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The Conquering Power est une adaptation pas si libre que ça, du roman de Balzac, Eugénie Grandet. Le film fait suite au succès mpressionnant du blockbuster de 1921, The four horsemen of the Apocalypse, et Ingram y retrouve ses deux stars (Rudolf Valentino et Alice Terry), le chef-opérateur John Seitz, et la scénariste June Mathis.
Rex Ingram, au milieu d'une oeuvre marquée par le roman feuilleton populaire (Vicente Blasco Ibanez, Anthony Hope, Rafael Sabatini), adaptant Balzac, ça a de quoi intriguer, forcément... Et pourtant, il y trouve une sorte d'idéal narratif, s'attachant à un récit marqué d'une étude de moeurs, d'une perspective ironique, et d'un sens du détail qui lui sont propres. cela étant, il ne faut pas s'attendre à une fidélité absolue au roman Eugénie Grandet avec ce film, mais si le récit trahit parfois le roman initial dans ses anecdotes (la fin notamment, mais ce n'est en aucun cas une surprise), Ingram a réussi à transcrire l'univers de Balzac dans son propre monde...
Le jeune Charles Grandet (Rudolf Valentino) mène un grand train de vie, au mépris des convenances et des infortune de son papa... Celui-ci meurt et le laisse hériter de ses ennuis... Il a conseillé à son fils d'aller trouver son oncle, le Père (Félix) Grandet (Ralph Lewis), qui vit dans un petit village de la Loire. L'oncle a beaucoup d'argent, une tendance marquée à l'avarice, et une fille, Eugénie (Alice Terry) qui ne tarde pas à taper dans l'oeil du jeune homme... Si les deux jeunes hgens tombent vite amoureux l'un de l'autre, Le vieux Grandet fait tout non seulement pour éloigner son neveu, mais non content de faire vivre sa propre famille dans la misère, il tente de s'approproer l'héritage de Charles...
Le premier intertitre annonce qu'il a été décidé pour plaire au public de transposer l'intrigue dans le monde contemporain... C'est soit ironique, soit très naïf, car Ingram et son équipe ont décidé de situer l'histoire dans une France qui tient plus du XIXe siècle, que de l'époque moderne... C'est l'un des aspects baroques du film, et ça débouche sur la peinture d'un monde situé entre les moeurs du XXe siècle (notamment dans la partie "citadine" du préambule, avec les extravagances de la fiesta insolente dans laquelle Charles Grandet abandonne toute dignité... ), et une image d'Epinal de la France éternelle, vue d'Hollywood (ses sabots, ses échoppes, ses petits métiers et ses rues sales)! Mais au lieu de desservir le film, ça en cimente le caractère foncièrement baroque, si propre à Rex Ingram.
Celui-ci s'est plu à imaginer pour la famille Grandet une maison qui repire la pauvreté, le refus du luxe, mais qui porte en elle ses propres obsessions: des papiers partout, un intérieur miteux dans lequel le vieu Grandet cloître son épouse, leur fille et leur domestique. Le film s'accomplira dans une scène restée célèbre pour ses effets fantômatiques qui montrent que Rex Ingram ne reculait jamais devant les possibilités expressives du cinéma fantastique. Il l'avait prouvé avec The four horsemen, il le confirmait avec cette scène qui montre la mort du père Grandet dans une inspiration très Dickensienne, qui renvoie à Scrooge et ses fantômes dans The Christmas Carol...
Le film nous montre Ingram en pleine possession de ses moyens narratifs, entre Griffith et Stroheim. Je pense que ce dernier et lui étaient finalement faits du même moule, des conteurs obsédés par le détail, avec des points communs troublants... Au moment de camper un intérieur, tant de cinéastes Américains auraient laissé faire leurs décorateurs, pas eux: ici, on a le sentiment que chaque bougeoir, chaque bouteille, chaque brouette ont été posés là par le metteur en scène lui-même, en vue de maîtriser l'ensemble du processus narratif. Et l'influence de Rex Ingram sur Stroheim passe sans doute par ce film, avec les obsessions d'avare de Félix Grandet qui voit des mains émaciées et crochues, manipuler des pièces d'or, quelques années avant que le leitmotiv n'apparaisse dans Greed. Certes, en soi, ce sont des clichés, mais la façon de les mettre en oeuvre est l'un des caractériistiques des deux auteurs...
Peut-être ce film n'est-il pas le chef d'oeuvre de son réalisateur... Mais il porte sa marque, du début à la fin. C'est frappant dans la façon dont Ingram choisit de faire de Valentino à la fois un sympathique personnage, et un écervelé qui ne néglige pas les dames de son entourage, un adolescent attardé en même temps qu'un héros romantique, ou encore dans son traitement d'Alice Terry, à la fois une jeune femme pure qui doit rêver sans trop se plaindre du prince charmant, mais qui assume quand même d'éveiller le désir chez l'homme dont elle est amoureuse, d'autant que Charles, au moins, n'en a pas après son argent!
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