadre de ses voyages, Ulysse rencontre une jeune femme, Freya Talberg (Alice Terry), qui ressemble de façon impressionnante à un portrait de la déesse Amphitrite, personnification de la mer dans le monde antique: ce portrait était accroché chez le Triton. Mais plus prosaïquement, Freya est une espionne Allemande, et leur rencontre va être le moyen pour la jeune femme de pousser le capitaine, amoureux d'elle, à collaborer avec les marins Allemands...

Ingram avait réussi à imposer à la Metro, juste avant que celle-ci ne fusionne avec Goldwyn, de tourner The Arab en Afrique du Nord. Il en est sorti bouleversé... Peut-être pas autant que le racontait le cinéaste Franco-Américain Robert Florey, qui prétendait avoir rencontré Rex Ingram transfiguré, converti à l'Islam, et ne parlant plus qu'en citant des passages du Coran... Non, disons plutôt que le cinéaste a particulièrement apprécié le fait de travailler en indépendant, loin des studios. Et comme le montage de The Arab, effectué une fois la MGM créée, lui a déplu fortement, il a pris la décision de s'installer en Europe, à Nice plus précisément, où il allait utiliser les Studios de la Victorine pour tourner des films qui seraient ensuite vendus à la MGM sans que le cinéaste n'ait à se frotter au studio... D'autres films (The Magician, The garden of Allah) suivraient, mais l'expérience tournerait au fiasco. En attendant, il aura au moins pu faire ce film, l'un des plus extravagants, symboliques, et profondément baroques de toute son oeuvre.

C'est la deusième adaptation de Vicente Blasco Ibanez que réalise Ingram, la première étant The four horsemen of the Apocalypse: dans les deux films, il est question de la Guerre Mondiale, vue sous un angle hautement symbolique. Les 2 films (et, j'imagine, les romans également) ne manquent pas de similitudes: un héros pris entre deux feux, un amour fou, absolu et maudit, et une filiation symbolique (le "Centaure" Argentin de The four horsemen est ici supplanté par un "Triton"). Les deux héros de chque film sont à part, l'un est un dandy autant qu'un artiste, et l'autre aime plus la méditerranée et ses mystères, que son épouse... La mort rôde, entre les exactions répugnantes des soudards allemand du premier film, et le torpillage d'un paquebot Américain dans Mare Nostrum, un attentat auquel Ulysse aura participé, et qui mène à la mort de son fils unique...

Ingram ne pouvait s'accomplir que dans le mélodrame, dans l'énorme et le délirant. Tous ses films débordent de la vérité, qu'ils transposent en des termes poétiques, profondément cinématographiques et visuellement forts. Ils ne sont jamais exempts de scories, d'un humour parfois un peu facile, mais aussi d'une faune étonnante. Il aimait à s'entourer d'acteurs qui soulignaient le grotesque, et a beaucoup fait pour permettre à des acteurs physiquement différents (nainsc omme John George, acteurs obèses, dont Hughie Mack, un ancien de chez Sennett qui avait également joué pour Stroheim), voire différents tout court (Rose Dione, actrice ouvertement lesbienne, était l'une de ses protégées) de faire carrière dans le cinéma Américain des années 20. S'il choisissait de réaliser des films d'après des auteurs populaires (Anthony Hope, Rafael Sabatini, Ibanez) ou d'après des histoires qui se prêtaient à ses obsessions personnelles (Eugénie Grandet pour The Conquering Power, et une nouvelle fantastique de William Somerset Maugham pour The Magician), c'est qu'il entendait s'approprier totalement le matériau qu'il adaptait. Un peu, finalement, à la façon d'Hitchcock plus tard, ou plus sûrement à la façn de Michael Powell, qui travailla sur quelques-uns de ses films européens... dont celui-ci.

A travers la rencontre inattendue entre la "déesse Amphitrite" et l'infortuné Ulysse Ferragut, Ingram nous raconte ioniquement les infortunes de l'amour, l'écueil du devoir, l'incompatibilité entre les aspirations et la vie. C'est Alice Terry qui a (presque) le dernier mot, dans une scène surprenante par sa dignité: celle, inspirée de la fin de Mata-Hari, durant laquelle la jeune femme va marcher jusqu'à la mort. "Everyne must die"... Constat amer, subtilement ironique, ou terriblement banal? Le film, en tout cas, ne l'est absolument pas: paré des pieds à la tête, chaque scène montre une vitalité cinématographique, un sens de l'image qui explose dans chaque plan. Rex Ingram était un cinéaste excentrique dont on aimeait revoir plus des quelques films qui nous restent... Celui-ci, une ode délirante à la Mer qui avait accueilli Ingram, est particulièrement beau.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Rex Ingram Muet